Compte rendu, concert. Chambord, le 1er juillet 2016. Charpentier, Haendel. Le Concert Spirituel; Hervé Niquet, direction

Niquet herveDepuis 2011, le majestueux château de Chambord accueille un festival qui s’est, depuis ses débuts, solidement implanté dans le paysage musical régional, voire national. Vanessa Wagner, sa directrice artistique, lance la déjà sixième édition du festival, en fanfare en invitant Le Concert Spirituel et son chef Hervé Niquet. Pour ce concert d’ouverture, dont le final accompagne le feu d’artifices royal qui doit illuminer le château, le maestro se concentre sur deux des plus grands compositeurs de la période baroque, chacun en son siècle, XVIIè et XVIIIè : Marc Antoine Charpentier (1643-1704) et Georg Friedrich Haendel (1685-1759). Si la pluie qui s’est invitée juste avant le concert suscitant quelques craintes, elle a eu la courtoisie de s’en retourner rapidement d’où elle venait. Hervé Niquet entame la soirée avec le Te Deum de Marc Antoine Charpentier (1643-1704). S’il n’en dirige que l’ouverture et des extraits des marches “pour les trompes“, nombreux morceaux devenus célébrissimes grâce à l’Eurovision, Hervé Niquet donne d’emblée le ton de la soirée : la direction est ferme, dynamique, concentrée; le concert est mené tambour battant avec un entrain bienvenu.

En ce début de soirée, la musique de Charpentier résonne joyeusement sous un ciel apaisé; si Hervé Niquet a bien du mal à tenir en place, il arpente le plateau pour diriger ses musiciens d’une main de fer, il n’en maîtrise pas moins parfaitement son sujet.

Après Charpentier, c’est Georg Friedrich Haendel (1685-1759) qui est à l’honneur. Né à Hanovre où il a débuté sa carrière, Haendel a beaucoup voyagé avant de s’implanter définitivement à Londres à l’invitation du roi de l’époque. Water Music a été composé en deux fois pour agrémenter les promenades nautiques du souverain et de sa cour sur la Tamise; les concertos n°4 et n°5 datent des années de maturité du compositeur qui achève ainsi l’un de ses chefs d’oeuvres les plus connus. Bien que le Concert Spirituel ne donne là encore que des extraits des deux derniers concertos, ils sont joués avec une rigueur et une précision inégalables. Au retour de l’entracte, car il fallait laisser à la nuit le temps d’arriver, le Concert Spirituel entame la dernière œuvre du programme de ce concert d’ouverture: Music for the royal fireworks; œuvre qui accompagnait les feux d’artifices du roi d’Angleterre. Et, au sujet de feux d’artifices, celui qui se déclenche peu après le début de la seconde partie est digne en tous points des rois de France et de leurs homologues anglais. A mesure que la musique se déroule, les feux couleurs rouges, bleues, or ou argent s’élèvent dans le ciel d’un noir de jais avec une précision millimétrée. Les artificiers réalisent une composition remarquable accompagnée par l’électrique Hervé Niquet et son orchestre.

Malgré un temps incertain en début de soirée, la sixième édition du festival de Chambord connaît ainsi une entrée en matière fracassante avec un concert dirigé par un chef remonté comme une pile électrique. Le Concert Spirituel a donné le meilleur de lui même dans un répertoire qu’il connaît parfaitement.

Chambord. Parc du château, le 1er juillet 2016. Marc Antoine Charpentier (1643-1704) : Te Deum (ouverture), Marches pour les trompes (extraits), Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Water Music (extraits des concertos N°s 4 et 5), Music for the royal fireworks. Le Concert Spirituel; Hervé Niquet, direction.

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