Compte rendu, concert. Lyon. Salle Rameau, le 21 mai 2014. Orchestre des Pays de Savoie. Concert Mozart. Sophie Karthäuser, soprano. Cédric Tiberghien, piano. Nicolas Chalvin, direction.

A Lyon, l’Orchestre des Pays de Savoie dédie un concert à Mozart. La soprano mozartienne Sophie Karthäuser ainsi que le pianiste français Cédric Tiberghien se joignent à l’ensemble pour explorer la musique vocale et pianistique du génie salzbourgeois. Ils sont sous la direction musicale de Nicolas Chalvin, l’actuel directeur de l’orchestre, qui a eu l’idée de donner carte blanche aux interprètes pour ce récital lyrique de fin de saison.

Aimable rencontre des sentiments

Karthauser Sophie karthauserLe programme est riche. Il comprend un concerto pour piano et orchestre, plusieurs airs de concert et même une symphonie ! Il est pourtant présenté à la manière d’un concert de souscription typique de l’époque de Mozart ou encore de Beethoven. C’est à dire, avec les mouvements de la symphonie interprétés de façon interrompue, suivis chaque fois par une autre œuvre, en l’occurrence des airs de concerts et le Concerto pour piano et orchestre en Sol majeur K 453. Ce dernier est l’un des concerts les plus solaires de toute l’œuvre de Mozart. Cédric Tiberghien en paraît l’interprète idéal, avec une certaine légèreté non dépourvue de … sensualité. Si l’équilibre instrumental est évident dès le 1er mouvement chatoyant et sentimental, jusqu’au 3ème plus démonstratif et charmant, le point fort reste le mouvement central, l’Andante en Ut majeur. Ici, le tempérament deTiberghien et l’orchestre mettent en valeur l’art mozartien de la demi-teinte. Les vents immaculés et le piano sensible, plein de caractère, précisent Mozart à la fois appassionato ET spiritoso, suscitant larmes et sourires simultanément. Sophie Karthäuser est une étoile brillante dans l’univers de l’ère classique… La soprano belge interprète plusieurs morceaux avant de chanter la créature unique qu’est la scène et rondo pour soprano, piano obligé et orchestre : « Ch’io mi scordi di te… Non temer amato bene » K 505. Dans ces airs, elle fait preuve d’une sensibilité et d’une musicalité particulières, que ce soit dans l’air provincial et virtuose « Sol nascente » K 70 ou encore dans « Nehmt meinem Dank » K 383 d’une sentimentalité propre à toutes les compositions pour voix de Mozart en langue allemande.
La rencontre avec Cédric Tiberghien à la fin du concert est sans doute le moment fort de la soirée. Jouant cette pièce pour la première fois ensemble, ils offrent tous une prestation fabuleuse ! la lecture est pleine de cœur, lui avec un beau mélange de respect et d’insolence, l’orchestre en solide accompagnateur. Le tout réussit joyeusement grâce aux affinités partagées des musiciens, grâce à une complicité évidente entre les solistes. Le duo entre la voix et le piano est une véritable déclaration d’amour en musique, en l’occurrence d’un point de vue artistique, par le dialogue si intime des instruments, mais aussi biographique, puisque Mozart l’a composé pour lui et Nancy Storace, la créatrice du rôle de Susanna dans les Noces de Figaro : le compositeur était probablement sous le charme de la jeune diva. Marié et avec des enfants déjà, il exprime en musique des sentiments qui ne pourront pas se concrétiser. Le public ravi inspire les solistes à offrir un bis de toute sensualité, la mélodie « Hôtel » de Francis Poulenc sous le célèbre texte d’Apollinaire.

Finalement que dire de plus de l’orchestre dirigé par Nicolas Chalvin ? Les musiciens jouent la Symphonie n° 33 en Si bémol majeur K 319 de façon interrompue, ce qui ne nous permet vraiment pas d’apprécier la richesse de la composition de façon naturelle. Nous arrivons pourtant à découvrir toutes les qualités des instrumentistes surtout dans le 2e et 4e mouvement. Le premier met en lumière la beauté des vents (beau legato des cors, bois enchanteurs) ; le dernier, le brio martial des cordes, finalement émancipées. Enthousiasmante carte blanche de fin de saison si riche en sentiments et sensations !

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