COMPTE RENDU, Festival. LE CROISIC, festival Tempo piano : 10-13 mai 2018.

COMPTE RENDU, Festival. LE CROISIC, festival Tempo piano : 10-13 mai 2018. Il ne faut pas s’y tromper: classique, mais pas seulement! Piano, mais pas uniquement! Le festival Tempo Piano Classique du Croisic fĂȘtait, du 10 au 13 mai, son dixiĂšme anniversaire, avec une programmation hors normes et audacieuse, concoctĂ©e par le pianiste Romain David, son directeur artistique. DĂ©clinĂ© en cinq concerts, le festival a pris en dix ans une dimension qui va aujourd’hui bien au-delĂ  du rĂ©cital de piano de ses dĂ©buts. Retour sur cet Ă©vĂšnement.

 

 

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Festival Tempo Piano Classique du Croisic:
10 ans de fĂȘtes musicales

 TEMPO Concert 10 mai 2018 (6)

 

Le moment de l’Ascension est un temps fort de la vie musicale croisicaise. À en juger par la file qui s’allonge sur plusieurs mĂštres le long du quai quelques quarts d’heures avant chaque concert, la rĂ©putation de Tempo Piano Classique n’est plus Ă  faire, et ce festival est trĂšs prisĂ© du public local, fidĂšle. L’ancienne criĂ©e du Croisic, magnifique bĂątiment datĂ© de 1878, ornĂ© d’armoiries Ă  l’hermine bretonne, ne rĂ©sonne plus depuis 1982 des cris des marchands de poissons. En proue sur l’ocĂ©an, entourĂ©e de grĂ©ements au mouillage, elle vibre Ă  prĂ©sent des musiques qu’elle abrite le temps de ce festival. Cette dixiĂšme Ă©dition a Ă©tĂ© des plus festives et des plus vivantes: Romain David peut se fĂ©liciter de sa rĂ©ussite, qu’il doit Ă  son esprit d’unitĂ© et son Ă©clectisme tout Ă  la fois,  Ă  son ouverture sur des esthĂ©tiques et des genres Ă©loignĂ©s du rĂ©pertoire Ă  proprement parler « classique », et enfin Ă  son choix Ă©clairĂ© et exigeant de musiciens de trĂšs haut niveau.

Un duo de haut vol ouvrait l’édition, avec un premier concert Ă  deux pianos. La grand-voile hissĂ©e en fond de scĂšne et Ă©clairĂ©e d’un bleu profond (dispositif acoustique en mĂȘme temps qu’une belle Ă©vocation plastique) Adam Laloum et Tristan RaĂ«s ont tenu les barres de leurs pianos respectifs pour un voyage au long cours de Mozart Ă  Poulenc, traversant Brahms et Rachmaninov. De Mozart, la sonate pour deux pianos K.448 alliait deux musiciens aux personnalitĂ©s trĂšs diffĂ©rentes, et nĂ©anmoins en parfait dialogue: le toucher rond et chaleureux de RaĂ«s, son jeu toujours chantant, composant avec celui de Laloum, clair et vif, usant moins de la pĂ©dale. La sonate pour deux pianos de Poulenc, achevĂ©e en 1953, suivait avec ses contrastes, entre lenteur mĂ©lancolique et allure encanaillĂ©e. En deuxiĂšme partie Tristan RaĂ«s partageait le clavier d’Adam Laloum avec Brahms et ses danses, avant de regagner son piano pour la 2Ăšme suite opus 17 de Rachmaninov: un festival de couleurs que cette Ɠuvre sous leurs doigts, qui s’est finie en apothĂ©ose avec sa Tarentelle embrasĂ©e Ă  la dimension orchestrale. En bis, quel bonheur d’entendre Ă  nouveau la musique de Poulenc, avec son ÉlĂ©gie, magnifique de lyrisme et d’exaltation!

Le lendemain le quintette Syntonia formĂ© de Thibault Noally (violon), StĂ©phanie Moraly (violon), Romain David (piano), Caroline Donin (alto), Patrick Langot (violoncelle) donnait un programme inĂ©dit et passionnant avec la soprano Maya Villanueva, puisqu’il comportait en premiĂšre partie le PrĂ©lude Ă  l’aprĂšs-midi d’un faune de Debussy, dans sa transcription pour quintette avec piano du compositeur BenoĂźt Menut. Suivait de Koechlin, ce compositeur contemporain de Debussy, le 3Ăšme mouvement de son quintette, Ɠuvre centrale du dernier CD de l’ensemble, qui notons-le, a Ă©tĂ© couronnĂ© des plus belles rĂ©compenses. L’exĂ©cution en concert n’a pas dĂ©menti ce succĂšs. Maya Villanueva, soprano, interprĂ©tait ensuite trois mĂ©lodies de Debussy avec charme et dĂ©licatesse, en plus d’une diction parfaite, sur le superbe nuancier sonore du piano de Romain David. Le concert s’achevait sur le Quintette de Franck, que Debussy apprĂ©ciait particuliĂšrement, jouĂ© avec bel engagement.

Inviter Thomas Enhco et Vassilena Serafimova, c’est plus que cĂ©der Ă  l’engouement – lĂ©gitime – gĂ©nĂ©ral pour cet extraordinaire duo, au sens propre du terme. C’est proposer d’emprunter les traverses du temps, c’est mettre des bottes de sept lieues pour parcourir le monde musical, de Bach Ă  Jagger, en passant par Mozart, FaurĂ©, la tradition bulgare, Piazzola, et tant d’autres encore. Tout cela dans un grand esprit de libertĂ©, celui de l’improvisation, oĂč ces deux musiciens atteignent des sommets d’excellence. Tout cela dans le mariage ĂŽ combien original et heureux des sonoritĂ©s chaudes et colorĂ©es du marimba et des timbres du piano. Ce fut le « Texto concert » du samedi 12 mai, concert passerelle entre classique et jazz.

Le soir, d’autres harmonies venues d’ailleurs, avec le Concert des LumiĂšres. On dĂ©couvrait avec bonheur le talent de Keyvan Chemirami, et ses percussions traditionnelles persanes, en dialogue avec le piano de Shani Diluka. Rencontre orient-occident entre la musique de Bach, intemporelle, universelle, et la musique « savante » persane, si proches par leurs mĂ©triques bien qu’éloignĂ©es par leurs langages, sur la scĂšne transformĂ©e en diwĂąn, ce lieu de dĂ©bats et de confrontation des idĂ©es et des cultures, matĂ©rialisĂ© ici par les tapis persans disposĂ©s au sol. Un choix de vers de Goethe et HĂąfez dits par les musiciens ponctuait les piĂšces pour clavier de Bach pĂšre et fils (C.P.E . Bach), et les rythmes souvent virtuoses et textures variĂ©es des zarb, santour et daf, les percussions en question, alternant ou se mariant avec le piano. Etonnant et magnifique programme, qui par sa poĂ©sie et la profondeur de son propos, autant que par l’émotion musicale qui s’en dĂ©gageait, sut toucher un public des plus rĂ©ceptifs. Le bis? un texte d’AimĂ© CĂ©saire et l’aria des variations Goldberg de Bach, ornĂ© d’une improvisation au daf
et d’un discret chant de mouette venu du dehors!

Le dimanche Ă©tait le jour de clĂŽture. Quoi de plus festif qu’un concert rassemblant l’ensemble, ou presque, des artistes invitĂ©s au festival? La tradition y veut que celui-ci se termine par un concert-brunch, Ă©clatant bouquet final de la manifestation. Ce fut en effet deux heures de musique bourrĂ©es de joyeuses surprises puisque le programme n’était pas Ă©crit, prĂ©sentĂ© par Laure MĂ©zan. Un voyage autour du monde avec des mĂ©lodies et les chansons argentines de Ginastera, la ballade pour piano du turc Fazil Say, la danse rituelle du feu de de Falla, l’esprit du nord dans un extrait du quintette avec piano de Brahms, Mare a Mare de V. Serafimova, La Chaconne en rĂ© mineur de Bach-Busoni et pour finir, la musique traditionnelle des Balkans dans un finale survoltĂ© aux piano et marimba, avec la participation impromptue du daf!  Quelle fĂȘte!

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