Compte rendu, concert. Paris. Théâtre des Champs Elysées, le 18 février 2015. Beethoven, Bruch, Mendelssohn. Daniel Hope, violon. Maîtrise de Paris. Patrick Marco, direction. Orchestre de Chambre de Paris. Thomas Dausgaard, direction.

orchestre de chambre de Paris OCP logo 2013Le Théâtre des Champs Élysées accueille à nouveau l’Orchestre de Chambre de Paris pour un concert extraordinaire où l’on découvre les différents visages du romantisme classique, de Beethoven à Bruch, passant par Mendelssohn, avec un certain focus sur la théâtralité de la période. La Maîtrise de Paris et le violoniste Daniel Hope se joignent à l’ensemble dirigé par Thomas Dausgaard, en chef invité. Une soirée riche en émotion avec un programme et des interprètes de qualité, visiblement impliqués.

 

 

 

Voyage romantique de qualité

 

HOPE daniel violon portrait daniel-hope2Le concert débute avec l’ouverture Coriolan de Beethoven, composée en 1807 pour la pièce de théâtre éponyme de Heinrich Joseph von Collin. Comme dans toute la musique du compositeur, nous sommes en permanence interpellés par la tension créée par deux thèmes contrastants, conflictuels. Une mise en musique habile qui dévoile l’état d’esprit ambigu du général Romain exilé : Coriolan. L’Orchestre de Chambre de Paris montre ici un art du chiaroscuro plein de brio, avec des contrastes tonaux très marqués. Une atmosphère héroïque s’installe mais pas sans l’hésitation inhérente au sujet dramatique. Place ensuite, à l’un des bijoux pour violon et orchestre de l’ère romantique, le Concerto en sol mineur de Max Bruch, composé en 1866. Le violoniste britannique Daniel Hope (élève de Yehudi Menuhin) est le soliste invité. Dès la première mesure, il fait preuve d’une grande musicalité. Dans son jeu sincère et agile, le violoniste montre sa dextérité tactile et une compréhension presque spirituelle de l’oeuvre, sans jamais tomber dans le piège de la démonstration gratuite ni de la virtuosité mondaine. La complicité avec l’orchestre est aussi saisissante, quand les cordes rayonnent de brio, le soliste affirme son chant mi-méditatif mi-mélancolique et l’effet est impressionnant. Ainsi le deuxième mouvement est un véritable sommet de beauté bouleversante, inspirant à l’auditoire des larmes qui édifient l’âme. Le dernier mouvement déborde d’énergie ; il clôt la première partie du programme jusqu’aux hauteurs heureuses où nous emmènent un soliste et un orchestre bien tempérés. Et puisque le bonheur est toujours payant, le public enflammé inspire Daniel Hope à offrir un bis plein d’humanité, le Kaddish de Ravel, l’une de ses 2 mélodies hébraïques composées pour violon et piano.

Après l’entracte, la Maîtrise de Paris paraît sur scène pour jouer avec l’orchestre Le Songe d’une Nuit d’été de Félix Mendelssohn. Une musique à la célébrité indéniable fraîchement interprétée par le chœur de jeunes filles et l’Orchestre sous la baguette très affûtée de Dausgaard. Si d’un premier regard, le choix des tempi dans l’ouverture, étonne, nous constatons rapidement un brio évolutif qui finit de façon brillante. Dans le scherzo qui suit, les cuivres presque dissonants représentent une malheureuse distraction par rapport aux cordes, elles, délicieuses. En effet, les cuivres ce soir laissent beaucoup à désirer, la prestation des bois est au contraire (et comme c’est souvent le cas pour cet orchestre), magnifique. Remarquons la flûte en particulier. Dans le fantastique lied qui suit, deux jeunes filles de la Maîtrise de Paris sont solistes ; leur performance a une candeur et une légèreté touchante à souhait. Puis les bois continuent à rayonner, les beaux bassons dans l’andante s’accordant superbement aux cordes bien équilibrées. Dans l’archicélèbre Marche Nuptiale, les cuivres semblent n’être plus désaccordés et se marient de façon éloquente aux bois charmants, surtout la clarinette et le hautbois. Le concert se termine en beauté avec le finale avec choeur et solistes, riche et généreux de fantaisie.

Encore une fois l’Orchestre de Chambre de Paris régale l’audience avec un concert de qualité, avec la fraîcheur et ce je ne sais quoi d’intimiste qui lui est propre, dans un programme riche et intéressant où le protagoniste reste la beauté. Enthousiasmant.

Compte rendu, concert. Paris. Théâtre des Champs Elysées, le 18 février 2015. Beethoven, Bruch, Mendelssohn. Daniel Hope, violon. Maîtrise de Paris. Patrick Marco, direction. Orchestre de Chambre de Paris. Thomas Dausgaard, direction.

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