CD. R. STRAUSS: The great operas (22 cd Warner classics)

CLICK_classiquenews_dec13 CD, coffret Richard Strauss : The great operas (22 cd Warner classics). Autant le dire, ce coffret (le premier édité pour l’anniversaire Strauss 2014, 150 ans de la naissance, car Universal prévoit aussi le sien au début de l’année nouvelle), est une malle à trésors, de surcroît réunissant des versions légendaires, absolument irrésistibles, en un prix plus qu’abordable, au regard de la qualité des lectures. Les straussiens ici réunis sont demeurés indiscutables, offrant une quasi intégrale des ouvrages les plus recommandables : le coffret comprend les opéras majeurs composés avec le poète librettiste Hugo von Hofmannsthal, puis Stefan Zweig, enfin Joseph Gregor …

 

 

Coffret Richard Strauss chez Warner classics :
pépite exceptionnelle !

 

richard-strauss-r-strauss-the-great-operas-1Voici donc Herbert von Karajan évidemment : Der Rosenkavalier de 1956 (la référence en la matière, alternative à la nervosité tout aussi élégante d’un Solti : ici version anthologique de l’après guerre avec Schwarzkopf, Edelman, Ludwig, Stich-Randall, Nicolai Gedda…), Salomé de 1977 et 1978 (lecture lunaire aux éclats tendus et scintillants -, ceux des Wiener Philharmoniker avec Hildegard Behrens, Agnès Baltsa, José van Dam dans les rôles de Salomé, Herodias, Jochanaan…). C’est surtout Wolfgang Sawalisch (photo ci-dessous) qui gagne un regain de reconnaissance car son legs straussien s’avère indiscutable ; décédé en février 2013 (à 89 ans), le chef de tradition bavaroise, né à Munich semble respirer Strauss avec un naturel confondant, le coffret révèle sa manière aussi efficace, simple et directe qu’extrêmement ciselée – n’a-t-il pas régné sur l’Opéra de Munich, Opéra d’État de Bavière, de 1971 à 1992, y dirigeant tous les ouvrages de Strauss (sauf Salomé); un style et une expérience aujourd’hui à redécouvrir : ainsi en témoignent Capriccio de 1957-1958, Intermezzo de 1980, La femme sans ombre (Die Frau ohne schatten) de 1987, Friedenstag de 1988 (l’année où il dirige l’intégrale lyrique) et Elektra de 1990 (éruptive, incandescente, d’une précision exemplaire avec des balances voix/instruments remarquablement conçues, grâce à Eva Marton, Cheryl Studer, Marjana Lipovsek dans les rôles féminins centraux de Elektra, Chrysothemis, Klytämnestra …).
sawallisch_wolfgang_strauss_portrait_290Sens de l’architecture, expressivité affûtée (dans le sillon de Karajan avec ce souffle ductile propre à Böhm), entre hédonisme, grâce et précision instrumentale, Sawalisch se montre un superbe straussien comme il fut grand wagnérien (sa Tétralogie est absolument à posséder tout autant). Au sommet de son legs ici concerné, avouons notre préférence pour l’accomplissement de la Femme sans ombre, opéra de guerre et de sang d’une violence orchestrale inouïe, dernier grand opéra romantique qui est aussi une réponse et une alternative au wagnérisme et au vérisme contemporain : la partition grandiose pénétrée par l’esprit des Lumières où souffle un pur imaginaire fantastique et féerique se réalise sous la direction superlative du chef d’une hypersensibilité instrumentale confondante de nuances et de respirations inédites, comptant sur un quatuor de solistes épatants : René Kollo, Cheryl Studer (d’un angélisme dans lequel s’incarne le chant d’une progressive humanité), Alfred Muff et Ute Vinzing, dans les rôles de l’Empereur, l’Impératrice, Barak et la teinturière, sans omettre l’éblouissante et ardente nourrice d’Hanna Schwarz. Si familièrement Sinopoli, Karajan (2 versions) et Böhm sont reconnus comme les champions de ce prodige humaniste composé à l’époque de la première guerre, il faut compter aussi avec la version d’un Sawalisch conteur remarquablement inspiré en 1987. Même enthousiasme total pour Capriccio enregistré à Londres en 1957 et 1958 où à la tête du Philharmonia, le chef dirige un trio exemplaire : Schwarzkopf dans le rôle axial de la comtesse Madeleine, à laquelle le Flamand de Nicolai Gedda et surtout Olivier de Dietrich Fischer Dieskau lui donnent la réplique  : un trio de rêve confondant de raffinement linguistique et d’une musicalité rayonnante.

Etrangement la Daphné de Haitink (1982), pourtant avec le même orchestre que dirige Sawalisch (le Symphonique de la Radio Bavaroise : Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks) laisse mitigé (avec effets kitsch amplifiés par la prise studio : la foudre préenregistrée pour les éclats de tonnerre…) : la direction manque parfois de ductilité flexible, trop raide, droite et brutale, un rien carrée sans les infimes nuances requises d’une partition qui semble récapituler et la philharmonie cuivrée de La Femme sans ombre et les éclairs antiquisants d’Elektra (mais Lucia Popp dans le rôle-titre demeure irrésistible, subtilement accompagnée par Ortrun Wenkel et le Leukippos de Peter Schreier).Si la direction de Haitink manque parfois de respiration chambriste éclairant le message esthétique et humaniste de Strauss et de Gregor, la voix de Lucia Popp fait une excellente Daphné ; son timbre aspire totalement à cette sublimation abstraite qui la porte peu à peu à sa transformation finale : timbre blessé, d’une hypersensibilité tendant au basculement souhaité… Là encore la musique et tout l’orchestre qui puise dans les accents et l’hyperactivité de La Femme sans ombre, semble ressusciter l’Antiquité d’Ovide revisitée par un sentiment de pacification. Un vÅ“u qui prend d’autant plus son sens dans le contexte hitlérien de 1938. Auparavant (1935), Strauss, génie musicien vivant, avait démissionner de toutes ses fonctions officielles au sein du Reich, de sorte qui lui aussi porteur d’un message civilisateur à travers un nouvel ouvrage antiquisant semblait suivre l’itinéraire de ses deux protagonistes, Daphné et Apollon. La lumière contre les ténèbres.


popp_lucia_strauss_intermezzo_daphneLe coffret met ainsi en lumière le chant captivant de la soprano Lucia Popp : brûlante diseuse à l’abattage parlé chanté irrésistible pour le personnage de Christine dans l’opéra intimiste Intermezzo – si proche du théâtre parlé, vraie drame domestique d’une rare intensité linguistique, sans omettre son époux dans la partition, interprète non moins indiscutable Dietrich Fischer Dieskau (il est vrai sous la baguette libre, claire, foisonnante mais surtout toujours chambriste de Sawallisch en 1980 : un modèle d’équilibre et de pétillance) ; deux années plus tard, la même Lucia Popp enregistre le rôle si difficile de Daphné, en 1982 donc, mais sous la baguette un rien tendue, presque muselée donc de Bernard Haitink : sous la battue moins évidente et naturelle,- avec pourtant le même orchestre bavarois-, la cantatrice paraît parfois à la tâche, sans ce débridé théâtral et si subtil qui fait encore toute la séduction de sa Christine chez Intermezzo. Là encore quelle interprète car si elle avait peut-être bénéficié d’une baguette autrement plus subtile, sa Daphné aurait été à n’en pas douter anthologique.

kempe_rudolf_rkVous ne bouderez pas votre plaisir grâce à l’Ariadne auf Naxos du Saxon pur jus Rudolf Kempe (photo ci-contre) à la baguette tout aussi vive et claire, sans effets d’aucune sorte (un miracle pour l’orchestre suractif de Strauss, ainsi Kempe comme Sawallisch défendent une même vision épurée, assouplie, sobre, indiscutablement intègre, plus raffinée qu’on s’obstine à le répéter) : cette Ariadne de 1968, magnifiquement enregistrée au studio bénéficie aussi d’une distribution superlative : Gundula Janowitz (Ariadne), Teresa Zylis-Gara (le compositeur) … de surcroît avec un orchestre miraculeux de chambrisme ardent et lui aussi nuancé (rappelons que l’intégrale symphonique du chef fait toujours autorité à juste titre) : la Staaskapelle de Dresde, à son meilleur à la fin des années 1960. Encore un jalon légendaire qui accrédite la très haute valeur du coffret Warner classics. Superbe révélation en préambule aux célébrations du 150 ème anniversaire de Richard Strauss en 2014.

Illustrations : le geste ciselÄ— de Wolfgang Sawallisch et de Rudolf Kempe, les deux champions, – immenses straussiens que révèle le coffret Warner classics.

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