Compte-rendu, concert. Saintes, Auditorium, le 10 février 2016. Rameau, Couperin, Telemann… Ensemble Nevermind

Compte rendu, concert. Saintes, Auditorium. Le 10 février 2016. Ensemble Nevermind : Couperin, Rameau, Telemann… Acteurs d’une résidence à l’Abbaye aux Dames de Saintes, le jeune ensemble Nevermind (sur instruments d’époque) affirme l’entente musicale de quatre instrumentistes dont la complicité et le plaisir partagé scellent une nouvelle sonorité concertante. Après tout, les quatuors baroque ne sont pas légions et les quatre tempéraments ainsi accordés (flûte, violon, clavecin, viole de gambe) méritent bien une scène spécifique, qui résidence oblige, présente en ce soir du 10 février, dans l’Auditorium de Saintes, les fruits de leur travail réalisé sur quatre journées. Un travail de précision comme une mécanique subtile engage chaque instrumentiste pour la réalisation de cette conversation musicale où le jeu concertant est l’expression d’un équilibre collectif qui recherche l’éloquence harmonieuse des partis associés. Les instruments se chauffent et s’accordent dans le Marais d’ouverture (qui est certes sur le canevas d’un trio: en l’occurrence, un extrait du Trio n°5 des Pièces pour le coucher du Roi ; puis c’est surtout les 3 Pièces de clavecin en concert, celles sublimes du Concert V de Rameau, où le tissu si subtile cette fois à quatre voix égales, permet concrètement de réaliser ce jeu collectif où la somme des parties séparées engendre cet enchantement d’une ineffable poésie : La Cupis fait entendre pour la voix de dessus, le très beau son du violon de Louis Crea’ch, ex élève de l’orchestre maison, Jeune Orchestre de l’Abbaye (à l’époque de sa formation et de son apprentissage : “Jeune Orchestre Atlantique”) : la maîtrise des intentions, l’intelligence des phrasés, le style d’une pudeur fine et tendre à la fois, affirment nettement la sensibilité de l’instrumentiste ; un artiste d’une rare compréhension et d’une plénitude  stylistique manifeste dont l’Abbaye aux Dames peut être fière d’avoir ainsi favorisé l’éclosion et la maturation. D’une même sûreté de ton, carrure preste et technicité coulante, le clavecin de Jean Rondeau (que l’on ne présente plus car l’intéressé mène parallèlement une carrière de claveciniste remarqué – son dernier cd dédié à Rameau et surtout Royer affirme comme un nouveau jalon, cohérence et maturité de ses convictions artistiques).

 

 

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C’est surtout après le Couperin d’une grande finesse (superbes passages harmoniques, extraits de La Piémontaise des Nations), l’intensité dramatique et les somptueuses couleurs du Telemann moins connu (extraits du 6ème opus des Quatuors Parisiens : idéalement destinés pour la formation instrumentale en quatuor, les partitions de Telemann frappent par leur grand raffinement, leur caractère noble et évidemment italien, quand leur architecture puissante cultive aussi de superbes atmosphères déjà presque néoclassiques (or nous ne sommes que dans les années 1730…). A l’époque où Rameau fait sa révolution lyrique, le chant instrumental, cosmopolite et raffiné de Telemann n’a rien à lui envier. Et les solistes de Nevermind lui dédient leur travail d’horlogerie, précision et souffle expressif combinés. Un réel accomplissement qui confère au groupe sa légitimité instrumentale ; c’est d’ailleurs autour des Quatuors parisiens de Telemann que les quatre solistes se sont reconnus, accordés, combinés avec la réussite qui ce soir se révèle souvent irrésistible.

Fruit de la résidence à Saintes, ce Telemann prometteur laisse entrevoir un prochain enregistrement de la totalité des Quatuors parisiens ; mais il a su aussi nourrir un tout autre travail sur le jeu quasi improvisé (au prix de quelle maîtrise, en particulier sur le souffle et l’exactitude rythmique) d’un traditionnel irlandais (Port na bPúcaí), “un air de très ancienne mémoire” précise la flûtiste Anna Besson visiblement très inspiré par ce défi : le traverso emporte l’enthousiasme par ses sonorités intérieures et méditatives, en total accord avec le clavecin énigmatique de Jean Rondeau. On en redemande.

 

SAINTES, PEPINIERE DES JEUNES TEMPERAMENTS. Saintes jalonne ainsi sa saison musicale dans l’année par des rendez vous désormais incontournables : cette résidence Nevermind et l’offrande de ce concert du 10 février, composent les éléments d’un tremplin offert aux jeunes tempéraments, prometteurs et défricheurs. Les spectateurs peuvent retrouver les interprètes au moment du festival estival, dont le programme prolonge un cheminement artistique élaboré sur la durée. Cet été, en juillet 2016, les festivaliers pourront découvrir comme l’étape suivante de leur parcours musical à Saintes, ce travail spécifique sur le jeu concertant, fruit de l’écoute, de la complicité et du plaisir, composantes toujours irrésistible d’une nouvelle fraternité musicale qui s’écrit désormais de concert en concert. Jeune ensemble à suivre.

 

 

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