COMPTE-RENDU, festival et concerts. VAL D’ISERE, les 13, 14 mars 2019. Festival CLASSICAVAL opus 2 (26ème édition). Frédéric Lagarde, piano & friends.


COMPTE-RENDU, festival et concerts. VAL D’ISERE, Festival CLASSICAVAL opus 2, les 13, 14 mars 2019. Frédéric Lagarde, piano & friends. En Savoie, au pied du Glacier des sources de l’Isère, Val d’Isère (le bien nommé) est la station de ski bien connue (et à juste titre) des amateurs de glisse, de neige, de pistes spectaculaires… C’est aussi grâce aux deux volets du festival d’Hiver CLASSICAVAL, une escale hivernale désormais incontournable dans l’agenda des festivals de musique classique en France. Le skieur peut s’y défouler comme il se doit, le matin et l’après midi ; puis, se détendre au moment du concert qui a lieu dans l’église du village à 18h30. Depuis ses débuts, le festival cultive l’art du chambrisme le plus ciselé, invitant pas moins de quatre directeurs artistiques qui alternent d’une année à l’autre et élaborent chacun comme un jardin musical qui est une aventure à la fois humaine et artistique ; ainsi en mars 2019, c’est le pianiste Frédéric Lagarde qui a conçu chaque programme de mars 2019 ; a choisi ses partenaires musiciens pour en relever les multiples défis.

 

 

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Tout le mérite lui revient : habitué et familier de l’événement (il était présent dès la 2è édition, ce qui remonte à loin puisque Classicaval affiche en 2019 sa déjà 26è édition), Frédéric Lagarde n’en oublie pas moins de surprendre ni de retenir des partitions redoutables dans leur réalisation. Le goût du risque (et des standards plus connus) comme les combinaisons instrumentales originales seraient-ils ce sel nécessaire pour que, à chaque édition, se réalise la magie du concert ?

 

HIVER 2019. Festival CLASSICAVAL à Val d'Isère
 

  

 
 

Ski et concerts classiques : l’équation magique

 

 

classicaval 2019 val d isere 11 au 14 mars 2019Depuis ses premières propositions, le public avalin apprécie d’être conduit dans une traversée musicale qui se lit et se vit de soirée en soirée ; mais les défis y sont joyeusement dépassés tant la cohésion humaine et artistique que le pianiste sait préserver et diffuser autour de lui, stimule les ardeurs. Rien de routinier ni de tranquille au concert. L’église de Val d’Isère regroupe une troupe de talents complémentaires qui vibrent collectivement et transmettent le plaisir du jeu collectif. Cette formulation peut valoir pour le sport en équipe. Même respect de l’autre, même obligation de complicité… et pour le public, qu’il soit averti ou néophyte, s’accomplit la promesse d’une nouvelle expérience saisissante. Pour preuve, la réalisation des deux derniers concerts auxquels nous avons assisté cette année.

 

 

 

 

Mercredi 13 mars 2019
val-d-isere-eglise-festival-classicaval-concerts-par-classiquenews-festival-hiver-saisonSoirée de chambrisme intense et de courage artistique aussi, car le concert du 13 mars 2019 porte avec éloquence les fondamentaux du festival Classicaval à Val d’Isère : partage, transmission, et cette année, audace des répertoires. De surcroît dans un dispositif instrumental aussi surprenant que… captivant Pilote facétieux et superbement articulé au clavier, Frédéric Lagarde a élaboré une programmation digne des plus grands festivals de musique, tout en s’appuyant sur l’intimisme du lieu, lequel donne son identité au cycle de concerts en l’église Saint Bernard de Menton. A nouveau cette année, – en ce 2è volet de l’édition 2019 (le précédent s’est tenu en janvier), force est de distinguer l’excellente acoustique de l’église de Val d’Isère : chaque timbre est idéalement projeté ; et les concertistes chambristes n’ont aucun besoin de forcer le trait ni amplifier leurs efforts pour se faire entendre : ils n’ont qu’à colorer et phraser chaque nuance. Voilà qui explique aussi la réussite du cycle musical dans son entier. De fait, la nef est pour chaque concert, pleine à craquer. Les organisateurs ont même dû refuser du monde.

Entrée et superbe lever de rideau plein de charme, d’énergie et d’humour, le premier mouvement de la Sonate alla turca de Mozart, ouvre le bal. Facétieux, léger mais musicien d’une rare finesse d’articulation, Frédéric Lagarde ouvre avec élégance et même irrévérence le thème de ce soir, « les musiciens et l’orient”. Le pianiste (et directeur artistique en alternance à CLASSICAVAL), conçoit un programme qui suit son sujet et même surprend invitant l’excellent oboïste qui est aussi transcripteur inspiré, David Walter dans une réécriture enchantée, enivrante de trois séquences issues des Contes de Ma mère l’Oye, soit 3 joyaux d’orchestration et de timbres ciselés : Laideronnette impératrice des pagodes, la belle et la bête, le jardin féerique. Réunis en quintette à vents, avec piano, les 6 solistes de cette édition enivrent littéralement par la fusion des timbres, enveloppants et caractérisés ; par leur écoute et leur plaisir (affiché, manifeste, réjouissant) du jeu collectif. A leur mesure et souci de clarté, répond la qualité de l’acoustique ; en découle, pendant tout le concert, cette volupté onirique des teintes et nuances qui n’appartiennent qu’à Ravel. D’autant que de la verve du compositeur (qui revisite les contes de Perrault), les instrumentistes n’oublient pas de défendre la grande suggestion comme l’esprit de pudeur ; l’écriture ravélienne est celle d’un génie des équilibres et alliages instrumentaux : cela s’entend. Dans ce dispositif où brille l’association flûte / hautbois, basson / cor / clarinette, l’écriture de Ravel sonne comme régénérée, capable de nuances, d’accents nouveaux.
Comme si l’oeuvre jaillissait dans une énonciation inédite et intense qui renforce l’expressivité réparti instrumentale. A travers la présence des instruments, c’est comme un hommage aux pupitres des vents, cuivres et surtout bois qui s’affirme ainsi, dans une éloquence et une palpitation sonore, décuplée. L’invention et l’imaginaire de Ravel y gagnent un relief presque mordant. Toujours séducteur. Voilà qui permet de reécouter les partitions, de les réestimer pour ce qu’elles sont : de formidables poèmes oniriques.

Puis Frédéric Lagarde invite à traverser l’œuvre de Debussy : d’Arabesque pour piano seul (d’une envoûtante suavité elle aussi), nous voici bercés, caressés par la ligne aérienne et liquide (à la fois) de la flûtiste Annabelle Meunier dans plusieurs pièces pour flûte et piano ; son chant naturel comme improvisé, fait imploser tout cadre formel, tant son dessin et ses ses volutes sonores sont proches de la confession naturelle et du murmure idyllique.

 

 

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Enfin, au chant des instruments, répond le timbre émouvant de la soprano japonaise Shigeko Hata, douceur tragique cependant dotée d’une puissance d’émission naturelle, la jeune diva enchante l’audience dans deux airs de l’opéra de Puccini (Madama Butterfly) : soutenue et portée par tous les instrumentistes, la cantatrice-actrice fait vibrer l’écrin acoustique de l’église Saint Bernard de Menton : surgit ainsi la prière digne et tragique de l’héroïne Cio-Cio-San (à l’acte II), jeune geisha éprouvée jusqu’à la mort mais qui reste étonnamment droite et déterminée face à l’adversité (« Un bel di vedremo », prière de l’amoureuse qui attend le retour de son « mari » au port de Nagasaki). Quelle belle idée de croiser chant des instruments et airs d’opéra, en une seule et même soirée.

 

  

 

 

Nouvelle édition de CLASSICAVAL à Val d’Isère (26ème)

RAVEL, R. STRAUSS… transcriptions enchanteresses

 

Festival CLASSICAVAL au Val d'Isère : 8, 9 et 10 mars 2016

 

 

 

Jeudi 14 mars 2019
Le lendemain, jeudi 14 mars 2019, même lieu (église Saint-Bernard de Menton), même heure (18h30), mais programme différent, – celui là aussi captivant et peut-être même, plus surprenant que la veille, par les oeuvres choisies et là encore, la formation proposée pour les jouer.

Les festivaliers retrouvent ce qui a fait l’intérêt du concert précédent la présence d’un quintette à vent (flûte, hautbois, basson, cor et clarinette). Où brillent en particulier au sein dune troupe amicale et très complice, le hautbois de David Walter (en réalité l’instrumentiste joue aussi du cor anglais), et la bassoniste Rie Koyama (basson solo de l’Orchestre de Chambre de Brême). La superbe éloquence en dialogue des deux solistes articule les 5 pièces de Bruch opus 83 (initialement pour alto et clarinette) : aérien, volubile, le hautbois (ou le cor anglais), les deux instruments sont joués, présentés par David Walter, finit par adoucir les saillies pleines de caractère du basson, et les deux en fusion émotionnelle, colorent la langueur, – il est vrai brahmsienne, de la  4 ème pièce dont les deux excellents solistes creusent la courbe de la suprême mélancolie à deux voix.
C’est une véritable découverte que de mesurer l’art des nuances défendues par les deux solistes ; ils sont plus qu’inspirés par la partition : électrisés, en un chambrisme haletant, très finement caractérisé. Au piano, Frédéric Lagarde est un complice volubile et stimulant.
Le parcours de ce soir intitulé « Soirée romantique en Allemagne », fait aussi entendre de somptueux lieder de Schubert (dont Marguerite au rouet, Ganymed) ici très investi par le clarinettiste invité.
Mais il fallait bien maintenir le cap de l’audace et du chambrisme le plus original, dans un nouveau jeu de transcriptions qui révèle autrement des oeuvres pourtant connues ; c’est le cas des lieder de Richard Strauss, au tissu raffiné et dense, d’un lyrisme éperdu et crépusculaire, dont Frédéric Lagarde et David Walter ont transcrits les Quatre derniers. Initialement pour orchestre, dans ce grand bain symphonique particulièrement flamboyant et lunaire, chaque lied retranscrit pour la formation du festival CLASSICAVAL de mars 2019, s’offre une nouvelle parure (somptueusement articulée), la réduction de l’effectif jouant sur les couleurs, l’ équilibre sonore, surtout la cohérence enveloppant le timbre souple et doué d’une très solide ligne vocale de la soprano Shigeko Hata déjà écoutée la veille dans Puccini.
Le velouté du chant, le souffle égal et soutenu, la conduite du texte sont particulièrement convaincants, et en complicité avec le jeu concertant des instrumentistes, l’éblouissante volupté des lieder straussiens diffuse son charme capiteux ; c’est un concertino pour voix à l’irrésistible pouvoir d’attraction. Comme le soir précédent, l’interprétation séduit, surprend, captive : le mélomane habitué à la version originale pour voix et orchestre, redécouvre ici les œuvres, sans rien regretter de la nouvelle formulation. Reconnaissons aux transcripteurs, David Walter et Frédéric Lagarde, un talent réel pour adapter les partitions selon l’effectif concerné, sans entamer ce qui constitue leur essence poétique ni leur saveur expressive. Belle gageure remarquablement défendue à Val d’Isère pour ce nouveau Classicaval 2019. Nous sommes déjà impatients de vivre l’année prochaine de nouveaux moments musicaux de cette qualité à Val d’Isère.

 

 
 

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classicaval 2019 val d isere 11 au 14 mars 2019COMPTE-RENDU, critique, Festivals. VAL D’ISERE, festival CLASSICAVAL 2019, les 13 et 14 mars 2019. Frédéric Lagarde, direction artistique. Chaque festival Classicaval à Val d’isère se déroule en janvier (opus I), puis en mars (opus II). C’est l’occasion exceptionnelle de suivre plusieurs concerts de musique de chambre souvent passionnants au pieds des pistes, à l’époque où la neige et des paysages à couper le souffle s’offrent aux visiteurs de la station la plus authentique de Savoie. Cette édition de mars 2019 a suscité un succès publique jamais constaté auparavant ; l’église de Saint-Bernard de Menton faisant le plein et au-delà…

Plus d’infos : visitez le site du festival CLASSICAVAL de Val d’Isère : https://www.festival-classicaval.com/index.php

 

  

 

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