Compte rendu critique, opéra. Busseto,Teatro Verdi, le 18 octobre 2017. Verdi : La traviata. Muzicenko, Lara, Abuladze… Rolli / Bernard.

Vague verdienne en juin 2014Compte rendu critique, opéra. Busseto,Teatro Verdi, le 18 octobre 2017. Verdi : La traviata. Muzicenko, Lara, Abuladze… Rolli / Bernard. S’il est un opéra de Giuseppe Verdi (1813-1901) qui a fait le tour du monde à plusieurs reprises, c’est bien la Traviata. Pourtant, l’oeuvre a bien mal entamé sa carrière. En effet, à sa création le 6 mars 1853, à la Fenice de Venise, sans parler de fiasco, comme le dit Verdi lui même, La traviata fut fraîchement accueillie tant par le public que par la critique. Amateurs d’opéras…. les vénitiens manquèrent alors singulièrement de discernement. Verdi insatisfait retira immédiatement son opéra de la scène pour y apporter plusieurs modifications significatives, notamment dans le duo Germont/Violetta au deuxième acte. Lorsqu’elle fut recréée, en mai 1854, La traviata connut un succès qui ne devait plus se démentir par la suite. Pour cette nouvelle production, installée dans le minuscule Teatro Verdi de Busseto, qui ne compte que trois cent cinquante places, les responsables du festival Verdi ont confié la mise en scène à Andrea Bernard et la direction musicale au jeune et talentueux chef parmesan Sebastiano Rolli. Les chanteurs invités pour cette Traviata sont, eux, issus de l’Académie des jeunes artistes du Teatro alla Scala de Milan.

La Traviata milanaise au Teatro Verdi de Busseto

FROIDEUR DISTANTE DE LA MISE EN SCENE… Il est d’ailleurs bien difficile de comprendre la réflexion d’Andrea Bernard qui, en fin de compte, propose une mise en scène brouillonne et … inaboutie. Quel intérêt de placer le premier acte dans une salle des ventes alors que Violetta est, à ce moment de l’opéra, l’instigatrice des plaisirs de la Jet Set de l’époque? Quel intérêt aussi de faire d’Alfredo un jeune homme volage et totalement indifférent au sort de Violetta dont il est éperdument amoureux? Anina, quant à elle, femme de chambre dévouée et fidèle jusqu’à la fin, n’est plus qu’une assistante froide, retorse et, elle aussi, complètement indifférente au sort de sa patronne.
Voilà autant de détails qui n’aident pas à la compréhension du propos d’Andrea Bernard et de son équipe. Cela étant dit, les costumes très contemporains et les décors n’arrangent rien. Après la salle des ventes du premier acte, la maison de campagne de Violetta au deuxième acte est presque vide, encore en attente d’un aménagement digne de ce nom (alors que le couple y vit depuis trois mois) rendant les propos de Germont incompréhensibles (“Pur tanto lusso”; “pourtant, tout ce luxe…”) et la réponse de Violetta tout aussi inadéquate (“Ad ogni è mistero quest’atto, a voi nol sia”; “Cet acte est ignoré de tous, qu’il ne le soit pas de vous”).

HEUREUSEMENT IL Y A LES VOIX… Par contre, vocalement, nous avons le bonheur de voir sur scène de jeunes talents prometteurs. A commencer par la toute jeune soprano russe Julia Muzichenko qui incarne une très belle Violetta. La voix est saine, puissante, ferme ; elle claque dans la salle, tel un fouet. L’air et la cabalette du premier acte, chantés avec les reprises, chose assez rare pour être signalée, sont magistralement interprétés . Le médium est sain ; les aigus, percutants, la ligne de chant impeccable, la tessiture large et parfaitement maîtrisée. Et même si la jeune femme ne chante pas l’aigu final, rajouté par les Violetta successives depuis la création de l’oeuvre, il faut lui reconnaitre une présence incontestable sur scène. En revanche son partenaire, le ténor mexicain Fabian Lara se montre moins convaincant dans le rôle d’Alfredo. La voix est certes belle, mais moins percutante que celle de Muzichenko. Si l’aria “Lunge da lei… De miei bollenti spiriti” est correctement interprété, la cabalette “Oh mio Rimorso…” est nettement moins propre, n’échappant pas à quelques fausses notes, notamment dans les premières mesures. Assurément le jeune ténor ne maîtrise pas complètement un instrument pourtant prometteur. Le baryton géorgien Gocha Abuladze campe, quant à lui, un émouvant Germont. Si dans les premières notes, lors de l’affrontement avec Violetta la voix manque de stabilité, le jeune homme se recadre rapidement, et dès l’aria “Bella sicome un’angelo”, il réalise une très belle performance dont le point d’orgue est l’aria (exceptionnellement suivi de la cabalette) “Di Provenza il mar il sol … “. Si Forooz Razavia est dotée d’un mezzo solide et sain, le personnage d’Anina ne convainc pas du tout. A sa décharge, la mise en scène d’Andrea Bernard la dessert largement en la faisant apparaître comme une femme totalement indifférente et  calculatrice, souhaitant en finir au plus vite avec sa patronne mourante. Dans la distribution des rôles secondaires, saluons les belles apparitions de Carlo Checchi, baron Douphol arrogant et jaloux à souhait et le sympathique docteur Grenvil d’Enrico Marchesini. Le choeur du Teatro Comunale de Bologne assume vaillamment une partition pas forcément très longue, mais dense et difficile. D’autre part il se sort comme il peut d’une mise en scène qui n’avantage personne, tant solistes que choristes.

Dans la fosse, l’orchestre du Teatro Comunale de Bologne est dirigé par Sebastiano Rolli. Le chef d’orchestre parmesan est un excellent musicien et est doté d’une mémoire phénoménale : il dirige par coeur le chef d’oeuvre de Verdi, se montre attentif à chacun. Il n’hésite d’ailleurs pas à les accompagner en chantant avec eux, notamment dans le dernier ensemble du premier acte.

Si nous regrettons d’avoir vu une mise en scène superficielle et sans réel intérêt, le plateau vocal talentueux et prometteur sauve une production peu convaincante. Ajoutons à cet excellent plateau un chef d’orchestre, dynamique et talentueux qui connait parfaitement son sujet au point de diriger cette série de représentations de mémoire.

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Compte-rendu, critique, OPERA. Busseto. Teatro Verdi, le 18 octobre 2017. Giuseppe Verdi (1813-1901) : La traviata opéra en trois actes sur un livret de d’après “La dames aux camélias” d’Alexandre Dumas fils. Julia Muzichenko, Violetta Valéry; Fabian Lara, Alfredo Germont; Gocha Abuladze, Giorgio Germont; Martha Leung, Flora Bervoix; Forooz Razavia, Anina; Antonio Garès, Gaston, vicomte de Létorières; Claudio Levantini, Marchese d’Obigny; Carlo Checchi, Baron Douphol; Enrico Marchesini, docteur Grenvil; Cosimo Gregucci, Giuseppe, serviteur de Violetta; Sandro Pucci, un domestique de Flora; Raffaele Costantini, un commissionaire; Choeur et orchestre du Teatro Comunale de Bologne, Sebastiano Rolli, direction. Andrea Bernard, mise en scène.

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