Compte rendu, concert. Paris, Philharmonie, 25 novembre 2016. Haydn, Mozart, René Jacobs.


Rene-Jacobs-2013-582MESSES DE JOSEPH HAYDN
. C’est un programme consacré à l‘art vocal sacré que nous a proposé la Philharmonie de Paris ce vendredi 25 novembre, à travers une messe de Haydn suivie du Requiem de Mozart. Les messes de Haydn n’appartiennent pas au répertoire le plus connu du compositeur, dont on joue plus volontiers les oratorios. Et pourtant, il en a écrit 14, dont six pour le prince Nicolas II qui lui en commande une chaque année (entre 1796 et 1802) en l’honneur de son épouse Marie-Hermenegilde. En 1802, épuisé après la composition de son oratorio Les Saisons crée l’année précédente, Haydn trouve malgré tout les ressources nécessaires à l’écriture de cette « Harmoniemesse », qui sera sa dernière. Sa création en fut un succès à l’époque. Mais depuis, elle n’est que rarement donnée en concert et c’est donc avec une certaine curiosité que l’on attend cette première partie.

La Messe “Harmoniemesse”, qui suit un découpage des plus traditionnels, débute avec un Kyrie très majestueusement introduit par l’orchestre, bientôt rejoint par le chœur. S’ensuit un Gloria vif et joyeux, dont la partie centrale fait entendre le premier quatuor des solistes. La soprano, Sophie Karthaüser, manque par moments de puissance dans son registre grave. Son attitude sobre, presque froide, tranche nettement avec sa partenaire : l’alto Marie-Claude Chappuis. Celle-ci, très théâtrale, mais au vibrato légèrement chevrotant, semble vivre entièrement chacune des notes, quitte à en faire parfois un peu trop. Du côté des hommes, c’est Johannes Weisser, solide basse, qui tire le mieux son épingle du jeu, alors que le ténor Maximilian Schmitt n’est pas toujours d’une justesse à
toute épreuve. Sans pour autant briller par leur interprétation, les solistes ont malgré tout convenablement rempli leur rôle tout au long du concert, trouvant un très bel équilibre entre les voix dans les passages en quatuor.
Le petit interlude à l’orgue précédent le Credo nous rappelle que cette messe était destinée à la liturgie plutôt qu’au concert. On aurait apprécié que l’organiste, qui enchaîne les fausses notes de manière éhontée  se concentre un peu plus sur les touches de son clavier ! Il saura se rattraper lors de sa deuxième intervention précédant le Sanctus.
Tout au long de l’œuvre, le chœur est impeccable, nous gratifiant de très belles nuances, avec une articulation claire et distincte dans les piano, et des crescendos rondement menés. Les tutti attestent d’une véritable osmose entre les voix, tandis que le son tourne agréablement lorsque les pupitres s’échangent la ligne mélodique dans les passages fugués.  L’orchestre n’est pas en reste, avec des cordes assurant parfaitement les parties parfois très virtuoses. Le premier violon, énergique, ne ménage pas ses efforts, au point qu’on se demande parfois si ce n’est pas lui qui mène l’orchestre plutôt que le chef en titre, René Jacobs. Peut-être parce que celui-ci garde un peu trop souvent la tête dans la partition cela dit… On regrette seulement que le timbre des bois se fonde dans la masse orchestrale et ne ressorte pas suffisamment. C’est dommage pour une messe intitulée « Harmoniemesse » justement en référence à la présence des instruments d’harmonie.  Heureusement, quelques passages leur permettent d’émerger de temps en temps et nous rappeler à leur bon souvenir, notamment dans l’Agnus Dei où les bassons ont l’occasion de briller en un trait pétillant.
Sans être très originale, c’est donc une messe charmante et agréable à écouter qui nous a été proposée en première partie de concert. Et comme à son habitude, Haydn s’est amusé à nous ménager quelques surprises, comme le soudain passage en ternaire à la fin du Benedictus !

Qu’APPORTE REELLEMENT CETTE « NOUVELLE VERSION » du REQUIEM de MOZART ? … Vient ensuite le Requiem de Mozart. Nous ne reviendrons pas sur l’histoire de ce requiem inachevé, sur la part de mystère qui l’entoure et qui en a fait un mythe au fil des siècles. Ce soir, René Jacobs nous propose une version retravaillée par Pierre-Henri Dutron, jeune compositeur et orchestrateur contemporain. Certes, les musicologues s’accordent aujourd’hui pour dire que la version achevée de Süssmayer est loin d’être à la hauteur de ce qu’aurait pu être l’œuvre si elle avait été terminée par Mozart lui-même. Malgré tout, cette version est devenue une référence. Est-il besoin de chercher à tout prix à en faire une meilleure ? Dans ce cas, pourquoi ne pas réécrire toutes les pages orchestrales de l’histoire de la musique qui nous paraissent un peu faibles ou maladroites ?
Soit, le travail de réorchestration peut être intéressant, mais encore faut-il qu’il soit pertinent. Sans partition à l’appui, il est assez difficile de juger la qualité des arrangements de Dutron. Seul ce que l’on perçoit à l’oreille, et les quelques indications dévoilées dans l’interview de René Jacobs retranscrite dans le programme, nous donnent un aperçu du travail réalisé par le compositeur. Malheureusement, cet aperçu n’est guère convaincant : on note bien ici et là quelques changements dans l’orchestration ou dans la répartition du texte entre les voix, mais sans être à même de juger ce que cela apporte de plus à l’œuvre « originale ». Il ne nous reste donc qu’à faire confiance à René Jacobs, dont l’expérience musicale (et musicologique) peut difficilement être contestée : s’il a choisi de nous présenter cette nouvelle version ce soir, c’est sans doute pour une bonne raison.

Reste la question de l’interprétation, pour laquelle il y a matière à discussion encore une fois. Nous avons tous en tête une version de référence de ce Requiem. Cela n’empêche pas d’apprécier d’autres interprétations qui nous apportent souvent un éclairage différent de l’œuvre. Cependant, René Jacobs n’aurait-il pas ce soir pris le tout un peu trop rapidement ? Certes, cela ne manquait pas d’énergie. Mais certains passages, notamment les passages fugués, auraient supporté un tempo plus modéré, permettant à l’auditeur de profiter pleinement des jeux d’échange entre les voix. Cela dit, aussi bien le chœur que l’orchestre ont tenu la cadence du début à la fin.

Un concert original donc, avec une agréable plongée dans le répertoire méconnu de Haydn, et une version inédite du Requiem de Mozart, qui continue, même après plus de deux siècles, à faire couler beaucoup d’encre. Et si cet arrangement de Pierre-Henri Dutron n’aura pas convaincu tous les auditeurs dans la salle, à chacun de se faire son opinion sur le sujet (notons que le concert est disponible en intégralité pendant six mois sur le site live.philharmoniedeparis.fr).

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Compte rendu. Paris, Philharmonie, Grande salle – Pierre Boulez, 25 novembre 2016. Joseph Haydn (1732-1809): Messe en si bémol majeur Hob. XXII. 14  ”Harmoniemesse”, Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Requiem en ré mineur K. 626, René Jacobs, Freiberger Barockorchester, RIAS Kammerchor, Sophie Karthaüser (soprano), Marie-Claude Chappuis (alto), Maximilian Schmitt (ténor), Johannes Weisser (basse).

 

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