Compte-rendu critique, concert. Paris. Théâtre des Champs-Elysées, le 16 mai 2017. Lawrence Brownlee, ténor. Orch de chambre de Paris. Speranza Scappucci.

Compte-rendu critique, concert. Paris. Théâtre des Champs-Elysées, le 16 mai 2017. Lawrence Brownlee, ténor ; Aida Garifullina, soprano. Orchestre de chambre de Paris. Speranza Scappucci, direction musicale. Un concert étrange, un programme un peu chiche, construit sans grande cohérence… et pourtant, une soirée dont on ressort le sourire aux lèvres. Un  plaisir qu’on doit en grande partie à la présence de Lawrence Brownlee, qui remplaçait Juan Diego Florez initialement prévu. Le ténor américain a de vrais atouts à faire valoir et prouve une fois de plus sa place au panthéon actuel des ténors belcantistes.

 
 

Avantage, set et match pour le ténor

 

Lawrence_Brownlee_pc_Derek_Blanks_a_72dpiMalgré un récitatif un rien pressé, il phrase superbement « Spirto gentil » tiré de la Favorita donizettienne – que n’a-t-il chanté cet air dans sa version originale française ? – et chauffe déjà son contre-ut. Son premier duo avec sa partenaire d’un soir prouve que l’écriture vocale de Nemorino lui tombe à présent dans la voix et qu’il serait bien inspiré d’aborder le rôle dans son intégralité. Mais c’est avec le terrible air d’Ilo qu’il rafle la mise et soulève le public : legato caressant, panache vocal, vocalises – et variations ! – gravies et dévalées avec aplomb, aigus insolents, il abat ses plus belles cartes rossiniennes et en remontre jusqu’aux plus grands. Passé l’entracte, seule sa Romance de Nadir déçoit quelque peu, manquant d’intériorité et de nuances, bien que toutes les notes soient superbement là.
Avec les neuf contre-uts de Tonio, dont il paraît se jouer en souriant, c’est un nouveau triomphe, pour une performance rare. Plus encore que son endurance d’athlète du chant, c’est cet évident plaisir d’être là et de chanter qu’on retiendra ce soir de Lawrence Brownlee.
Il jette malheureusement dans l’ombre une Aida Garifullina dont il y a hélas peu à dire. Non que sa prestation ne mérite pas d’éloge, au contraire, la soprano russe chante fort bien. Mais rien ne vient la différencier de nombre de ses consœurs moins médiatisées : instrument joliment corsé à l’aigu assuré, certes, mais moyens de soprano lyrique comme il y en a beaucoup à travers le monde, couleur vocale agréable à l’oreille mais… anonyme, et interprétation très convenue, sans grande personnalité. « Mattinata » de Leoncavallo n’a pas sa place en première partie, davantage bis qu’air véritable ; Snegourotchka, qu’elle connaît bien, lui convient mieux grâce à sa langue maternelle qu’elle retrouve ; et sa Valse de Juliette pâtit malheureusement d’une diction française totalement privée de consonnes et d’un phrasé maniéré, sucré, comme englué dans de la guimauve. Et si Adina convient bien à sa voix, son incarnation manque de la joyeuse spontanéité de son partenaire, et le second duo achevant la soirée tombe complètement à plat, incapable de se hisser au degré d’euphorie provoqué par l’air de Tonio qui le précédait dans le programme.
Malgré la brièveté du concert, un seul bis avait été prévu : le duo « Parigi o cara » tiré de la Traviata, dans lequel Lawrence Brownlee donne une nouvelle leçon de chant, nuances à fleur de cœur et legato archet à la corde, tendant ses notes à Aida Garifullina qui finit par le suivre – enfin ! – dans l’émotion.
Face à l’instance du public, qui ne saurait se satisfaire d’un unique rappel, le ténor affronte une nouvelle fois les contre-uts de Tonio, toujours avec la même crâne assurance. Et, question d’équité, la soprano remet sur le métier « Mattinata », cette fois avec davantage de chaleur que précédemment.
On ne saurait refermer ce compte-rendu sans saluer bien bas la direction impressionnante de Speranza Scappucci, qui confirme de jour en jour ses talents de cheffe de théâtre. Et si ses tempi paraissent parfois pressés, elle obtient de l’Orchestre de chambre de Paris, une précision assez inouïe, parvenant à faire sonner belcantiste – notamment dans Zelmira, une gageure – un orchestre qu’on a entendu souvent un peu perdu face à ce répertoire. La maestra transalpine se révèle fascinante à regarder diriger, tant semble grand son contrôle des plans sonores comme des nuances et des contrastes. On a ainsi l’impression de redécouvrir des ouvertures aussi connues et rabachées que celle de Don Pasquale et de la Fille du Régiment. Trop souvent la direction orchestrale des récitals vocaux est confiée à des chefs de second ordre pour permettre aux solistes de briller plus facilement, preuve en est que la dimension est toute autre lorsqu’une grande cheffe est au pupitre.

 
 

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Paris. Théâtre des Champs-Elysées, 16 mai 2017. Gaetano Donizetti : Don Pasquale, Ouverture ; La Favorita, “Favorita del re… Spirto gentil”. Ruggiero Leoncavallo : Mattinata. Gaetano Donizetti : L’Elisir d’amore, “Caro elisir… Esulti pur la barbara”. Nicolaï Rimski-Korsakov : La Fille de neige, Air du Prologue. Gioachino Rossini : Zelmira, “Terra amica”. Georges Bizet : Les Pêcheurs de perles, “A cette voix quel trouble… Je crois entendre encore”. Charles Gounod : Roméo et Juliette, “Je veux vivre”. Gaetano Donizetti : La Fille du Régiment, Ouverture ; “Ah ! mes amis… Pour mon âme”. L’Elisir d’amore, “Una parola, Adina… Chiedi all’aura… Per guarir da tal pazzia”.   Lawrence Brownlee, ténor ; Aida Garifullina, soprano. Orchestre de chambre de Paris. Speranza Scappucci, direction musicale.

 

 

 

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