COMPTE RENDU critique, opéra. TOULON, Opéra, le 26 mai 2019. TCHAIKOVSKI : Eugène Onéguine. Garichot

Temps fort et séance inaugurale de la saison symphonique de l'Opéra de Tours avec par Jean-Yves Ossonce, la 6ème "Pathétique" de Tchaikovski : les 15 et 16 novembre 2014

COMPTE RENDU critique, opéra. TOULON, Opéra, le 26 mai 2019. TCHAIKOVSKI : Eugène Onéguine. Pouchkine… Magnifique et terrible vie que celle du poète romancier Alexandre Pouchkine (1799-1837), descendant d’un Africain et appelé à devenir le premier écrivain à avoir donné ses lettres de noblesse littéraire à la langue russe, vénéré comme tel en Russie. Jeunesse tumultueuse, dissidente politiquement, il connaît l’exil puis le carcan récupérateur de postes officiels imposés, notamment censeur, à l’opposé de ses aspirations libertaires. Comme son héros Lenski dans son roman en vers, Pouchkine meurt en duel, tué par son beau-frère, un officier alsacien qui avait déjà épousé la sœur de Natalia, sa frivole épouse, afin de détourner ses soupçons et désarmer le premier défi du poète. La simplicité classique de la langue de ce romantique exalté aura le mérite d’inspirer nombre de compositeurs, Glinka (Rouslan et Ludmila), Dargomyjski (La Russalka, Le Convive de Pierre), Moussorgski (Boris Godounov), Tchaïkovski (Eugene Oneguineet La Dame de pique, Mazeppa), Rimski-Korsakov (Mozart et Salieri,Le Coq d’or), Rachmaninov (Le Chevalier avare).

 

 

Le roman et l’opéra
De ce roman en vers, plus qu’un opéra avec nœud, péripéties et dénouement dramatique, Tchaïkovski tire, comme il l’intitule justement une suite de « scènes lyriques » en trois actes et sept tableaux, des moments dans la vie du héros Eugène Onéguine, jeune gandin guindé, fringué et arrogant, jouant les dandies blasés et cyniques à la mode anglaise des Lovelace de Richardson et de Byron, en vogue dans les années 1820.
Séduisant d’emblée la romanesque Tatiana, jeune provinciale qui se livre entièrement à lui dans une lettre, prisonnier de son rôle, il la repousse, pour en tomber éperdument amoureux lorsqu’il la retrouvera plus tard mariée et princesse fêtée de la capitale, et en sera repoussé à son tour.
Entre temps, il aura tué en duel son meilleur ami, le poète Vladimir Lenski, après un badinage provocateur avec la coquette Olga, la fiancée de ce dernier, sœur de Tatiana. Bref, ce sont, pratiquement, à l’exception du duel, presque comme un accident qui ne semble avoir d’autre incidence sur l’histoire qu’un long voyage d’Eugène, des scènes domestiques intimes, égayées de danses de paysans et avec deux bals antithétiques (province et capitale) et deux scènes tout aussi opposées entre Tatiana et Eugène, et deux refus symétriquement inverses de l’homme, puis de la femme, de répondre à l’amour de l’autre.

 

 

 

 

Piotr Illyitch Tchaikovski

Eugène Oneguine : L’ÊTRE ET LETTRE

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Lettres symétriques
Eugène Oneguine, paru en feuilletons, roman en vers commencé à vingt-deux ans, terminé quelque huit années plus tard, est court en texte mais long en élaboration. Dans une architecture très libre, très lâche même avec ses digressions lyriques et ses commentaires de l’auteur sur ses personnages, il est néanmoins structuré par deux lettres parallèles et dissymétriques : celle de Tatiana à Eugène au milieu du chapitre III après leur rencontre, et celle d’Eugène à Tatiana mariée au Prince Grémine, après leurs retrouvailles des années après, au chapitre VIII, la fin. Dans la première, c’est tout son être que livre la jeune fille, campagnarde romantique, à l’élégant citadin blasé, s’abandonnant à son vouloir :
« À jamais je te confie ma destinée ».
À quoi, un Eugène repenti qui avait gardé la lettre de Tatiana, répond en écho décalé mais tardif :
« Faites de moi / Ce qu’il vous plaît […] Je m’abandonne à mon destin. »
Sans répondre à sa lettre (absente de l’opéra), le faisant attendre impitoyablement des mois durant, même en avouant qu’elle l’aime encore, Tatiana lui répètera presque mot pour mot ce qu’il lui répondit alors (« votre leçon ») en refusant son amour. Et la jeune femme tire amèrement mais implacablement la leçon commune de la rencontre ratée de deux êtres, victimes et de la fatalité invoquées par tous deux :
« Et le bonheur était si proche, / Si possible…Mais le destin / A tranché. »

Héros antinomiques : images
Pouchkine, dès l’épigraphe qui précède son roman, place son héros sous des auspices peu sympathiques : « Pétri de vanité » ; d’orgueil, causé par « un sentiment de supériorité, peut-être imaginaire ». Dans l’exergue immédiatement en tête du premier chapitre, il indique : « Il est pressé de vivre, il a hâte de jouir. »
Il le présente à la suite « faisant risette à un mourant » qu’il voue au diable, un oncle dont il espère hériter car son père a ruiné la famille. Plus humoristiquement, il le traite de « jeune vaurien », « mon polisson », « Vêtu comme un dandy de Londres », sachant « écrire et lire le français / à la perfection », « garçon instruit mais pédant », faisant illusion sur sa culture, finalement pas très grande, mais suffisamment pour séduire « des coquettes déjà expertes » au nez de leur mari, sachant « fort tôt porter le masque », collectionneur précieux de précieuses babioles de toilette, affligé d’une « paresse mélancolique », mais passant « trois heures au moins /Par jour à se voir dans la glace », et, finalement, il « sortait de son cabinet / Semblable à Vénus la friponne » déguisée en homme, sophistication toute féminine. Mondain, apprécié partout dans le grand monde, il hante les soirées, les théâtres. Même à la fin, le narrateur le nomme « Mon incorrigible excentrique », « bizarre compagnon », voyageant avec lui après la rupture absolue avec Tatiana.
Autant dire que ce personnage superficiel longuement présenté, est à l’extrême opposé de la rêveuse Tatiana, parue plus tard dans le roman, qui
« n’avait ni la beauté/ Ni la fraîcheur de sa cadette ;
Rien qui attire le regard. / Triste, sauvage, enfermée,
Pareille à la biche craintive, /
Elle avait l’air d’une étrangère/ Au sein de sa propre famille ».
Elle n’est « jamais câline » avec les siens, sans poupée, « on ne l’avait jamais vu s’amuser » : « Rien d’espiègle en elle », à l’inverse de sa sœur Olga, se lassant vite des jeux frivoles avec leurs « petites amies », en rien attirée par les travaux domestiques féminins, le travail d’aiguille. Lectrice de Richardson, de Rousseau. Autant dire que cette personne profonde, douée ou affligée d’une « pensive rêverie/ Depuis qu’elle était tout enfant », si elle a le coup de foudre pour Onéguine, ce n’est qu’un malentendu reposant sur une image et il aura sans doute assez de lucidité pour deux pour refuser cet être projeté sur lui par la romanesque jeune fille. Et quand il la retrouve plus tard, mariée à un héros, le Prince Grémine, élégante donnant le ton dans les salons, c’est sans doute de cette image qu’il s’éprend et prend pour un amour qui a couvé durant ses longs voyages après avoir tué Lenski en duel.

 

 

L’opéra
Le tourmenté Tchaïkovski, né en 1840 et mort prématurément en 1893 sans que l’on sache de quoi, tout aussi fêté en son pays que Pouchkine (il aura droit à des funérailles nationales) crée en 1878 sa version musicale du roman en vers. Sa volonté toute moderne de vérité le pousse à refuser, pour ces rôles principaux de jeunes gens amoureux, des chanteurs vétérans et leur préfère la fraîcheur et la spontanéité de jeunes solistes du Conservatoire de Moscou où l’œuvre est créée au théâtre Maly, le 29 mars 1879.
On dirait de cet opéra, par ses sentiments et situations, qu’il est « vériste » si le vérisme n’était souvent qu’une exacerbation de sentiments extrêmes alors qu’ici, tout est dans un intimisme qui, malgré les élans passionnés, demeure dans une grande pudeur dont même la transgression de la lettre d’amour de Tatiana n’est qu’une exaltation de cette limite rompue.
En sorte, non tragédie, mais drame d’un décalage dans le temps, dit-on, mais aussi, on ne le remarque pas, de deux couples mal assortis tels ceux de Cosi fan tuttede Mozart : le délicat poète Lenski, ténor, eût mieux convenu à Tatiana, comme le souligne Eugène dans le roman, soprano rêveuse et sentimentale telle une Fiordiligi, que la sœur Olga, mezzo frivole comme Dorabella, mieux avenue avec le baryton libertin Eugène.
 

 

 

 

Réalisation et interprétation
Disons-le d’entrée de ce roman que j’aime et de cet opéra que j’adore, j’aurai rarement vu, même dans une production du Marinsky de Saint-Petersbourg, une réalisation (Alain Garichot) et une interprétation aussi séduisantes et convaincantes dans leur somptueuse simplicité.
Scénographie unique (Elsa Pavanel) pour divers lieux : plus qu’une réaliste forêt, des troncs d’arbres immenses, stylisant la grande forêt russe non domestiquée ni polie encore par la ville lointaine mais que la présence de deux couples de femmes, deux jeunes et deux âgées, d’un enfant, civilise de douceur.
Les expressives lumières changeantes selon le jour de Marc Delamézière, dorées de crépuscule, bleuies de nuit, blanchies d’aurore,soulignent paradoxalement un fond presque toujours noir, exalté à la fin par une immense lune oppressante pour un nocturne bal masqué de blanc.

 

 

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La sobriété de ce décor dans cette enveloppante mais rayonnante obscurité, permet d’en faire économiquement tour à tour jardin d’été où l’on reçoit les visiteurs et les offrandes des paysans, rustique salle de bal de la fête, chambre de Tatiana où un simple lit bateau Empire, une table avec sa bougie prennent une présence poétique intense, surtout ce voile blanc planant, ciel de lit suspendu, nuage du ciel et, symboliquement, tombant vaporeusement sur le sol comme un rêve trop lourd d’idéal de la jeune fille, vaste drap ou tablier de jeu terrestres des paysannes en blanc.
Les dames du premier bal campagnard, dans des couleurs d’estompe gris, rose, jaune, ont des robes à manches à gigot (Claude Masson) et des coiffes et des coiffures dans le goût des années 1830 de l’écriture du roman, et non celles de la narration, la fin de la guerre contre Napoléon dont Grémine est l’un des héros et Eugène un absent sinon déserteur. Les troncs disparus, c’est le noir sur noir nuancé, digne de Soulages, du salon mondain du second bal et sa martiale et angoissante polonaise de masques blancs sur costumes noirs.
Sans naturalisme aucun, le jeu est d’un naturel confondant, même les danses paysannes, la valse, le cotillon, la polonaise funèbre du second bal du dernier acte avec ses masques, bien réglées par Cooky Chiapalone.Les personnages de second plan sont justement dessinés : le Capitaine Zaretski campé solidement, fringant et raide, par Mikhael Piccone, avec son aristocratique impatience pour les formalités du duel, dont il est artisan aussi dans le roman en refusant l’inélégance d’un arrangement qu’Eugène n’aurait pas refusé à son ami, qui va voir Olga en espérant sans doute qu’elle le dissuade. Souvent sacrifié, à Monsieur Triquet, le Français échappé sûrement à la Révolution française et aux convulsions de l’invasion napoléonienne, témoin et vestige des liens culturels, entre la France des Lumières et la Russie d’alors, dont l’élite parlait le français, Éric Vignau sait donner une délicatesse émouvante, toute la dignité humaine d’un être déplacé, déclassé sûrement, dans un chant nuancé des couplets désuets à la gloire de Tatiana.Il mérite bien les bravos de ses hôtes.
Tout semble juste dans cette subtile mise en scène : la tendresse entre la mère, Madame Larina, une onctueuse, et noble dans sa simplicité, Nona Javakhidze, attentive à son chevalet où elle dessine, échangeant avec la nourrice, témoin attentif de son passé, en contrepoint nostalgique du chant insouciant des deux jeunes filles, des souvenirs sentimentaux de jeunesse, des rêves fanés, concluant avec la résignation de l’expérience :
« L’habitude nous tient lieu de bonheur. » Grande lectrice autrefois comme sa fille Tania, elle tente de la persuader que les héros de roman n’existent pas.
Voix plus sombre, ronde, Filipievna, la Niania, la Nourrice incarnée par Sophie Pondjiclis, amie tendre de la mère, maternelle, avec les filles, est touchante seule à la table avec ce rituel religieux de l’icône, bouleversante dans l’aveu de la bribe de son passé qui se lacère, mariée à treize ans avec un garçon plus jeune : toute une vie en quelque phrases. Olga la joyeuse plus que frivole a le timbre pulpeux de Fleur Barron, contralto léger, une adorable poupée dont on admire le jeu subtil d’enfant prise en faute, d’avoir été la cause, innocemment provocante du duel. Dans le roman, elle pleure beaucoup et oublie vite son fiancé mort à cause d’elle.
Celui-ci, Vladimir Lenski, l’ami malheureux d’Eugène, est joué, chanté, comme vécu, par le ténor biélorusse Pavel Valuzhin, physique exact du brave garçon rêveur, du bois dont on fait les victimes, plus fait pour la rêveuse Tatiana que pour la légère Olga, mais victime aussi des contraires qui s’attirent : lumineuse voix élégiaque dans l’ombre déjà de la mort, il fait passer le frisson de la fatalité dans la déchirure irrémédiable de l’adieu (« Kouda, kouda ? »).

 

 

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Le Prince Grémine, époux de Tatiana, n’a qu’un air, mais quel air ! D’une beauté qui reste en tête, d’amplitude du mi grave au mi aigu, la parfaite tessiture des basses. On donne souvent, à tort, le rôle à des basses en fin de carrière, à des vieillards dont la voix fait des vagues. La basse russe Andrey Valentiy non seulement échappe à ces défauts mais est physiquement noblement princier dans son allure ; il fait passer tendresse mais aussi sensualité dans l’amour d’un homme mûr pour sa jeune et belle femme qu’il proclame à l’ébahi Onéguine qui le découvre, avec un timbre somptueux, élégant, profond et léger, avec une égalité de volume et de beauté qu’on appellerait équanime dans la terminologie morale.
Et il est vrai que la Tatiana de la soprano russe Natalia Pavlovaen beauté et voix, et en physique, est idéale comme était idéale son héroïne pour Pouchkine. Elle ne semble pas jouer mais être ce personnage : voix égale sur toute sa longueur, aérienne mais charnue. Sa scène plus qu’air de la lettre, l’une des plus longues du répertoire, est détaillée dans ses nuances d’émotion, frissonnante, exhalée d’inquiétude, exaltée d’espoir, intime et ardente dans les envolées de son motif avec l’orchestre.
Dans le rôle-titre, le baryton polonais Simon Mechlinski, impeccablement sanglé dans son costume, on dirait uniforme, de dandy délibéré, a fière allure, très composée, lenteur étudiée des gestes, condescendant, par amitié pour Vladimir le poète ami, à visiter ces campagnards regardés de haut, redingote négligemment sur le bras pour venir répondre à la lettre de Tatiana : le chanteur fait passer cela dans sa voix, son premier air au jeu distancié, blasé mais caressant, voix séductrice en sa mâle chaleur qui refuse l’amour tout en en recevant l’hommage, l’encens. Grand acteur, il saura presque la mener à la déchirure dans son dernier air, sous la pluie de lettres tombant du ciel des débris d’un rêve, cri de désespoir, sans quelle perde de sa beauté.
On ne peut qu’admirer la finesse de cette distribution vocale, homogène dans l’équilibre entre les voix en juste harmonie de volume, répartie entre les slaves et les deux françaises, d’une jeunesse crédible dans les rôles principaux comme le souhaitait Tchaïkovski. Les chœurs sont remarquablement tenus et soutenus par un orchestre transcendé. Et il faut dire aussi que la direction musicale de la finlando-ukrainienne Dalia Stasevska, à la bonne école de l’assistanat d’Esa Pekka Salonen et de Paavo Järvi, cette école du nord désormais référence en matière d’orchestre, par ailleurs invitée de rien moins que du BBC Symphonie Orchestra, est admirable. Elle dirigeait et chantait le texte, sourire contre sourire face à Tatiana, une osmose de toute beauté. On a beau résister à la catégorisation de genre, on a un peu de gêne à classer selon le sexe, mais disons alors, dans certaines habitudes culturelles traditionnelles assumées faute de mieux, qu’il y avait toute une finesse féminine dans ces moments justement si féminins de l’œuvre avec la beauté diverse de toutes ces femmes, jeunes ou non, et une puissance qu’on dirait virile dans les montées généreuses tant de l’exaltation de Tatiana que dans le drame. Mais, homme, femme, peu importe : un grand chef ou grande cheffe à coup sûr. Un bonheur.

 

 

 

 

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COMPTE RENDU critique, opéra. TOULON, Opéra, le 26 mai 2019. TCHAIKOVSKI : Eugène Onéguine.

 

 

EUGÈNE ONÉGUINE
opéra en trois actes de Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893)
Livret de Constantin Chilovski et du compositeur
d’après le roman d’Alexandre Pouchkine (1799-1837)

A l’affiche de Opéra de Toulon, les 24, 26, 28 mai 2019
Direction musicale : Dalia Stasevska
Mise en scène : Alain Garichot.
Décors : Elsa Pavanel. Costumes : Claude Masson
Lumières : Marc Delamézière.
Chorégraphie : Cooky Chiapalone.

Distribution :
Tatiana : Natalya Pavlova.
Olga : Fleur Baron
Madame Larina : Nona Javakhidze
Filipievna : Sophie Pondjiclis
Eugène Onéguine : Simon Mechliński
Lenski : Pavel Valuzhin
Le prince Grémine : Andrey Valentiy
Monsieur Triquet : Éric Vignau
Capitaine Zaretski : Mikhael Piccone

Orchestre et Chœur de l’Opéra de Toulon

Production Opéra de Lorraine,
repris par Angers-Nantes Opéra

Photos : Frédéric Stéphan

1 Tatiana, Madame Larina, Olga;
2 Eugène, Tatiana;
3 Filipievna.

operadetoulon.fr

 

 

 

 

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