Cinq Mars de Gounod, récréé en janvier 2015

Charles-Gounod_portraitOPERA. Gounod : Cinq Mars, recréation. Munich, Vienne, Versailles, les 25, 27 et 29 janvier 2015. L’opéra Cinq Mars est aussi méconnu que son auteur demeure célèbre.  Preuve que dans le catalogue des plus grands compositeurs romantiques français pourtant parfaitement identifiés et joués,  des oeuvres mal connues subsistent. C’est le cas exemplaire de l’opéra historique Cinq Mars dont Gounod, à 59 ans,  veut faire un ouvrage de maturité, ambitieux et subtil dans l’esprit du grand opéra de Meyerbeer. Les amours contrariés entre Marie (de Gonzague) et le marquis de Cinq-Mars ne résistent pas à la rivalité radicale qui oppose les Grands et le Cardinal de Richelieu. Dans le contexte du Paris des Précieuses et des salons de courtoisie élégante (Marion Delorme, Ninon de Lanclos…), – où se détache l’évocation du roman amoureux et de la carte du tendre par la citation du dernier roman de Scudéry, Clélie (second tableau de l’acte II), Gounod évoque une histoire sentimentale et surtout un drame politique. En situant sur les traces de Vigny, l’action au XVIIè, Gounod fait du néobaroque, soignant l’éloquence de l’orchestre, la caractérisation contrastée des personnages selon les situations, surtout le flux dramatique en particulier dans les actes III et IV, courts, efficaces, précipités dont l’allant irrésistible conduit à la condamnation et la marche au supplice du marquis trop arrogant.

La célèbre cantilene de Marie  « Nuit resplendissante » aura  phagocyte un ouvrage entier d’une grande valeur et plutôt tardif rompant avec une longue période de silence. créé en avril 1877 l’opéra comique est révisé dans le sens d’un vrai grand drame historique dan l esprit de Meyerbeer pour sa reprise des l’automne 1878. Gounod est l’élève à Paris de Reicha,  dont un récent disque vient de révéler la sublime et féconde écriture dans le genre Quatuor,  une offrande des plus abouties et originales qui sait recueillir l’héritage de Haydn à l’époque de Beethoven. … Reicha professeur au Conservatoire de contrepoint et de composition affine la formation des compositeurs qui s’avèrent les plus importants du XIXeme : Berlioz,  Liszt. ..

 

 

 

un opéra historique néobaroque d’après Vigny

 

Gérôme_Eminence_grise_1873Présentation de l’oeuvre… Très amateur des opéras de Gounod et plutôt convaincu par sa conception dramatique,  le nouveau directeur de l’ opéra comique, Carvalho qui prend ses fonctions en 1876, sollicite immédiatement le compositeur pour un nouvel opéra.  Il s’agit de faire suite aux ouvrages déjà montés et dont il a piloté la création: Faust, Mireille, Roméo et Juliette  au Théâtre Lyrique.  Achevé en trois mois, début janvier 1877, Cinq-Mars est créé le 5 avril suivant. Le roman d’Alfred de Vigny (publié en 1826) a déjà inspiré un livret d’opéra à Saint-Georges qui le soumit à Meyerbeer en 1837, sans succès.  Essentiellement à partir du chapitre XXII du roman de Vigny, la nouvelle adaptation de Paul Poirson, versifiée par Louis Gallet inspire à Gounod l’un de ses ouvrages les plus dramatiques.

L’action du chapitre XXII se concentre sur des données psychologiques : elle se passe chez Marion Delorme et se focalise sur la conspiration. Dans l’écriture comme Massent le fait dans Manon,  Gounod regarde du côté du baroque Français avec une finesse neoclassique donc qui est particulièrement réussie (le divertissement avec ses archaïsmes scarlatine zèbre autres, chez Marion Delorme cité évidemment les divertissements des opéras de Lully,  Campra….

Quelques passages remarquables. Le prélude en ré mineur plutôt sombre qui annonce le dénouement tragique, est encore enrichi (pour la reprise en novembre 1877, d’une séquence centrale dont le motif emprunte au duo du dernier acte. Le choeur d’hommes à quatre voix « Allez par la nuit claire », sommet d’élégance harmonique et de légèreté plutot entraînant puis la Cantilène de Marie « Nuit resplendissante », déjà distinguée affirme ici la meilleure inspiration de Gounod, celui des mélodies enivrés et sensuelles, marques de l’opéra romantique français préfigurant Massent ; c’est le Gounod irrésistible de  « Salut demeure chaste et pure » dans Faust ou « Ah, lève-toi, soleil » dans Roméo : le chant vocal est magistralemnt soutenu par le tissu transpzrent et caractérisé de l’orchestre. Voilà qui confirme le métier de Gounod comme orchestrateur talentueux. .. digne successeur de Berlioz.

Au II, plutôt bellinien,  le duo dialogué entre Marie et Cinq-Mars, « Faut-il donc oublier », se détache très nettement par la pureté de son inspiration. Puis après le Divertissement, le deuxième air de Marion, « Parmi les fougères », vocalise sans limitation à la façon de la reine dans Les Huguenots de Meyerbeer, source lyrique que Gounod a toujours à l’esprit.  Le très court acte III suit le rythme et les péripéties de la chasse royale (le choeurs des chasseurs revisite les choeurs d’Euryanthe et du Freischütz de Weber, un compositeur que Gounod admire réellement). Marie forcée par le père Joseph à la trahison y est la véritable proie.

Au IV, tout aussi court, se détache la Cavatine de Cinq-Mars, « Ô chère et vivante image », assez développée, d’une sensibilité elle aussi bel-cantiste — comme le duo de l’acte II. Ici prime l’action et son précipité dramatique comme l’atteste, point culminant de la tension : le mélodrame au cours duquel on vient annoncer la sentence aux prisonniers puis dans la marche au supplice d’où jaillit la détermination inéluctable des héros sacrifiés : Cinq mars et de Thou.

La création, le 5 avril 1877 promet d’être largement suivie : pas moins de 10 000 demandes de places ! pour une production dont les costumes ont été inspirés par les propres recherches du peintre académique historiciste à la mode, Gérôme (grand ami de Massenet et comme le compositeur, passionné de reconstitution archéologique minutieuse). Gounod dirige lui-même l’orchestre jusqu’au 21 mai suivant.

 

 

 

 

Recréation de l’opéra de Charles Gounod : Cinq-Mars, 1877
3 dates : Munich, Vienne, Versailles, les 25, 27 et 29 janvier 2015.

Jeudi 29 janvier 2015 à 20h
 Opéra royal de Versailles

Mardi 27 janvier 2015 À 19h
Theater an der Wien
Vienne (Autriche)

Dimanche 25 janvier 2015 À 19h
Prinzregententheater
Munich (Allemagne)

 

 

synopsis

 

Marquis_Cinq_MarsL’action se situe en 1642, à la fin du règne de Louis XIII . Le pouvoir arbitraire du cardinal de Richelieu divise la cour. Par fidélité au roi, certains seigneurs et courtisans forment bientôt le projet d’une conspiration. La résolution de cet épisode de l’histoire est resté sous le nom éloquent de « Journée des dupes ». Deux clans s’opposent : l’arrogances des princes et des aristos contre le parti du Cardinal de Richelieu : entre les deux tribus, Marie de Gonzague et le marquis de Cinq Mars se voient déchirés. En s’opposant au Cardinal, Cinq-Mars qui a toute la confiance du Roi Louis XIII signe son arrêt de mort…

 

 

 

ACTE I. Le château du marquis de Cinq-Mars.

Un choeur de nobles célèbre l’importance imminente que va prendre Cinq-Mars ; certains suggèrent qu’il doit son ultime dette d’allégeance au cardinal de Richelieu, d’autres au Roi. Pour sa part, Cinq-Mars se montre indifférent aux questions d’ordre politique : seul avec son ami le plus proche, de Thou, il confesse qu’il aime la princesse Marie de Gonzague. Ils reconnaissent tous deux intuitivement que cette liaison finira mal. Les invités reparaissent : parmi eux figure cette fois le Père Joseph, porte-parole du cardinal de Richelieu, et la princesse Marie de Gonzague. Le premier annonce que Cinq-Mars est appelé à la cour royale et qu’un mariage est arrangé entre la princesse Marie et le roi de Pologne. Cinq-Mars et Marie conviennent de se retrouver plus tard dans la soirée. Après le départ des invités, Marie – troublée – confesse son émoi dans le calme de la nuit. Cinq-Mars entre et lui déclare son amour ; avant son départ, elle lui retourne sa déclaration.

ACTE II. Premier Tableau : les appartements du roi.

Après avoir exalté la beauté de la courtisane Marion Delorme, Fontrailles, Montrésor, Montmort, de Brienne, Monglat et d’autres nobles discutent de l’influence croissante de Cinq-Mars auprès du roi. Les courtisans sont mécontents du pouvoir immodéré que s’est arrogé le cardinal de Richelieu et se demandent si Cinq-Mars rejoindra finalement leur cause. Marion rapporte que le cardinal menace de l’exiler ; Fontrailles est surpris et il est sûr que la ville de Paris deviendrait bien ennuyeuse sans ses élégants salons. La luthiste-courtisane annonce qu’elle organisera un bal le lendemain, lequel fournira l’occasion de jeter les bases d’une intrigue pour évincer le cardinal. Cinq-Mars paraît. Marie de Gonzague vient d’arriver à la cour et les deux amoureux sont réunis. Mais le Père Joseph vient annoncer que, malgré l’accord de principe du Roi, le Cardinal refuse de sanctionner leur union, préférant plutôt suivre le plan originel et faire épouser à Marie le Roi de Pologne.

Second Tableau : chez Marion Delorme.

La soirée débute par la lecture du dernier roman de Madeleine de Scudéry, Clélie, suivie d’un long divertissement masqué. C’est à ce moment que les conspirateurs fomentent leur plan : Fontrailles assure à tous que Cinq-Mars va se joindre à eux. Comme il l’a prédit, Cinq-Mars arrive bientôt. Il déclare que le Roi ne contrôle plus totalement le pays et que l’éviction du Cardinal est une mission juste ; la guerre civile est imminente et il assure ses acolytes qu’il a arrangé un traité avec l’Espagne, laquelle engage ses armées à intervenir de leur côté. De Thou l’interrompt soudain et l’avertit de ne pas ouvrir le sol français à une puissance étrangère, mais Cinq-Mars demeure résolu.

ACTE III Le lendemain. À l’extérieur d’une chapelle.

Une réunion des conspirateurs est imminente ; Marie apparaît contre toute attente et convient avec Cinq-Mars d’échanger sur-le-champ des voeux de mariage. Ils sont secrètement écoutés par Eustache, espion du Père Joseph, qui raconte tout à son maître. L’ecclésiastique savoure le pouvoir qu’il détient sur le destin de Cinq-Mars. Il confronte Marie à l’annonce de la pendaison imminente du Marquis qui a trahi son pays en traitant indépendamment avec une puissance étrangère ; l’ambassadeur polonais reviendra bientôt d’une partie de chasse avec le Roi et il conseille à Marie de lui répondre favorablement, en échange de quoi Cinq-Mars sera épargné. Lorsqu’arrive la suite royale, Marie capitule à contrecoeur.

ACTE IV. Une prison.

En attendant son exécution, Cinq-Mars déplore que Marie l’ait abandonnée ; néanmoins, sa dernière heure venue, il évoque son image en guise de consolation. Marie entre, explique la ruse du Père Joseph et assure qu’elle aime toujours Cinq-Mars. De Thou trace les grandes lignes du plan qui a été préparé pour permettre à Cinq-Mars de s’échapper le lendemain. Mais le Chancelier et le Père Joseph viennent annoncer que le Marquis devra mourir avant l’aube, ruinant l’espoir d’une évasion. Avant que Cinq-Mars ne soit amené au gibet, il entonne avec de Thou une dernière prière.

 

 

 

Comments are closed.