Compte-rendu, concert lyrique, Montpellier, le 26 juillet 2018. Weber, Kastner : les Cris de Paris

Compte rendu, concert lyrique, Montpellier, OpĂ©ra Berlioz, le 26 juillet 2018, Festival Radio France Occitanie Montpellier. Weber, Kastner : les Cris de Paris. Meyer/Niquet/Garde rĂ©publicaine. N’était le plaisir d’écouter Paul Meyer, on est en droit de s’interroger sur la composition du programme. Le rapport entre le premier concerto de Weber et l’Ɠuvre de Kastner semble pour le moins tĂ©nu. Or l’extraordinaire compositeur et thĂ©oricien visionnaire nous laisse une Ɠuvre trĂšs abondante dont on ne connaĂźt pratiquement rien. Il aurait Ă©tĂ© mieux venu d’y choisir tel air d’opĂ©ra, ou tel choeur. Bref.

Paris a tuĂ© le silence
 Paris c’est l’enfer !

Seul son manuel gĂ©nĂ©ral de musique militaire, volumineux et riche ouvrage publiĂ© en 1848, a survĂ©cu, contribuant ainsi Ă  façonner ces ensembles d’harmonie. L’Orchestre de la Garde RĂ©publicaine, crĂ©Ă© en 1848, lui doit certainement beaucoup.  A cĂŽtĂ© de ses opĂ©ras et de sa musique instrumentale, plus originaux encore sont ses ouvrages oĂč recueils de compositions et histoires richement documentĂ©es se mĂȘlent. Quelques titres : Les chants de la vie (1854) ; Les chants de l’armĂ©e française (1855) ; La Harpe d’Eole et la musique cosmique (1856) ; Les Voix de Paris [oĂč figure la symphonie de ce soir] en 1857 ; les SirĂšnes (1858) ; ParĂ©miologie musicale (1862)
 Tout reste Ă  dĂ©couvrir, en particulier ses nombreux inĂ©dits.
KastnerLe concert sera diffusĂ© sur France Musique et son image sonore sera certainement trĂšs diffĂ©rente de celle perçue par le public Ă  Montpellier. En effet l‘orchestre est placĂ© en fond de scĂšne, de maniĂšre Ă  dĂ©gager de l’espace pour l’évolution des chƓurs des Cris de Paris. Le Paris sonore, bruyant, foisonnant des siĂšcles Ă©coulĂ©s totalement disparu, a frĂ©quemment Ă©tĂ© illustrĂ© par les musiciens, avant mĂȘme Jannequin. Ces cris, distinctifs des mĂ©tiers, formaient un riche corpus, et furent rĂ©guliĂšrement source d’inspiration.  Comme il le rappelle  dans  l’ambitieuse Ă©tude qui prĂ©cĂšde la partition, Georges Kastner fut devancĂ© par nombre de compositeurs. Au XIXe siĂšcle, Ă  Paris, FĂ©licien David, Clapisson, Auber, Berton et bien d’autres usĂšrent de ce moyen pittoresque dans tel ou tel ouvrage. Le volume Ă©ditĂ© par G. Brandus, Dufour et Cie, en 1857, porte les mentions suivantes : « Les Voix de Paris, essai d’une histoire littĂ©raire et musicale des cris populaires de la capitale, depuis le Moyen-Age jusqu’à nos jours. PrĂ©cĂ©dĂ© de considĂ©rations sur l’origine et le caractĂšre du cri en gĂ©nĂ©ral, et suivi d’une composition musicale intitulĂ©e les Cris de Paris, grande symphonie humoristique, vocale et instrumentale.  Invitons les curieux Ă  consulter l’ouvrage (sur Gallica) : nul doute qu’ils n’en tirent profit.
Les  solistes portent des noms chargĂ©s de rĂ©fĂ©rences : Titania (
la blonde, d’Ambroise Thomas, et notre soprane l’est effectivement), le Promeneur solitaire (qui rĂȘve, Ă©videmment). L’humour est constant, mais il est malaisĂ© pour l’auditeur de le percevoir dans sa richesse : l’éloignement, la diction, l’oubli ou la mĂ©connaissance des rĂ©fĂ©rences (Qui connaĂźt encore la chansonnette de Nicolas Jean-Jacques Masset  « le mendiant d’amour », Ă©videmment sans relation Ă  Julio Iglesias ou Ă  Enrico Macias ?), l’impossibilitĂ© de lire le texte chantĂ©, sont de rĂ©els handicaps, qu’il Ă©tait certainement possible de surmonter. Seuls tel trait instrumental, le recours Ă  des percussions inusitĂ©es (enclume, fouet, grelots qui anticipent le Carillon de la Grand-mĂšre, de la Grande Duchesse de Gerolstein), les interjections, les cris du petit peuple de Paris, les sonneries de trompes (en fond de salle) peuvent susciter le rire. Le sourire et, parfois, l’émotion prĂ©valent le plus souvent. Manifestement, la musique est toujours française, quels qu’en soient les moyens. ElĂ©gante, raffinĂ©e, mĂȘme dans le grotesque, claire, lumineuse. Un certain chic.
Les souriantes piĂšces pour harmonie, un peu dĂ©suĂštes, ont une toute autre tenue que les flons-flons de Benjamin Godard. La fusion, sous le vocable « Orchestre de la Garde rĂ©publicaine », de l’orchestre d’harmonie et du symphonique, autorise toutes les combinaisons, de la musique de chambre Ă  l’addition des deux groupes. Ainsi, l’instrumentation se renouvelle-t-elle Ă  chaque numĂ©ro, avec des  inclusions pittoresques (musique de la garde, d’un rĂ©giment de cavalerie, tambours de la retraite 
 quatuor de trompes), avec, toujours, une invention renouvelĂ©e. La cacophonie organisĂ©e des crieurs, le premier piano contredit par les gammes du second, la fantaisie est permanente.
Le livret, dĂ©cousu comme l’est la vie quotidienne, s’articule autour de trois moments (le matin, le jour et le soir) dont le seul lien rĂ©side dans les bruits de Paris.

Trois principaux chanteurs, une soprano, un tĂ©nor et un baryton, nous vaudront des airs, rĂ©citatifs et duos, gĂ©nĂ©ralement brefs, entrecoupĂ©s  d’interventions Ă©trangĂšres des crieurs, individuels ou en chƓur. Lucie Edel, blonde comme Titania, dont elle porte le nom, n’intervient que dans les deux premiĂšres parties. Elle ne manque ni de voix ni de charme. Tout juste aimerait-on qu’elle articule davantage.  Arnaud Richard, solide baryton, voix bien projetĂ©e Ă  l’articulation impeccable, n’intervient que durant la derniĂšre partie. Seul ou en duo avec le tĂ©nor, Enguerrand de Hys, sa prestation est plus qu’honorable. Quant Ă  son partenaire, prĂ©sent durant tout l’ouvrage, il fait montre des qualitĂ©s qui lui sont habituelles : la voix est bien timbrĂ©e,  sonore et claire et convient parfaitement Ă  cet emploi. Des solistes du chƓur chantent les petits rĂŽles, oĂč aucun ne dĂ©mĂ©rite. Les interventions des chƓurs puisque souvent divisĂ©s, sont autant de moments de satisfaction : pleinement engagĂ©s, au jeu comme au chant bien rĂ©glĂ©s, parĂ©s de costumes colorĂ©s assortis Ă  leurs rĂŽles. L’orchestre est dans son arbre gĂ©nĂ©alogique et donne le meilleur de lui-mĂȘme. Les pupitres sont homogĂšnes, Ă©quilibrĂ©s, et les soli ravissants. La direction enthousiaste d’HervĂ© Niquet, dont le plaisir est communicatif contraste avec celle du premier concerto pour clarinette de Weber, terne, alors que le soliste, Paul Meyer dĂ©ployait tous ses talents.

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Compte rendu, concert lyrique, Montpellier, Opéra Berlioz, le 26 juillet 2018, Festival Radio France Occitanie Montpellier. Weber :Concerto pour clarinette n°1 (Paul Meyer), Kastner : les Cris de Paris. Niquet/Garde républicaine/Edel, De Hys, Richard). Crédit photographique © Eric Manas

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