Compte-rendu, concert.Salon de Provence,l’Empéri, le 1er août 2018. Schumann. Bernstein… Meyer. Lomeiko. Bohorquez. Le Sage. Couteau.

IMG-3897Compte-rendu, concert.Salon de Provence,l’Empéri, le 1er août 2018. Schumann. Bernstein… Meyer. Lomeiko. Bohorquez. Le Sage. Couteau. Le troisième concert du 26è Salon de Musique à l’Empéri a manqué d’avorter sous la pluie mais la remarquable réactivité de chacun a sauvé les instruments des effets de l’humidité et le public a pu regagner ses places sans mal, l’orage passé. La suite du concert n’en a été que plus … intense. Programme varié mêlant bien des styles et des configurations. Les pages à quatre mains de Schumann sur des images orientales sont en fait peu exotiques mais très belles. C’est un admirable mélange de nuances, d’émotions et de style parfaitement assumé, comme Schumann en a le secret.

EFFUSION CHAMBRISTE A L’EMPERI

Les deux pianistes ont su avec élégance laisser la musique se développer au gré des pensées. Geoffroy Couteau à la basse a mis en valeur la profondeur harmonique avec de belles couleurs. Plus léger Eric Le Sage a gardé un son pur et assez droit. L’équilibre a très bien fonctionné et la diversité de la partition a permis une entrée agréable et progressive dans l’écoute musicale. Puis la rare Sonate pour clarinette de Leonard Bernstein permet la poursuite vive et stimulante de l’écoute. Cette partition post romantique est légèrement pimentée rythmiquement et harmoniquement. Elle met particulièrement en valeur les qualités de charme de la clarinette et une virtuosité généreuse en effets, lesquels sont bienvenus et toujours savoureux. Il y a dans cette première partition publiée de Bernstein, l’amour que d’autres compositeurs ont éprouvé pour l‘instrument, mais dans le cas du flamboyant compositeur américain, persiste quelque chose de l’amour pour le clarinettiste dédicataire de l’œuvre, aimé follement avec la fougue de la jeunesse.
Le Trio de Beethoven est une adaptation de la main du maître de son sextuor avec clarinette, basson et cordes. Le succès de cette adaptation a été fulgurant et Beethoven lui-même en a été agacé. Pourtant il faut reconnaître qu’à travers le temps, cette œuvre garde beaucoup de séduction. Ce soir les trois musiciens ont acquis une très belle complicité qui conduit à une interprétation irrésistible. La composition encore très classique de Beethoven convient particulièrement à Eric Le Sage. Son jeu très structuré, ferme, impeccable convient à merveille dans la belle partie pianistique de ce trio. Son jeu s’épanouit dans la tenue parfaite qui est la marque du pianiste. La clarinette de Paul Meyer a toute l’élégance et la délicatesse requise. Les nuances sont renversantes de sensibilité et de classe. Le legato est un véritable rêve de bel canto. Au violoncelle, Claudio Bohorquez est parfait d’intelligence musicale et d’humour. Dans les parties pleines d’esprit, il est remarquable de présence chaleureuse et amusée. Un grand artiste lui aussi qui se réjouit en jouant avec une sorte d’insouciance et de pur bonheur.
L’interlude de la pluie loin de paniquer les artistes les amuse et ils reprennent le trio là où ils l’avaient laissé sans le moindre effort. Tout nous paraît encore plus admirable ensuite. L’écoute en plein air avec cette qualité acoustique et ce bien-être, reste un très grand atout de ce beau festival.
En deuxième partie de concert, le grand Trio de Brahms va nous amener sur des sommets d’émotion. La violoniste Natalia Lomeiko rejoint Claudio Bohorquez et Geoffroy Couteau. Le pianiste qui nous disait vouloir enregistrer la musique de chambre avec piano de Brahms tient là deux collègues parfaitement adaptés à son jeu si profond. Car c’est la texture harmonique rendue à sa véritable puissance que le piano de Geoffroy Couteau nous invite. Sur cette extraordinaire structure, les deux cordes peuvent chanter du plus profond de leurs âmes. Et la talentueuse violoniste sait faire chanter avec puissance, tendresse ou volupté son violon. Le son est plein et solaire. Au violoncelle, Claudio Bohorquez est la séduction incarnée. Il jubile, regarde sa partenaire souvent, et semble se faire un jeu d’enfant de sa somptueuse partie. Les grands élans romantiques sont assumés avec panache et les murmures pianissimo, pleins de tendresse amoureuse. La rondeur du son et le jeu de couleurs sont de grande beauté. Le lien entre les trois musiciens est constamment renouvelé. L’écoute entre eux est permanente, émue elle ne cache pas le plaisir de l’écoute  de l’autre. Le jeu des trois interprètes atteint une fusion des plus chaleureuses. La passion qui émane de ce trio fait un grand effet sur le public qui réserve un triomphe aux artistes. Belle rencontre qui semble très prometteuse. Nous ne pouvons qu’espérer un enregistrement prochain. Notons que la version choisie du Trio de Brahms est la première, la plus longue, qui est traversée par le souffle du romantisme enthousiaste de la jeunesse. Brahms n’avait que 20 ans lorsqu’il l’a composé et l’a donné à éditer.
Très belle soirée musicale : le souffle du romantisme de Brahms a soufflé puissant et irrésistible dans la cour de l’Empéri ce soir.

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Compte rendu concert. 26ème Festival de Musique de Chambre de Salon. Salon de Provence. Château de l’Empéri, 1er Aout 2018. Robert Schumann (1910-1856) : Bilder aus Osten op.66 ; Leonard Bernstein (1918-1990) : Sonate pour clarinette et piano ;  Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Trio en mi bémol majeur op.38 ; Johannes Brahms (1833-1897) : Trio pour piano et cordes n°1 en si majeur op.8 ; Paul Meyer, clarinette ; Natalia Lomeiko, violon ; Claudio Bohorquez, violoncelle ; Eric Le Sage et Geoffroy Couteau, piano. Photo : © Hubert Stoecklin

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