Compte rendu, concerts, Châteauneuf-en-Auxois (Côte d’Or), le 1er juillet 2018, Cappus par Jonathan Dunford; récital de Juliette Mazerand, piano.

Brahms johannes concertos pianos orchestre par adam laloum nelson freire critique annonce par classiquenewsCompte rendu, concerts, Châteauneuf-en-Auxois (Côte d’Or), Eglise St Philippe et St Jacques, 1er juillet 2018, Œuvres de Cappus, par Jonathan Dunford et ses amis; récital de piano de Juliette Mazerand (Brahms, Franck, Debussy, Prokofiev). Pas moins de six concerts, dont un en plein-air, répartis sur deux jours, voilà qui est exceptionnel pour un bourg de 85 habitants, dont l’attrait réside dans une splendide forteresse du XVe S, qui domine la vallée qu’emprunte l’A6. Une équipe de bénévoles s’est employée cette année à associer la musique et le vin, et l’on déguste l’une comme l’autre dans un cadre exceptionnel, la première sans retenue, le second avec modération.

A découvrir, de toute urgence
Force nous a été de choisir dans ces multiples propositions. S’ils ne furent pas les plus populaires, deux de ces concerts réunirent un public fidèle et éclairé. Le premier nous permettait d’écouter à nouveau Jonathan Dunford, Jérôme Chaboseau et Pierre Trocellier dans  deux suites pour viole et basse de Jean Baptiste Cappus, que ces interprètes ont redécouvert, et dont il a été rendu compte récemment (Moutiers Saint-Jean, 5 mai 2018). Pleinement investis dans ce répertoire qu’ils illustrent à merveille, nous trois musiciens sont un bonheur constant à écouter. On se souvient de la révélation que constitua pour le plus large public le film « Tous les matins du monde », avec Jodi Savall (et Jean-Pierre Marielle), d’après le roman de Pascal Quignard. Marin Marais, et Monsieur de Sainte-Colombe, dont les suites pour deux violes n’étaient connues que de rares initiés, furent ainsi projetés au-devant de la scène. La découverte des suites de Jean Baptiste Cappus, dont Jonathan Dunford est le principal artisan, n’est pas une moindre découverte. La plénitude, la richesse harmonique s’y conjuguent avec la légèreté, l’élégance et la sensibilité. La dynamique de la danse, les phrasés, l’articulation, restitués avec naturel par nos interprètes, participent au bonheur de les écouter.  Sans doute l’aboutissement le plus achevé de l’école française de viole.
mazerand julietteSur un beau Bechstein, parfaitement approprié, Juliette Mazerand, toujours aussi rare au concert,  nous livre un  programme ambitieux : Brahms, César Franck, Debussy et Prokofiev, dans des œuvres majeures. Les sept fantaisies, opus 116, de Brahms, sont  plus remarquables les unes que les autres.  Force, passion et clarté pour les n°1, 3 et 7, lyriques, quasi improvisés, avec ce qu’il faut de retenue et d’indécision pour les mouvements lents, toujours toutes les parties chantent. Le finale (allegro agitato), pris dans un tempo d’enfer, nous laisse sans voix. Une grande brahmsienne que cette interprète.
Le prélude, choral et fugue de César Franck, illustré par les plus grands, demeure une œuvre singulière, et redoutable. Ce que nous écoutons soutient la comparaison avec les versions les plus réputées : la fluidité, la plénitude, la maîtrise surprennent, et nous voilà plongés dans un univers foncièrement différent de celui de Brahms. La fugue est proprement lumineuse, avec une exposition proche de l’idéal. La puissance de la récapitulation finale est impressionnante, servie par une virtuose humble, toujours au service d’une expression sensible et forte. Un très grand moment. De Debussy, la Terrasse des audiences du clair de lune (livre II des Préludes, n°7) passe, à juste titre pour le sommet du recueil.  Le rêve, la fantaisie, le fantasque, le charme, avec les couleurs les plus séduisantes confirmeraient, si besoin était, les qualités rares de Juliette Mazerand. Athlétique, pyrotechnique, certes, Sarcasmes  est une des œuvres les plus exigeantes du répertoire, mais le rire grimaçant, amer, aux limites de la folie, peut-il être mieux rendu que dans ces cinq pièces ?  Tous les touchers, toutes les attaques, toutes les dynamiques
sont sollicitées pour une des œuvres les plus diaboliques de la littérature pianistique. C’est incontestablement le sommet de ce riche récital, qui soulèvera les acclamations d’un public captivé et comblé.
Juliette Mazerand se refuse à sacrifier sa vie familiale au concert, c’est la raison pour laquelle son apparition annuelle, longuement travaillée et mûrie, représente un moment si fort. Osons l’écrire : nombre de pianistes professionnels aux qualités techniques et musicales moindres encombrent les concerts, les enregistrements, les médias. A-t-on le droit de limiter à un public forcément restreint un tel talent ? Tout en respectant ses choix, n’y a-t-il pas moyen de diffuser cette joie, réservée à ses auditeurs ? On l’espère, on le souhaite.

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Compte rendu, concerts, Châteauneuf-en-Auxois (Côte d’Or), Eglise St Philippe et St Jacques, 1er juillet 2018, Œuvres de Cappus, par Jonathan Dunford et ses amis ; récital de piano de Juliette Mazerand (Brahms, Franck, Debussy, Prokofiev). Crédit photographique © D.R.

RAPPEL : LIRE aussi notre compte rendu de Juliette Mazarand, piano, en 2017

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