COMPTE-RENDU, concert. ORANGE, Chorégies, le 29 juillet 2019. MAHLER : Symphonie n° 8. Orch National de France ; Orchestre philharmonique de Radio France / J.P. SARASTE

orange-choregies-2019-concert-mahler-symphonie-n-8-annonce-critique-concert-par-classiquenews-582COMPTE-RENDU, concert. ORANGE, Chorégies, le 29 juillet 2019. MAHLER : Symphonie n° 8. Orch National de France ; Orchestre philharmonique de Radio France / J.P. SARASTE. Les Chorégies d’Orange fêtent leurs 150 ans. Ainsi le plus vieux festival de France (et du monde?) tel Phénix a retrouvé toute sa vitalité une fois les difficultés financières dépassées. Il faut dire que le public est toujours au rendez-vous et que les diffusions radiophoniques et télévisuelles ouvrent toujours plus largement la beauté sublime à un public élargi. Emblème de cette sublime beauté offerte au grand nombre, ce concert en l’honneur des 150 ans des Chorégies, est à marquer d’une pierre blanche. La Symphonie n° 8 de Mahler choisie est une œuvre rare, exigeante, difficile à monter. Loin des mille exécutants de la création, le plateau étendu devant le mur d’Auguste avait néanmoins ce soir fière allure. L’orchestre afin d’être conforme à celui de la création à Munich en 1910 dirigé par Mahler, réunit les musiciens des deux orchestres de Radio France : le National de France dont la création remonte à 1934 et le Philharmonique de Radio France né en 1937. Souvent appariés, les musiciens en une alchimie de fraternité perceptible ont fait preuve d’un engagement permanent dans une splendeur instrumentale parfaite.

 

 

La 8 ème symphonie de MAHLER à Orange…
un idéal du partage de la musique dans la paix et l’amour

 

 

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La pureté des timbres, la subtilité des nuances et la profondeur des phrasés ont été un véritable enchantement. Il faut dire que la direction à la fois claire et enthousiasmante de Jukka-Pekka Saraste aurait fait mouvoir les antiques pierres du théâtre. Ce chef admirable, au geste noble, à la maîtrise souveraine de toutes les subtilités de la partition, est l’homme de la situation. Fédérant l’orchestre avec une allure envoutante, il a su également obtenir des chœurs une beauté à couper le souffle, dans des nuances incroyables, dosant admirablement malgré le nombre des effectifs, les couleurs.
Les deux chœurs professionnels, le Choeur de Radio France et le Chœur Philharmonique de Munich (celui-là même qui a participé à la création en 1910)  ont été parfaitement équilibrés avec une extraordinaire clarté permettant de déguster la subtile spatialisation écrite, par Mahler. Le Chœur d’enfants, la Maîtrise de Radio France, placé au centre, a su dès sa première intervention développer une magnifique pureté vocale planant dans le ciel étoilé d’Orange. Proches du mur du fond de scène, les voix des choeurs étaient parfaitement projetées et l’orchestre pouvait ainsi moduler chaque nuance grâce à la subtile direction de Jukka-Pekka Saraste. Les solistes placés au devant du chef pouvaient projeter leurs voix sur l’écrin choral et orchestral.

Chaque soliste possédait une voix chevronnée, de format wagnérien ou straussien. La palme de la vaillance et de l’élégance revient à Nikolai Schukoff, heldenténor qui connaît parfaitement la partie de cette symphonie. Il semblait d’ailleurs déguster les parties chorales, musicales et celles des autres solistes, affichant son plaisir d’être là. Mais bien des musiciens semblaient aussi dans un état assez particulier ; ainsi l’organiste qui chantait les parties de chœur et également un timbalier.
Il est certain que l’idéal d’un partage musical total a semblé exister ce soir comme rarement. Ainsi la première partie a aboli le temps; la gageure de renouveler en permanence la naïveté de la joie contenue dans le texte latin millénaire du Veni creator (partie I) a été gagnée haut la main. Jukka-Pekka Saraste en dirigeant relançait régulièrement l’énergie du demi-millier d’interprètes : beauté, puissance, énergie se donnant la main. Le Gloria final a galvanisé le public qui exulte en applaudissements fervents.

C’est la deuxième partie qui a été le sommet de la soirée. En une construction théâtrale subtilement dosée, la montée progressive de l’émotion a été menée de mains de maître par Jukka-Pekka Saraste. D’abord la splendeur orchestrale permettant de déguster la richesse d’orchestrateur de Mahler avec des nuances subtiles et ses associations de timbres si émouvantes par leur originalité. Puis le tableau merveilleux du final de Faust, avec des mouvements discrets des solistes rentrant et sortant élégamment de scène, ont permis de participer à ce rituel sublime du sacrement de l’amour comme force de vie absolue.
Forêts, ravins, montagnes, sainteté des lieux élevant l’homme, tout cet univers romantique a été suggéré avec beaucoup de puissance d’évocation par l’orchestre idéalement engagé. Un exemple hallucinant est le frôlement des cymbales, donnant presque à percevoir un aspect de lumière céleste. De même quelle splendeur des flûtes, des cuivres subtiles et des cordes dans des pizzicati élastiques ! Et dans une variété de nuances incroyable !

Après ce superbe mouvement symphonique, l’entrée du chœur en écho est porteur d’une émotion troublante. C’est à ce moment que l’évidence du lieux du concert est aveuglante : offert par plus de 400 musiciens en plein air, sous le ciel pur étoilé de Provence, devant un mur à l’acoustique parfaite pour 9000 spectateurs ! L’entrée de Pater Ecstaticus permet d’écouter avec ravissement l’art de diseur du baryton Boaz Daniel avec une voix conduite à la perfection. En Pater profondus, Albert Dohmen, a su rapporter les drames de ceux qui sont au bord du gouffre et appellent la lumière, avec une sombre voix de basse aux modulations admirables. La longue partie chorale dédiée aux anges avec la participation si lumineuse de la Maîtrise a été visionnaire, permettant de rêver à toute cette évocation d’ailes sacrées. Nicolai Shukoff a été un Doctor Marianus très émouvant, alternant puissance et tendresse extatique dans une plénitude vocale éclatante.

Quand le thème de l’amour se déploie après les arpèges du piano sur un tapis de violon soutenu par les harpes, c’est comme si la lumière descendait sur nous tous. Le violon solo sublime, les chœurs pianissimo, tout concourt à la rencontre du sublime. Meagan Miler en Magna peccatrix, Claudia Mahnke en Mulier Samaritana et Gerhild Romberger en Maria Aegyptica, tour à tour puis à trois, font revivre les trois pécheresses avec émotions et introduire la supplique qui accueille l’âme de Marguerite, que Ricarda Merbeth incarne à merveille avec sa voix riche et noble. La construction du final en une très belle progression dramatique, conduit à l’apothéose mystique, véritable exultation universelle.

Voila un CONCERT ÉVÉNEMENT qui restera dans bien des mémoires : 9000 personnes sur place et les retransmissions radio et télévisuelles innombrables en plus. Nous nous rappellerons y avoir été pour participer à ce dernier idéal encore debout, celui du partage de la musique dans la paix et l’amour. Idéal porté par Mahler jusqu’à l’absolu lui qui est mort juste un an après le concert triomphal de son chef d’ œuvre ce qui lui a évité de découvrir la destruction de la culture humaniste européenne en 1914 … que toutes ses autres symphonies pressentaient. Transporté, le public a exulté après un tel moment ! Ce fut une véritable standing ovation bien méritée !!!

 

 

 

 

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COMPTE-RENDU, concert. ORANGE, Chorégies 2019. Théâtre Antique, le 29 juillet 2019. Gustave MAHLER ( 1860-1911) : Symphonie n°8 en mi bémol majeur dite « des mille ». Meagan Miler, soprano 1 : Magna peccatrix ; Ricarda Merbeth, soprano 2 : Una poenitentium ; Eleonore Marguerr soprano 3 : Mater gloriosa ; Claudia Mahnke, mezzo soprano : Mulier Samaritana ; Gerhild Romberger, alto : Maria Aegyptica ; Nikolai Schukoff, ténor: Doctor Marianus ; Boaz Daniel, baryton: Pater ecstaticus ; Albert Dohmen, basse : Pater profundus ; Orchestre philharmonique de Radio France. Chœur de  Radio France, direction : Martina Batic ; Maitrise de Radio France, direction : Soji Jennin ; Chœur philharmonique de Munich, direction : Andreas Herman ; Jukka- Pekka Saraste, direction. Illustration : ©  Ph. Grommelle

 

 

 

 

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