CD. Nemanja Radulovic, violon : Paganini Fantasy

CD. Nemanja Radulovic, violon : Paganini Fantasy (1 cd Deutsche Grammophon). Le jeune prodige serbe dĂ©veloppe ici une question critique sur son propre mĂ©tier, avec raisons … la facilitĂ© peut souvent brĂ»ler et gâcher le goĂ»t et le style d’un acrobate musicien. Presque trentenaire, maturitĂ© oblige, Nemanja Radulovic en rendant hommage au plus diabolique des compositeurs violonistes, Niccolo Paganini fait aussi son autoanalyse et fait rimer haute technicitĂ© avec … musicalitĂ©.

 
 

Radulovic_nemanja_deutsche_grammophon_cd_paganini_fantasy_cdLe trop  plein de virtuositĂ© laisse un goĂ»t de superficialitĂ© : Ă©coutez comme je joue bien et mieux que tout autre instrument… Paganini, d’un panache diabolique, d’une facilitĂ© ahurissante aurait-il eu le souci de la justesse et de la subtilitĂ© ? A trop vouloir dĂ©montrer, beaucoup de violoniste autoproclamĂ©s prodiges oublient souvent la mesure, ce mĂ©pris  salvateur de la performance pure qui fait les grands musiciens … De toute Ă©vidence, ces interrogations ont inspirĂ© le violoniste contemporain Nemanja Radulovic que la sensibilitĂ© si proche de la voix Ă©carte d’une facilitĂ© creuse.
Certes souvent l’Ă©clat et la surenchère sont inscrits dans l’Ă©criture paganinienne, et le monologue du violon supersoliste devient acrobatie mĂ©canicienne, d’une fluiditĂ© sans âme.
Toute la question et donc la valeur de ce programme intelligent est contenue ici, entre prouesse et sincĂ©ritĂ©. Avec l’ensemble de cordes Les Trilles du diable (Cantabile), avec la pianiste Laure F-Kahn (Sonate n°12), et dans le Concerto n°1 en rĂ© (avec le Symphonique national de la RAI), le violoniste serbe nĂ© en 1985 semble incarner tout ce qui s’impose douloureusement ou simplement Ă  tout instrumentiste immensĂ©ment douĂ© : que faire avec un tel talent technicien ?

 

 

Technicité critique

 

Le Concerto n°1 donne la clĂ© de cette ambivalence profitable en ce qu’elle rĂ©vèle les interprètes vĂ©ritables qui ne se servent pas de la musique mais la servent avec l’humilitĂ© et la profondeur requises. Pour dĂ©montrer ses remarquables talents, le violoniste ouvre donc les festivitĂ©s par le Caprice n°5, d’une volubilitĂ© imprĂ©visible, puis s’accorde une semi profondeur dans le Concerto au brio bien souvent rossinien car tout y Ĺ“uvre pour mettre en avant le feu ardent d’un violon incandescent qui cependant sait dans les pianissimi subtilement maĂ®trisĂ©s enfin respirer avec une grâce intĂ©rieure (cadences finement tressĂ©es de l’Adagio), emblème d’un bon goĂ»t que l’on n’attendait plus …

L’Ă©lève de Patrice Fontanarosa a semblĂ© recueillir les fruits d’une profonde rĂ©flexion sur les enjeux de son style. Si les visuels de la pochette, en couverture comme intĂ©rieurs  (Nemanja en transe expressive ou par terre dans des poses toujours contorsionnĂ©es … ) laissent plutĂ´t songeur sur la capacitĂ© Ă  murmure comme Ă  suggĂ©rer, pourtant …  l’Ă©quilibre rĂ©ussi entre intĂ©rioritĂ© et surenchère est objectivement maĂ®trisĂ© ; mĂŞme si le tempĂ©rament tout feu tout flamme de l’interprète l’oriente toujours vers plus de pathos romantique, une théâtralitĂ© pas toujours suggestive en effet, l’approche est sincère et gagnera encore dans les prochaines annĂ©es Ă  plus de pudeur. Très beau rĂ©cital d’un tempĂ©rament qui se pose les bonnes questions , au bon moment, et fait espĂ©rer des lendemains tout aussi chantant, et nous l’espĂ©rons… mieux suggestifs.

Nemanja Radulovic, violon : Paganini Fantasy. 1 cd Deutsche Grammophon

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