Compte-rendu critique, opéra. Peralada, le 6 août 2018. Mozart : Die Zauberflöte. Kulchynska, Pons / Broggi.

Mozart portraitXCompte-rendu critique, opéra. Peralada. Cour du Château, Auditorium, le 6 août 2018. Wolfgang Amadeus Mozart : Die Zauberflöte. Olga Kulchynska, Liparit Avetisyan, Adrian Eröd, Kathryn Lewek, Andreas Bauer. Josep Pons, direction musicale. Oriol Broggi, mise en scène. Avec ses créneaux, ses jardins, son banquet, son théâtre en plein air, le Château de Peralada est déjà un enchantement en soi, un ravissement de tous les instants.Toujours luxuriant et luxueux, son festival donne à entendre, pour sa trente-deuxième édition, le testament lyrique de Mozart, à l’occasion de la première mise en scène lyrique d’Oriol Broggi, fameux scénographe catalan.

De son propre aveu intimidé par l’enjeu, le metteur en scène a opté pour un cadre théâtral extrêmement dépouillé, réduit à un plateau nu, quelques chaises et bancs, ainsi que quelques bouts de bois délimitant espaces et portes. Seules des vidéos projetées en fond de scène animent le plateau, la direction d’acteurs se voulant elle aussi réduite à sa plus simple expression. Peu de mouvement, donc, et également peu de fantaisie pour une œuvre évoquant au contraire la féérie. Un traitement efficace pour Sarastro et sa suite, mais une rigidité qui tend à brider parfois le personnage de Papageno et lui ôter ses ailes.

Un récitant, très solennel Lluis Soler, fait le lien entre les différents morceaux musicaux, expliquant l’action au public… malgré la présence de larges pans des dialogues originaux, eux-mêmes surtitrés pour une meilleure compréhension.

 
 
 

La Flûte Enchantée à PERALADA
Die Sobreflöte
De belles images mais peu d’humour…

 

 
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Les chanteurs, vêtus de costumes tout aussi sobres, sinon austères, font de leur mieux pour donner vie à leurs personnages. Tamino de belle facture mais physiquement parfois emprunté, Liparit Avetisyan réussit très bien ses deux airs. Bridée par son strict uniforme d’écolière, la Pamina d’Olga Kulchynska fait admirer sa superbe voix de soprano lyrique, ample et veloutée, à laquelle ne manque encore que l’aisance du pianissimo dans l’aigu pour se hisser au niveau des plus grandes. Habitué du rôle de Papageno, notamment à Vienne, Adrian Eröd offre de l’oiseleur un portrait lunaire plutôt inhabituel mais néanmoins convainquant et chante sa partie d’une voix assez claire et ouverte, parfois presque parlée, telle qu’on peut s’imaginer celle de Schikaneder pour qui la partition fut écrite. Il forme un très joli couple avec la Papagena aussi facétieuse que charmante de Júlia Farrés, leur duo devenant le sommet de la soirée, l’instant où le tourbillon mozartien reprend enfin ses droits.

Très impressionnante, Kathrine Lewek dresse un portrait très complet du personnage de la Reine de la Nuit dans sa dualité et darde avec arrogance les célèbres aigus du rôle, faisant admirer un médium bien assis et une personnalité artistique évidente. Nous avons hâte de l’entendre prochainement dans le rôle-titre de Lucia di Lammermoor à Bâle.

Doté d’un instrument un rien monolithique, Andreas Bauer en Sarastro assure bien sa partie malgré un registre grave parfois discret, mais manque selon nous de tendresse, notamment dans son deuxième air.

Excellent, le trio de Dames se voit dominé par l’instrument lumineux et sonore d’Anaïs Constans, luxueuse, à tel point qu’on tend souvent l’oreille pour l’écouter plus attentivement au sein des ensembles.

Sifflant et insidieux, le Monostatos de Francisco Vas se révèle très convaincant, tandis que les seconds rôles remplissent idéalement leur tâche. Seul l’Orateur de Christopher Robertson manque de noblesse pour rendre pleinement justice à la beauté des pages qui lui sont dévolues.

Ultime interrogation demeurant sans réponse : pourquoi six enfants (très bons) au lieu des trois originels ?

Superbe de bout en bout, le chœur du Liceu de Barcelone offre une prestation remarquable, pleine de ferveur et de puissance.

A la tête d’un très bel orchestre du Liceu, aux pupitres bien équilibrés, le directeur musical Josep Pons propose une direction efficace, mais à laquelle manque – là aussi – la fantaisie et le merveilleux, malgré quelques heureuses surprises dans certains tempi, points d’orgue et fins d’airs. Une baguette propre et professionnelle, mais manquant d’une touche personnelle.

Beau succès au rideau final pour cette nouvelle production de la part d’un public visiblement heureux de réentendre cette œuvre immortelle.

 
 
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COMPTE-RENDU, opéra. Peralada. Cour du Château, Auditorium, 6 août 2018. Wolfgang Amadeus Mozart : Die Zauberflöte. Livret d’Emmanuel Schikaneder. Avec Pamina : Olga Kulchynska ; Tamino : Liparit Avetisyan ; Papageno : Adrian Eröd ; La Reine de la Nuit : Kathryn Lewek ; Sarastro : Andreas Bauer ; Papagena : Júlia Farrés ; Première Dame : Anaïs Constans ; Deuxième Dame : Mercedes Gancedo ; Troisième Dame : Anna Alàs ; Monostatos : Francisco Vas ; L’Orateur : Christopher Robertson ; Premier Prêtre et Second Homme d’armes : Gerard Farreras ; Second Prêtre et Premier Homme d’armes : Vicenç Esteve Madrid ; Les trois Enfants : Júlia Carreno, Núria Pou, Anna Ruiz, Aina Sala, Júlia Salamero, Núria Vives ; Narrateur-acteur : Lluis Soler. Chœur du Grand Teatre del Liceu de Barcelone ; Chef de chœur : Conxita Garcia. Orchestre du Gran Teatre del Liceu de Barcelone. Direction musicale : Josep Pons. Mise en scène et décors : Oriol Broggi ; Costumes : Berta Riera ; Lumières : Albert Faura ; Vidéos : Fransesc Isern. Par notre envoyé spécial Narciso Fiordaliso. Illustrations : © Peralada 2018

 
 
 
 

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