Compte-rendu, concert. MONTPELLIER, le 19 juillet 2018. Concerts Transcription / Transmission.

fitCompte rendu, concerts. Montpellier, salle Pasteur, Le Corum, Festival Radio France Occitanie, Montpellier, le 19 juillet 2018. Trois des cinq concerts programmĂ©s (NathanaĂ«l Gouin, solistes de l’Orchestre National de Montpellier ; Duo Jatekok). Transcription, rĂ©duction, arrangement, paraphrase, variations, rĂ©Ă©criture
 de tous temps, mais plus particuliĂšrement depuis le XIXe S, les Ɠuvres – parfois mĂȘme avant leur crĂ©ation – ont subi tous les traitements, avec ou sans le consentement de leurs auteurs. C’était en effet le principal mode de leur diffusion, qui faisait la fortune des Ă©diteurs. De cet ocĂ©an insondable n’ont surnagĂ©, au mieux, que celles signĂ©es de grands noms. Cette journĂ©e du Festival, riche de cinq concerts, est l’occasion d’en dĂ©couvrir de multiples facettes. Il n’est rendu compte que de trois d’entre eux, l’auteur  ayant couru le 5000 m mais jamais tentĂ© le marathon.

Pour commencer, la rĂ©duction pour piano et quatuor Ă  cordes  du 12Ăšme concerto  (la majeur, K.414) de Mozart, anecdotique, déçoit. Non seulement les ponctuations de deux cors et les contrechants des hautbois s’y estompent lorsqu’ils ne sont pas simplement gommĂ©s, mais la rĂ©alisation est une lecture appliquĂ©e que l’esprit a quelque peu dĂ©sertĂ©. D’autre part, le dĂ©sĂ©quilibre entre un piano moderne, jouĂ© trĂšs appuyĂ©, couvercle ouvert et le quatuor – qui ne dĂ©mĂ©rite pas – est difficilement supportable, sans compter la pauvretĂ© de ses couleurs.  Oublions.
Changement de registre avec quatre transcriptions de danses hongroises, rĂ©alisĂ©es par Michael SchĂžnwandt pour violon, clarinette, cor et piano. Gageons que Brahms ne les aurait pas dĂ©savouĂ©es, n’était le jeu trop puissant du cor. L’entrain, l’humour, la dĂ©licatesse, la nostalgie sont bien prĂ©sents, servis par de remarquables solistes. Enfin, bienvenue, la transcription bien connue de la Valse de l’empereur, de Johann Strauss, par Schönberg. Elle nous vaut un trĂšs bon moment, avec un quatuor exemplaire (quelle altiste !) une flĂ»te et une clarinette parfaitement complices et un piano 
 chambriste.
La transcription suivante est l’occasion d’un concert lecture, bien prĂ©sentĂ©, solidement documentĂ© mais jamais pĂ©dant : Comme tant d’autres Ɠuvres du Cantor de Leipzig, le troisiĂšme concerto brandebourgeois, a Ă©tĂ© transcrit pour piano quatre mains par son plus dĂ©vouĂ© serviteur, Max Reger. Dans la mesure oĂč l’Ɠuvre originale est monochrome (Ă©crite pour les seules cordes), elle se prĂȘte idĂ©alement  à une transposition au piano. Cette piĂšce et ses interprĂštes sont une rĂ©vĂ©lation. Le jeune duo Jatekok (NDLR : 2 pianos) en offre une splendide version, dont la lisibilitĂ©, les phrasĂ©s, les articulations, les dynamiques sont proches de la perfection.  C’est un constant rĂ©gal. D’autant qu’en bis, nos duettistes nous jouent l’ouverture de l’Actus tragicus (cantate 106 « Gottes Zeit  »), transcrite cette fois par György KurtĂĄg, compositeur hongrois maintenant fort ĂągĂ©, auquel elles ont aussi empruntĂ© le nom de leur duo. Bel et touchant  hommage.

Le duo Jatekok. Enfin, nous retrouvons ces mĂȘmes interprĂštes, cette fois Ă  deux pianos, pour la transcription du PrĂ©lude Ă  l’aprĂšs-midi d’un faune, par Debussy lui-mĂȘme, puis pour la Sonate en si mineur de Liszt, rĂ©alisĂ©e par son plus grand disciple, Camille SaĂ«ns-SaĂ«ns. Pour terminer, l’éblouissante Carmen Fantasy de Greg Anderson et Roe, que les transcripteurs ont enregistrĂ©e lors de leur Ă©dition. Attardons-nous un peu sur la transcription de Saint-SaĂ«ns, d’autant que c’est une premiĂšre puisque le manuscrit, Ă©crit en 1914, sommeillait depuis longtemps Ă  la BNF. On s’interrogeait sur l’intĂ©rĂȘt d’une telle transcription. Tout n’est-il pas dit dans la version de 1854 ? Rapidement, toutes les rĂ©serves sont balayĂ©es : loin d’en Ă©paissir le trait, cet arrangement  gagne en lisibilitĂ© sur l’original, soulignant discrĂštement les Ă©lĂ©ments thĂ©matiques, avec une dynamique amplifiĂ©e, beaucoup plus fidĂšle Ă  la notation de Liszt que la quasi-totalitĂ© des interprĂ©tations pour piano seul. Comment ce dernier pourrait-il aller rĂ©ellement, de façon perceptible, du quadruple piano au quadruple forte ? C’est pourtant ce que l’arrangement autorise, rĂ©alisĂ© merveilleusement par ce duo. L’énergie, la force comme la poĂ©sie et le lyrisme sont servis par une virtuositĂ© saine. Merveilleux !
L’enthousiasme des auditeurs et leurs rappels nourris sont gĂ©nĂ©reusement rĂ©compensĂ©s. Trois bis, dont la Feria, qui conclut la Rhapsodie espagnole de Maurice Ravel, et le cĂ©lĂ©brissime Clair de lune de la Suite bergamasque de Debussy. Le bonheur est au rendez-vous.

 

 

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Compte rendu, rĂ©citals. Montpellier, salle Pasteur, Le Corum, Festival Radio France Occitanie, Montpellier, le 19 juillet 2018. Trois des cinq concerts programmĂ©s (NathanaĂ«l Gouin, solistes de l’Orchestre National de Montpellier ; Duo Jatekok). CrĂ©dit photographique : DUO JATEKOK © Thibault Stipal et ©DR

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