Compte-rendu, festival. Les Solistes à Bagatelle, 1er sept 2018, récital Lise de la Salle, piano, Bach / Liszt / Dutilleux.

Visuel Bagatelle 06Compte-rendu festival Les Solistes à Bagatelle, 1er septembre 2018, récital Lise de la Salle, piano, Bach / Liszt / Dutilleurx. Ainsi pourrait commencer un poème, citant au passage Barbara, qui résumerait l’atmosphère de ce premier week-end du festival « Les Solistes à Bagatelle » en ces tous premiers jours de septembre. Pour les parisiens qui se seront attardés dans de plus lointaines villégiatures, ou en bord de mer, il sera encore temps de goûter les derniers plaisirs de l’été à l’orangerie du parc de Bagatelle, les deux fins de semaines qui viendront, sous on l’espère, un ciel aussi limpide et bleu qu’il le fut ces deux jours. D’autres brillants solistes les attendront: Gaspard Dehaene, Anastasya Terenkova ou encore par exemple François-Frédéric Guy, pour ne citer qu’eux. Dans cette exceptionnelle île de verdure à la porte de Paris, les agrumes de sortie toute la belle saison laissent place à la musique dans leurs quartiers d’hiver, l’orangerie. Deux concerts se suivent l’après-midi, qui ont l’heureuse particularité d’offrir dans leurs programmes une création ou une œuvre contemporaine. La jeune génération de musiciens y est largement à l’honneur.

 

 

 

LISE DE LA SALLE À BAGATELLE

 

Au parc de Bagatelle,
Jamais la fin d’été
N’avait paru si belle…

 

 

 

Lise de la Salle, pianiste précoce qui enregistra son premier disque à l’âge de quatorze ans, aujourd’hui âgée d’à peine trente, ouvre le bal le 1er septembre avec une carte blanche. Cette musicienne rare en France fait une brillante carrière à l’étranger. Il ne fallait donc pas manquer son récital. Le Concerto Italien de Bach BWV 971, pour commencer, semble n’avoir jamais été écrit pour clavecin! Lise de la Salle lui donne vie avec une énergie hors du commun; imagine-t-on un orchestre et ses couleurs tantôt éclatantes, le contrepoint toujours clair nonobstant l’amplitude sonore, tantôt doucement rabattues dans la basse de l’andante sous une ligne de chant impeccable conduite sans affect. Bach encore mais revisité par Kempff, avec sa fameuse sicilienne BWV 1031. Ici de belles respirations, la calme pulsation d’une main gauche aux liés-détachés phrasée comme il se doit, imperturbable. Du timbre et de l’émotion dans la simplicité du chant qui s’achève comme dans un grand et profond soupir. B.A.C.H. cette fois imaginé par Liszt: sa Fantaisie et fugue sur le nom de BACH a été composée à l’origine pour l’orgue, puis transcrite par le compositeur pour le piano. Lise de la Salle ne se laisse pas effaroucher par l’acoustique généreuse du lieu, et sans rien retenir de son jeu puissant, décuple l’effet sonnant de l’œuvre. Le piano se transforme en orgue monumental depuis les graves d’airain du début jusqu’au plein jeu final en passant par les séraphiques voix de flûtes. C’est une flamboyante cathédrale qui s’érige, faisant oublier les quatre murs de l’orangerie. Une pause pour nos oreilles bourdonnantes avec la presque naïve poésie d’ « Un petit air à dormir debout » de Dutilleux (1981), tendrement hypnotique. Puis le Jeu des contraires, prélude de Dutilleux composé en 1988, parfaitement architecturé, la pédale précise. Programme bien pensé qui se boucle avec la chaconne BWV 1004 de Bach transcrite par Busoni, charpentée, sous les doigts, les bras de la pianiste dans un son qui pour le moins a du corps! Force et vigueur alternent, parfois jusqu’à saturation sonore, avec les fondus chromatiques, et la rondeur des nuances piano dans une parfaite égalité de timbre et d’intensité. Ici la vision harmonique prime sur la linéarité du discours. Un bis: l’étude-tableau opus 39 n°1 de Rachmaninov, répertoire ô combien familier de la pianiste.

Quelques pas dans la roseraie encore fleurie, avant le second concert de Lise de la Salle, en duo avec le violoncelliste Christian-Pierre La Marca, dans Fauré (Élégie, Sicilienne et Pavane), Lutoslawski, (Métamorphoses) et Rachmaninov (sonate en sol mineur opus 19). Un duo bien assorti dans le modelé des sonorités, mais avec une nuance cependant: le piano parfois un peu trop avantagé par l’acoustique et le jeu engagé de la pianiste, pourtant très à l’écoute de son partenaire à l’archet expressif. Un fort beau moment tout de même, dans ce curieux programme aux univers si dissemblables!

 

 

 

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Compte-rendu festival Le Solistes à Bagatelle, 1er septembre 2018, récital Lise de la Salle, piano, Bach/Liszt/Dutilleurx.

 

 

 

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