Compte-rendu critique, opéra. Berlin, le 8 sept 2018. Verdi : Nabucco. Petean, Pirozzi, R Rizzi Brignoli / K Warner

VERDI_402_Giuseppe-Verdi-9517249-1-402Compte-rendu critique, opéra. Berlin. Deutsche Oper, le 8 septembre 2018. Giuseppe Verdi : Nabucco. George Petean, Anna Pirozzi, Roberto Tagliavini, Vasilisa Berzhanskaya, Attilio Glaser. Roberto Rizzi Brignoli, direction musicale. Keith Warner, mise en scène. La saison 18-19 du Deutsche Oper de Berlin démarre sur les chapeaux de roues avec un exceptionnel Nabucco verdien, grâce notamment à un plateau superlatif. La mise en scène de Keith Warner, créée in loco en 2013, ménage de très belles images tout en permettant aux chanteurs de s’y glisser facilement et d’y apporter leur personnalité. Parmi les moments forts de la soirée, citons particulièrement cette forêt de cordes tombant des cintres au début de la dernière scène, préfigurant l’exécution à venir du peuple hébreux.
Une scénographie paraissant parfois mélanger les époques, mais demeurant néanmoins d’une belle cohérence visuelle et suivant fidèlement l’intrigue, permettant ainsi à la musique de faire opérer son charme et sa force. Par notre envoyé spécial Narcisse Fiordaliso.

 

 

 

Trio de choc : Tagliavini, Pirozzi, Petean…

 

 

 

Si l’œil ne trouve jamais à s’offenser, c’est surtout l’oreille qui est à la fête ce soir, le théâtre allemand ayant réussi à réunir un trio de tête tout simplement exceptionnel. Ouvrant le bal, Roberto Tagliavini fait profiter Zaccaria de toute la noblesse de son timbre et la distinction de sa tenue vocale, pour nous l’une des plus belles basses de notre époque. Chacune de ses interventions est à marquer d’une pierre blanche, véritable exemple de beau chant et de majesté. Retrouvant son rôle fétiche, Anna Pirozzi semble ne faire qu’une bouchée de l’écriture terrible d’Abigaille, la soprano napolitaine paraissant en outre dans une forme vocale exceptionnelle. Dès son entrée, elle fait passer un frisson dans la salle par l’électricité de ses accents et l’ampleur invraisemblable de ses aigus, dardés tels des javelots. Le grave n’est pas en reste, plein et sonore, toujours aisé, jamais forcé. Mais c’est au deuxième acte que la chanteuse nous fait rendre les armes (et les larmes) avec un « Anch’io dischiuso » d’anthologie, débordant de tendresse difficilement contenue et plein d’une poignante nostalgie, phrasé lentement déployé archet à la corde et pianissimi suspendus, comme une leçon de chant verdien. Enthousiasmante également, la cabalette qui suit, bénéficiant de sa reprise… et de quelques variations. On retiendra encore le magnifique duo avec Nabucco, intensément vécu et couronné par un contre-mi bémol aussi inattendu que fulgurant ; et une mort dépouillée de tout artifice, toute de nudité vocale, profondément touchante. Bravissima.
A l’occasion de son tout premier Nabucco, George Petean réussit un coup de maître : beauté du timbre, aisance de la tessiture, fierté des accents, facilité de l’aigu, le baryton roumain possède bien des atouts pour rejoindre les meilleurs titulaires du rôle. On se souviendra longtemps de son « Dio di Giuda » magnifiquement phrasé dans sa sobriété, l’un des grands moments de la soirée. Seule la cabalette manque un rien de mordant, le centre de gravité de la voix du chanteur apparaissant situé un peu haut et l’écriture vocale ne lui permettant pas de développer pleinement les sons. Néanmoins, le la bémol final est bien là, vainqueur comme on l’espérait. Une très belle prise de rôle, déjà superbement accomplie.
Aux côtés de ce trio, la Fenena ardente de Vasilisa Berzhanskaya se fait très rapidement remarquer par le velours sombre de sa puissante voix d’authentique mezzo, un instrument de toute beauté qui la portera sans doute très vite vers des rôles d’une toute autre envergure. Solide et convaincant, l’Ismaele fougueux d’Attilio Glaser, ainsi que l’Abdallo percutant de Gideon Poppe et l’Anna chaleureuse de Cornelia Kim. Seul le Grand-Prêtre de Paull-Anthony Keightley déçoit un peu face à un tel plateau, la voix manquant de projection et d’impact pour porter vraiment dans la salle.
Excellent de bout en bout, le chœur maison fait des merveilles dans le célébrissime « Va pensiero » qu’on a l’impression de découvrir pour la première fois, débuté absolument mezza voce, presque un murmure – et pourtant sonore –, d’une ferveur bouleversante.
A la tête d’un orchestre rutilant de tous ses pupitres, Roberto Rizzi Brignoli confirme sa place au sein des meilleurs chefs verdiens de notre époque. Après une ouverture un rien précipitée à notre goût, le chef italien trouve constamment les justes tempi, respirant avec les chanteurs et les soutenant sans jamais les couvrir. Plus encore, il fait jouer la partition dans son intégralité, ce qui donne à l’œuvre toute sa grandeur et son efficacité dramatique.
En ce début de mois septembre, la salle n’est pas pleine mais les spectateurs, enthousiastes et passionnés, font vibrer le théâtre par leurs ovations sincères.
Une bien belle façon de commencer la nouvelle saison.

 

 

   

 

 

 

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Berlin. Deutsche Oper, 8 septembre 2018. Giuseppe Verdi : Nabucco. Livret de Temistocle Solera. Avec Nabucco : George Petean ; Abigaille : Anna Pirozzi ; Zaccaria : Roberto Tagliavini ; Fenena : Vasilisa Berzhanskaya ; Ismaele : Attilio Glaser ; Le Grand-Prêtre de Baal : Paull-Anthony Keightley ; Abdallo : Gideon Poppe ; Anna : Cornelia Kim. Chœur du Deutsche Oper de Berlin ; Chef de chœur : Jeremy Bines. Orchestre du Deutsche Oper de Berlin. Direction musicale : Roberto Rizzi Brignoli. Mise en scène : Keith Warner ; Décors : Tilo Steffens ; Costumes : Julia Müer ; Lumières : Ulrich Niepel

 

 

 

 

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