Compte rendu, concert. DIJON, le 29 mai 2018. Schumann, Brahms Goerner / Herreweghe

Compte rendu, concert. Dijon, OpĂ©ra, Auditorium, le 29 mai 2018. Schumann (Concerto de piano) et Brahms (3Ăšme symphonie). Nelson Goerner, Philippe Herreweghe. Outre le bonheur de retrouver deux Ɠuvres phares du romantisme germanique, l’intĂ©rĂȘt de ce concert rĂ©side dans la prĂ©sence de Nelson Goerner dans un rĂ©pertoire qu’il frĂ©quente peu (mĂȘme s’il a enregistrĂ© un CD Schumann) et dans celle de l’Orchestre des Champs-ElysĂ©es, jouant sur instruments d’époque.

DĂ©concertant concert
Trente-sept ans sĂ©parent les deux Ɠuvres, mais combien sont-elles proches ? Par leur filiation naturelle dĂ©jĂ , mais aussi et surtout par leur caractĂšre. Le concerto de Schumann, on le sait, n’est pas un concerto comme les autres. Davantage symphonie avec piano concertant, il offre au soliste toute la palette de la sensibilitĂ© romantique. Ce soir, ce dernier s’intĂšgre effectivement au jeu orchestral plus qu’il ne rivalise. DĂšs l’entrĂ©e du piano on est surpris, moins par le timbre du beau BlĂŒthner (de l’annĂ©e de la mort de Schumann, 1856), que par l’articulation. Le caractĂšre dynamique, liĂ© au rythme hachĂ© des accords descendant sur trois octaves, est lissĂ©, dĂ©pourvu de vigueur. Ce choix est partagĂ© par l’orchestre et prĂ©vaudra durant les trois mouvements. C’est propre, avec quelques beaux passages, mais on cherche trop souvent  la poĂ©sie comme le lyrisme, contenus, sinon convenus, desservis entre autres par une absence de hiĂ©rarchisation des pupitres. Ainsi les six violoncelles (pour cinq contrebasses, sonores en diable, au dernier rang) semblent Ă©touffĂ©s, en arriĂšre-plan, dans l’intermezzo, mĂȘme lorsque le compositeur leur confie le chant. Chaque mouvement apparaĂźt comme une succession de sĂ©quences, trĂšs homogĂšnes, mais dont on cherche la cohĂ©rence. Le romantisme est ici artifice quand il n’est pas ampoulĂ©, maniĂ©rĂ©. On attendait de Philippe Herreweghe une sensibilitĂ© particuliĂšre aux nombreuses polyphonies, aux strettes, derriĂšre lesquelles se dessine l’ombre de Bach. En vain. La direction déçoit, scolaire, appliquĂ©e, incapable de dessiner une phrase, de doser les Ă©quilibres. Le jeu de Nelson Goerner, sensible, sait exprimer une douceur caressante comme une Ă©nergie puissante. Toutes les qualitĂ©s qu’on lui connaĂźt dans Chopin, Brahms et Debussy se retrouvent, avec un toucher qui rappelle celui de Martha Argerich, sa compatriote et marraine musicale. Les couleurs subtiles, la clartĂ© comme les demi-teintes du BlĂŒthner sont sĂ©duisantes. Mais, oĂč sont Schumann, sa fantaisie, sa poĂ©sie, son mystĂšre et son lyrisme? C’est particuliĂšrement vrai dans la cadence, virtuose, mais dont on cherche le souffle, l’imagination comme la fiĂšvre.

Avant le bis de fin de concert (dĂ©but du poco allegretto de la 3Ăšme de Brahms), si Philippe Herreweghe ne nous avait dit que ce concert marquait la fin d’une importante tournĂ©e, rien ne l’aurait laissĂ© supposer.  Comme dans le concerto de Schumann, il semble Ă©tranger Ă  la symphonie, plongĂ© dans sa partition, avec une battue scolaire et inexpressive, presque toujours symĂ©trique, peu d’attention aux musiciens comme aux pupitres. L’allegro con brio est dĂ©pourvu du moindre brio. Les bois, comme la petite harmonie sont de grande qualitĂ©, mais souffrent d’ĂȘtre au cƓur de l’orchestre, avec une articulation insuffisante. Alors que chez Brahms plus que chez aucun romantique ou post-romantique le rythme, les mĂštres, sont le moteur du mouvement, c’est plat, terne.  L’andante est doux, serein mais fragile, avec une petite harmonie souveraine. Le cĂ©lĂ©brissime poco allegretto , Ă  l’effusion Ă©lĂ©gante, contenue, aux textures claires, prend de beaux modelĂ©s. On comprend mal qu’un vieux routier de la direction chorale ait oubliĂ© la nature mĂȘme de la respiration : tout s’enchaĂźne dans un continuo fastidieux. Pourquoi dĂ©composer fĂ©brilement le passage oĂč les bois sont seuls – ce qui ne doit pas les aider – mais fait oublier la linĂ©aritĂ© de leur chant ? La lecture est dĂ©pourvue d’ñme, Ă©ludant le sens du texte. Il faudra attendre la finale pour trouver enfin la vigueur, mĂȘme si les accents sont amoindris, une conduite remarquable des progressions, avec les contrastes accusĂ©s, les couleurs, les Ă©quilibres et la vie. Quant aux instruments d’époque, l’orchestre des Champs-ElysĂ©es sonne bien, mais on est Ă  cent lieues de ce que les Dissonances, dans des conditions rigoureusement semblables, nous ont offert ces derniĂšres saisons.

MalgrĂ© son attachement Ă  Bruckner et Mahler, Philippe Herreweghe a peu frĂ©quentĂ© Brahms, en dehors de son Ɠuvre chorale et du Requiem allemand, donnĂ© ici mĂȘme il y a deux ans, dans une lecture trĂšs dramatique. Brahms symphoniste n’est pas dans ses cordes. Oublions.

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Compte rendu, concert. Dijon, Opéra, Auditorium, le 29 mai 2018. Schumann (Concerto de piano) et Brahms (3Úme symphonie). Nelson Goerner, Philippe Herreweghe. Crédit photo : © DR

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