Compte-rendu, concert. Toulouse, Auditorium Saint-Pierre des Cuisines, le 5 novembre 2016. Bernard-Aymable Dupuy (1707-1789) : Le Triomphe des Arts, Opéra-Ballet en cinq entrées sur un livret de Houdar de la Motte, extraits ; Ensemble et Orchestre Baroque de Toulouse. Michel Brun, direction.

CONVAINCANTE RESURRECTION. Après l’Académie des Sacqueboutiers la semaine dernière et leur concert dont nous avons rendu compte dans la foulée, c’est Michel Brun et l’Orchestre et le Chœur Baroque de Toulouse qui on proposé une journée autour d’un autre beau projet artistique lequel s’est couronné par un concert faisant salle comble à l’Auditorium Saint-Pierre des Cuisines.

lebrun dupouy triomphe des arts compte rendu critique opera ballet classiquenews concert-dupuy-696x451Une journée a été dédiée aux témoignages des arts à Toulouse au XVIII ième siècle à propos de la parution d’un livre contenant deux CD consacrés à Bernard-Aymable Dupuy et son Triomphe des Arts. Le livre met en perspective cet opéra-ballet de 1733 avec la vie artistique du Toulouse du XVIII ième siècle. On sait combien la chape de plomb imposée par Lully, surintendant de la Musique Royale, sur tout le territoire français, a bridé bien des compositeurs jusqu’après sa mort. Le toulousain Bernard-Aymable Dupuy a eu l’audace de composer un Opéra-Ballet en cinq entrées selon le canon parisien; de le faire représenter à Toulouse en 1733, nul de sait plus très bien ou ni comment…  cela est d’autant plus étrange qu’il était âgé de 26 ans et que le reste de sa carrière sera ensuite presque entièrement religieuse. L’ambition, voir le culot de ce jeune musicien est incroyable. Sa musique sonne particulièrement habile, pleine de tous les charmes de l’époque. Maillon entre Lully et Rameau, entre l’Europe  Galante de Campra et les Indes Galantes de Rameau, il a su écrire une œuvre digne de la Capitale. Chœurs à grands et petits effectifs, récitatifs souples, airs variés, duos, effets dramatiques, humour, danses rythmées et entraînantes, tout est présent. La réécriture des parties d’orchestre médianes par deux musicologues éminents : Françoise Talvard et le regretté Jean-Christophe Maillard fait la part belle aux flûtes, hautbois, violon accompagné et aux tutti afin de varier l’écoute. Sans avoir l’énergie rythmique de Lully ou la richesse harmonique de Rameau, la musique de Dupuy est tout à fait significative d’un savoir faire qui n’a rien à envier aux compositeurs en vue à Paris. Les extraits choisis habilement ce soir permettent de démontrer la variété stylistique de Dupuy. Un beau duo « aimons nous, aimons nous » et un chœur final très original faisant preuve d’une inspiration aimable et d’une harmonie attachante.
Les musiciens que dirige Michel brun sont très engagés dans ce projet et sont tous magnifiques. L’orchestre bénéficie de deux flûtes particulièrement musicales et de violons souples et lumineux, surtout dans les airs avec le violon obligé. Les hautbois sont harmonieux. Le continuo est entrainé par le basson charismatique et absolument incroyable de Laurent Le Chenadec qui relaye la pulsation énergique du chef avec audace. La sonorité de son basson est par ailleurs un régal de beauté ronde et chaude. Tambour et tambourin sont pleins de vivacité, avec une danse des sauvages avant l’heure.
Le chœur met un peu de temps à se chauffer mais gagne en présence et dans le final, il est parfaitement convainquant. Les deux solistes, Clémence Garcia, soprano et Philippe Estèphe, baryton, sont prudents et ont tous deux d’agréables timbres. Le manque de caractérisation des personnages qui fait partie de ces opéra-ballet, à livret si peu dramatique, ne les engage pas à dépasser un chant policé et comme distancié.
La direction de Michel Brun réalise un admirable équilibre entre énergie, transmise avec charisme, et musicalité délicate. On devine l’immense plaisir du chef quand il fait revivre une partition qu’il admire et nous convainc ; l’oeuvre méritait bien de sortir de la bibliothèque du Périgord où elle a été enfermée presque 300 ans, une question se fait jour : à quand une version scénique ?
Les extraits de cet opéra-ballet de Dupuy présentés ce soir par Michel Brun et ses amis  permettent de rendre un vibrant hommage à ce compositeur toulousain réhabilité dans sa musique profane. Il n’est pas complètement tombé dans l’oubli car le CMBV ne rechigne pas à donner dans ses concerts de Noël, des œuvres de Dupuy. Les cinq arts, poésie, musique, architecture, sculpture et peinture sont célébrés par sa musique dans la mise en commun de belles énergies. Michel Brun a su mener à bien une résurrection intéressante à plus d‘un titre. Le public a semblé conquis !
Avec les CD du livre publié ce jour il est possible de déguster d’avantage cette musique habile et aimable.

Compte-rendu, concert. Toulouse, Auditorium Saint-Pierre des Cuisines, le 5 novembre 2016. Bernard-Aymable Dupuy (1707-1789) : Le Triomphe des Arts, Opéra-Ballet en cinq entrées sur un livret de Houdar de la Motte  extraits ; Clémence Garcia, soprano ; Philippe Estèphe, baryton ; Le Chœur Baroque de Toulouse ; l’Orchestre Baroque de Toulouse ; Michel Brun, direction.

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