Compte-rendu, concert. Evian, les 6 & 7 juillet 2018. R. Strauss, L. van Beethoven, P. I. Tchaïkovski. J-J Kantarow, Orch de Chambre de Lausanne. Salonen, Lozakovich.

lozakovich daniel violon adolescent violoniste par classiquenewsCompte-rendu, concert. Evian, La Grange au Lac, les 6 & 7 juillet 2018. R. Strauss, L. van Beethoven, P. I. Tchaïkovski. Jean-Jacques Kantarow, Orchestre de Chambre de Lausanne. Esa-Pekka Salonen, Sinfonia La Grange au Lac, Daniel Lozakovich. C’est un franc succès qu’a rencontré l’édition 2018 des Rencontres musicales d’Evian, 25 ans après la première, avec pas moins de 16 concerts réunissant des stars du monde classique tels que James Ehnes, Nicolas Lugansky, Daniel Lozakovich ou encore Frank Peter Zimmermann. Placée depuis 2014 sous la houlette du fameux Quatuor Modigliani, la manifestation lémanique – sise dans la magnifique salle en bois de La Grange au lac, construite à l’intention de Mstilav Rostropovitch – a pris un nouvel essor cette année avec la création de son propre orchestre, le Sinfonia Grange au Lac, composé d’instrumentistes issus des plus grandes phalanges européennes (Amsterdam, Berlin, Francfort, Leipzig, Londres, Munich, Paris, ou encore Vienne), et placé sous la baguette d’un des meilleurs chefs au monde, le finlandais Esa-Pekka Salonen. Comme une cerise sur la gâteau, la nouvelle formation a eu l’honneur de clôturer le festival, avec deux œuvres qui ont enthousiasmé une salle pleine à craquer : les sublimes Métamorphoses de Richard Strauss et la Symphonie « Héroïque » de Beethoven.

Écrites pour vingt-trois cordes solistes, les Métamorphoses sont dirigées sans partition par Salonen, sans qu’aucune erreur de mise en place n’apparaisse en près de trente minutes d’un malheur contenu, ramené ici à une songeuse réflexion. Le chef développe dans cette œuvre une longue ligne sans jamais jouer complètement la carte de la déploration, ni sans s’appesantir trop sur la répétitivité de l’accord tiré de la Cinquième Symphonie de Beethoven, ni sur le pathétisme issu de la Marche Funèbre de la Troisième qui sera donné en seconde partie de soirée. Les musiciens de la Sinfonia Grange au Lac, avec tous les premiers chefs de pupitres de cette fantastique formation, offrent des variations de nuances et de couleurs absolument magnifiques, à commencer par celles portées par le premier violon de Gregory Ahss (Premier violon de l’Orchestre du Festival de Lucerne), mais aussi de l’alto de Grégoire Vecchioni, (membre de l’Orchestre National de l’Opéra de Paris) ou encore du violoncelle de Christophe Morin (violoncelle solo du Mahler Chamber Orchestra), excusez du peu !

Après l’entracte, la jeune phalange déploie toutes ses potentialités dans une Symphonie « héroïque » résolument magistrale. Salonen semble ici parfaitement dans son élément, et sa direction précise et énergique s’avère en parfaite symbiose avec la puissance du chef d’œuvre beethovénien. Dès le premier accord, son objectif apparaît de façon limpide : dépoussiérer le compositeur allemand et offrir une relecture moderne de l’ouvrage en mettant en lumière les aspects tellement visionnaires de cette musique. Une mission qu’il réussit avec maestria, et qui nous permet à nouveau d’admirer l’extraordinaire homogénéité des différents pupitres. Vivement la prochaine édition qui sera diriger par un autre des meilleurs chefs au monde, mais c’est un secret que le festival devrait révéler rapidement…

LOZAKOVICH : le MENUHIN du XXIème siècle ?Un mot sur le concert de la veille qui réunissait l’Orchestre de Chambre de Lausanne, le chef français Jean-Jacques Kantorow mais surtout le prodige du violon qu’est le jeune suédois Daniel Lozakovich (17 ans !). Après un début de carrière fulgurant en 2015, sous la férule de Valery Gergiev, il a signé un contrat d’exclusivité avec Deutsche Grammophon, et son premier opus discographique consacré à J. S. Bach vient de paraître en juin dernier. C’est de façon très extravertie et engagée qu’il aborde le célèbre Concerto pour violon de Tchaïkovski, avec beaucoup de relief, et un romantisme que l’on qualifiera d’incandescent. Il déroule une lecture profonde, nerveuse et virtuose, centrée sur la précision du phrasé. L’Allegro initial endiablé, l’ample cadence, la Canzonetta centrale, d’un poignant lyrisme et le chaloupé Allegro vivacissimo final, aux accents tziganes, témoignent du panache sans faille de Lozakovich… comme de la qualité exceptionnelle de la phalange vaudoise, et notamment de la petite harmonie…

A noter que la Grange au Lac abrite désormais quatre festivals annuels, un consacré au piano au printemps, le festival d’été des Rencontres Musicales, Les Voix d’automne dédié à l’art lyrique et un dernier dédié au jazz durant l’hiver. A Evian, il y en a pour tous les goûts, et nous serons de retour in loco en octobre (le 30) pour entendre le sublime mezzo américaine Joyce DiDonato dans un récital consacré à Ravel, Granados et Rossini … Vivement !

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Compte-rendu, concert. Evian, La Grange au Lac, les 6 & 7 juillet 2018. R. Strauss, L. van Beethoven, P. I. Tchaïkovski. Jean-Jacques Kantarow, Orchestre de Chambre de Lausanne. Esa-Pekka Salonen, Sinfonia La Grange au Lac, Daniel Lozakovich

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