Compte rendu ciné-concert, Paris, Philharmonie, le 18 décembre 2016. Amadeus, Milos Forman, Ludwig Wicki (direction), Les Siècles Pop, Ensemble Aedes

Compte rendu ciné-concert, Paris, Philharmonie, le 18 décembre 2016. Amadeus, Milos Forman, Ludwig Wicki (direction), Les Siècles Pop, Ensemble Aedes. Sur tout un week-end, la Philharmonie de Paris nous a fait revivre le film Amadeus, à travers plusieurs représentations en ciné-concert. Depuis sa sortie en 1984, le chef-d’œuvre de Milos Forman ne s’est jamais départi de son succès, à tel point que l’image qu’il véhicule, celle d’un Mozart fantasque et déluré, – sans omettre la soit disante jalousie d’un Salieri devenu criminel, a fini par s’imposer dans l’imaginaire collectif.

Amadeus à la Philharmonie de Paris

Sans fausses notes, du début à la fin, les musiciens jouent la bande originale du film

amadeus milos forman cine concert philharmonie les siecles popL’expérience du ciné-concert apporte une nouvelle dimension à l’œuvre cinématographique. En proposant l’interprétation live de la bande originale du film, la musique de Mozart s’impose véritablement comme un élément majeur indispensable, bien au-delà du simple rôle d’accompagnement à l’image. Agissant comme un fil conducteur, elle sous-tend chaque scène du film, omniprésente même dans ses silences, alors tout juste suggérée par les musiciens sur scène.  Ces derniers, concentrés et attentifs, ont joué le jeu sans fausse note, du début à la fin. Car c’est un travail de précision qu’exige le ciné-concert. Aucune fluctuation de tempo n’est tolérée, aucune liberté n’est permise ! Les musiciens doivent impérativement coller à l’image en temps réel. On observe avec admiration les gestes minutieux du chef, préparant consciencieusement chaque départ, suivant les images du film qui défilent sur le petit écran de son pupitre. Il faut bien l’expérience du maestro Ludwig Wicki – le concepteur du projet, spécialiste dans le domaine des ciné-concerts, pour réaliser une telle performance.

mozart live orchestre Les Siecles pop compte rendu classiquenewsSous sa baguette, l’orchestre Les Siècles Pop, l’ensemble choral Aedes et le pianiste Nathanaël Gouin font preuve d’autant de professionnalisme, et tous interprètent avec brio une partition difficile et exigeante. En effet, il ne suffit pas ici de savoir jouer la musique de Mozart comme lors d’un concert traditionnel. L’exercice du ciné-concert est d’autant plus complexe qu’il faut être capable de passer d’une œuvre à l’autre en un éclair, en s’investissant pleinement dans chaque extrait musical, même s’il ne dure que … quelques mesures. Ainsi, lorsque Salieri feuillette les manuscrits de Mozart, on passe sans transition aucune du Concerto pour flûte et harpe à la Symphonie n°29, puis au Concerto pour deux pianos, à la Symphonie concertante pour violon et alto, et enfin à la Messe en do mineur, et ce en l’espace d’une minute à peine ! L’orchestre simule même le bruit de fond des musiciens lors des répétitions sur Les Noces de Figaro. On aurait ainsi aimé que l’expérience soit menée jusqu’au bout, avec l’interprétation en live de chaque séquence musicale du film, comme les nombreuses petites interventions au clavier des compositeurs, ou les chanteurs solistes dans les scènes d’opéra, dont les enregistrements originaux du film ont été conservés.
Quoiqu’il en soit, on ne peut réfréner un frisson lors de certaines scènes poignantes du film, à la puissance décuplée par la musique live. L’ouverture de Don Giovanni, avec toute la force de ses premiers accords dramatiques, vient rendre encore plus terrifiante l’image du père de Mozart, dont l’emprise sur le compositeur transparaît tout du long. Et les scènes finales, sublimées par la partition du Requiem, sont bouleversantes de passion, en particulier lorsque le Confutatis émerge progressivement des derniers instants créatifs de Mozart, retranscrit par la main même de celui qui a juré sa perte.

Même si le film s’autorise certaines libertés, notamment en ce qui concerne le personnage de Salieri et sa relation avec Mozart, il nous éclaire néanmoins sur la condition et le statut du compositeur à la cour de Vienne à cette époque. L’histoire nous retrace les difficultés qu’a connues Mozart pour imposer son style et conserver l’indépendance qui lui permettait de composer librement : ses rapports conflictuels avec son employeur le prince-archevêque Colloredo, l’hostilité des conservateurs lorsqu’il tente d’imposer un livret dangereusement révolutionnaire avec Les Noces de Figaro… Et que le personnage soit fidèle ou non à ce qu’il était en réalité, l’acteur Tom Hulce (aux côtés d’un F. Murray Abraham bouleversant dans le rôle de Salieri) nous livre une interprétation flamboyante, époustouflante du compositeur. Si bien qu’on aime croire à ce Mozart impétueux, parfois vulgaire et arrogant, mais tellement original !

L’expérience enrichissante du ciné-concert nous permet de redécouvrir des succès du septième art sous un jour nouveau. Il est heureux de constater que cette catégorie de concerts, qui prend de plus en plus d’ampleur actuellement, aborde indifféremment toutes les œuvres cinématographiques. Ainsi, il nous aura été donné ce week-end de revivre passionnément l’histoire d’un film devenu grand classique du cinéma, salué à sa sortie et huit fois distingué aux Oscars.

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Compte rendu ciné-concert, Paris, Philharmonie-Grande salle Pierre Boulez, le 18 décembre 2016. Amadeus de Milos Forman, Wolfgang Amadeus Mozart (musique), Ludwig Wicki (direction), Les Siècles Pop, Ensemble Aedes, Mathieu Romano (chef de chœur), Nathanaël Gouin (piano), Marion Ralincourt (flûte), Coline Jaget (harpe).

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