CD, Membran : 3 coffrets pour le printemps (Rudolf Schock, Cluytens à Bayreuth, Artistes dégénérés)

Le label Membran annonce 3 coffrets événements en juin 2015. Le premier dédié au centenaire du ténor légendaire Rudolf Schock, soulignant une facette peu connue de son irrésistible carrière, son chant wagnérien. La seconde boîte magique ressuscite l’apport du premier chef français invité à Bayreuth : André Cluytens, grand invité chéri de Wieland Wagner dès 1955, et dès lors, grand acteur du renouveau bayreuthien dans les années 1950. Enfin, Membran édite un coffret récapitulant les artistes « dégénérés », mis à l’index et inquiétés voire persécutés par le régime hitlérien dès 1933. 3 coffrets événements du mois de juin 2015.

Rudolf SCHOCK : the birthday Edition – Wagner operas
600255_front300dpiLe coffret de 10 cd récapitule la carrière époustouflante du ténor mozartien à Bayreuth où il fut un wagnérien fin et subtil a contrario de bon nombre de ses confrères. Comme Mozart, Verdi, Puccini, Wagner occupe une place privilégiée dans l’itinéraire de Rudolf Schock. A la demande de Wieland Wagner, Schock chante le rôle de Walther von Stolzing des Maîtres Chanteurs : en 1959, son incarnation demeure légendaire consolidant aussi la notoriété du festival. C’est aussi un Lohengrin remarqué à Brunswick, Hambourg, Bremen (1957, 1959). Le coffret du Rudolf Schock wagnérien édité par Membran célèbre aussi le centenaire de la naissance du ténor allemand né à Duisbourg qui rejoint le Staatsoper de Vienne en 1953 comme kammersänger et dont le cinéma dédia un film sur sa vie.
Le coffret comprend les intégrales de Lohengrin (1953), Die Meistersinger (aux côtés de l’Eva d’Elisabeth Grümmer), Der Fliegende Holländer (1960, aux côtés de Gottlob Frick, Dietreich Fischer Dieskau, Fritz Wunderlich dans les rôles de Daland, le Hollandais et un matelot…) et des extraits du Rheingold de 1952 (avec Gottlob Frick en Fasolt…). Rudolf Schock : the birthday Edition – Wagner operas, 10 cd Membran. Parution annoncée le 26 juin 2015.

600201_front300dpiAndré CLUYTENS : conducting Wagner – Bayreuth live (1955, 1957, 1958). Evénement dans l’histoire de la Colline Verte quand le chef français dirige pour la première fois à Bayreuth Tannhaüser de Wagner en 1955 : c’est le premier Gaulois dans la place. Wieland Wagner ne devait plus pouvoir se passer de sa direction affûtée et dramatique qui laisse le chant se déployer sur un tapis orchestral ciselé. En 1956, Cluytens dirige la nouvelle production des Maîtres Chanteurs conçue par Wieland Wagner, puis Parsifal (en 1957 remplaçant Hans Knappertsbuch) ; Lohengrin (1958). Témoin des réalisations de l’heure (le renouveau de Bayreuth dans les années 1950), Anja Silva précisa qu’en Cluytens, Wieland Wagner avait trouvé le chef capable de lui offrir enfin la sonorité wagnérienne tant recherchée. Né Belge en 1905 (Anvers), Cluytens ne tarde à prendre la nationalité française : il devient directeur musical de la Société des Concerts du Conservatoire à Paris (alors occupé, 1943) puis dirige l’Opéra-Comique (1947-1953). Cluytens meurt à Paris en 1967.
Un français à Bayreuth. Le coffret de 10 cd édité par Membran comprend l’intégrale des opéras Lohengrin (1958, avec Astrid Varnay, Sandor Konya, Ernest Blanc dans les rôles d’Ortrud, Lohengrin et Telramund sans omettre l’immense Leonie Rysanek en Elsa), Tannhäuser (1955 avec Wolfgang Windgassen, Dietrich Fischer Dieskau dans les rôles de Tannhäuser et Wolfram) et Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg (1957 avec Gustav Neidlinger, Elisabeth Grümmer dans les rôles de Sachs et Eva). Parution annoncée le 26 juin 2015.

Unbenannt-7Coffret « Forbidden but not forgotten » (interdits mais pas oubliés) : ils apparaissent tous sur le visuel de couverture, Kurt Bois, Ernst Busch, Hans Eisler, Heinrich Heine, Paul Hindemith, Otto Klemperer, Korngold, Mendelssohn, Krenek, Kreisler, Mahler, Meyerbeer, Offenbach, Schönberg, Serkin, Oscar Strauss, Georg Szell, Richard Tauber, Bruno Walter, Kurt Weill, Zemlinsky… tous chefs, compositeurs, interprètes juifs que les nazis ont scrupuleusement écartés, humiliés interdits. Le IIIème reich entendait dicter et reformuler les valeurs inaltérables de la culture allemande purifiée. Exit tous les tenants d’un sémitisme douteux. Le nettoyage musical réalisé par le national socialisme opère une épuration artistique systématique dont les expositions manifestes (Art dégénéré, Munich 1937 et Musique dégénérée, Dusseldorf 1938) soulignent les tares fatidiques. Le coffret de 10 cd réunit près de 175 enregistrements d’artistes tenus au silence, humiliés, persécutés par les nazis. Entre autres : Paul Hindemith dirige un extrait de Mathis le peintre ; Bruno Walter et Nathan Milstein jouent l’Andante pour violon de Goldmark ; Arthur Schnabel joue Lettre à Elise de Beethoven ; Erich Kleiber et le Philharmonique de Berlin, Stravinsky ; Schönberg interprète un extrait du Pierrot Lunaire sans omettre plusieurs mélodies de Schumann sur des textes de Heine par Lotte Lehmann ou des extraits d’opérettes par Richard Tauber…

Prochaine critique développée fin juin 2015, dans le mag CD, DVD, LIVRES de CLASSIQUENEWS.COM.

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