CD. Grace Bumbry : The art of Grace Bumbry (1957 – 1967), 8 cd + 1 dvd, Deutsche Grammophon.

bumbry grace the art of 8 cd dvd cd critique cd review classiquenewsCD. Grace Bumbry : The art of Grace Bumbry (1957 – 1967), 8 cd + 1 dvd, Deutsche Grammophon. Une dĂ©cennie miraculeuse dans la vie d’une diva exceptionnellement douĂ©e : voilĂ  le cadeau de ce coffret magistral, d’une intelligence et d’un style Ă  couper le souffle. La « VĂ©nus noire », Grace Bumbry, star de l’opĂ©ra international avant Jessye Norman, est nĂ©e le 4 janvier 1937 : elle a donc soufflĂ© ses… 80 ans en ce dĂ©but d’annĂ©e. Occasion cĂ©lĂ©brative pour rĂ©Ă©diter les enregistrements marquants chez DG Deutsche Grammophon, dont certains sont ses meilleurs. On connaĂ®t tout l’excellente diseuse, servie par un souffle et un timbre cuivrĂ©, sensuel, souverain, en particulier dans la mort de Didon des Troyens de Berlioz (une sĂ©quence inoubliable que votre serviteur eut l’occasion d’applaudir). La mezzo soprano amĂ©ricaine nĂ©e Ă  Saint-Louis dans le Missouri est restĂ©e cĂ©lèbre pour avoir Ă©tĂ© la première black de l’histoire Ă  chanter le rĂ´le de VĂ©nus, au dĂ©but du Tannhäuser de Wagner Ă  Bayreuth (1961). L’apogĂ©e de sa carrière se situe dans les annĂ©es 1960 et 1970, s’imposant d’abord dans les grands rĂ´les dramatiques (Azucena, Eboli – chantĂ© au Palais Garnier de Paris dès 1960, Dalila ou Carmen…) puis s’affirmant tout autant dans les rĂ´les de sopranos lyriques (Lady Macbeth, Gioconda, Tosca et jusqu’à Turandot … en 1993 Ă  Covent Garden). La voix ample, puissante, finement timbrĂ©e est doublĂ©e d’un talent d’actrice remarquable, imposant sur scène une prĂ©sence hypnotique, digne d’une Callas. C’est qu’aux cĂ´tĂ©s de ses possibilitĂ©s vocales exceptionnelles, la diva est aussi une interprète qui se souci du texte.

Jahrhundertsänger» Fischer-Dieskau gestorben

bumbry Grace Bumbry Birthday January 4 Lady MacbethS’il n’était qu’un seul cd de cette compilation très nĂ©cessaire pour tous ceux qui lyricophile, apprĂ©cient les beaux timbres et l’élĂ©gance vocale comme l’intensitĂ© dramatique, Ă©coutez dans l’enchaĂ®nement des 18 airs, le cd6 : Airs de Verdi (son grand maĂ®tre) et Wagner, puis 6 lieder de Brahms… car outre ses performances comme mezzo ample et dramatique Ă  l’opĂ©ra, Grace Bumbry fut aussi une diseuse hors pair, nĂ©e pour le lied, calibrant son phĂ©nomĂ©nal mĂ©tal Ă  l’intimisme pudique et allusif du chambrisme germanique. Rayonnante et blessĂ©e pour Ulrica d’Un Ballo in maschera (ampleur hallucinĂ©e de la voix amoureuse qui Ă©claire ce fantastique Ă©lectrique prĂ©sent dans la partition), torrent impĂ©tueux mais si digne pour Eboli (Don Carlo), et grandeur dĂ©sabusĂ©e mais Ă©blouissante (malgrĂ© une prise lointaine) pour l’autre personnage de Don Carlo, la soprano Elisabeth : mĂŞme dans une tessiture plus aigu, la diva Ă©blouit par sa justesse expressive, son style, l’étendue de la tessiture. MĂŞme ivresse vocale, densitĂ© expressive, feu dramatique pour son Azucena du Trouvère, imprĂ©catrice de grande classe, – jamais prise Ă  dĂ©faut par les notes basses (« Stride la vampa »), coloriste funambule dans l’air qui suit : « Condotta ell’era in ceppi », d’autant que l’orchestre Berlinois (Radio Symphonie Orchester) saisit la finesse expressive de chaque sĂ©quence avec un sens du dĂ©tail passionnant (Janos Kulka en 1962 et 1965). NĂ©e en 1937, Grace n’a que 25 et 28 ans ; sa maturitĂ© est saisissante. MĂŞme maĂ®trise absolue en 1965 pour sa Lady Macbeth (elle chante alors le rĂ´le Ă  Salzbourg) : un rĂ´le qui comme pour Callas (au studio) a permis de dĂ©montrer les Ă©tonnantes capacitĂ©s aigus, graves, dramatisme et articulation de la diva noire (quel abattage linguistique) : un volcan sidĂ©rant, par sa prĂ©sence, son sens de l’incarnation et aussi, une finesse d’intonation qui devrait servir de modèle aux nouvelles gĂ©nĂ©rations : les 3 sĂ©quences de sa Macbeth, gouffre shakespearien qui concentrent touts les folies humaines, – rĂ©citatif puis air en cabalette, enfin somnambulisme hallucinĂ© (« Una Macchia è qui tuttora »), – miroir lugubre d’une âme dĂ©truite par sa perversion, sont des musts. Des pĂ©pites anthologiques.

 

 

Tragédienne, amoureuse enivrée, diseuse allusive
GRACE BUMBRY, diva assoluta pour l’éternité

 

 

bumbry grace portrait classiquenews divaLa WagnĂ©rienne saisit tout autant par sa maĂ®trise de l’articulation, un sens inouĂŻ du texte… qui lui permet d’éblouir de la mĂŞme façon dans le lied, – format plus intimiste oĂą la pudeur et les blessures tues et secrètes affleurent dans la texture d’un chant suggestif, millimĂ©trĂ©, ciselĂ©, oĂą rayonne tel une matière incandescente, la texture surjective du texte : ses 4 Brahms sont des joyaux (1963); le disque montre l’éloquente profondeur d’une immense interprète, dĂ©jĂ  maĂ®tresse de ses possibilitĂ©s, avant ses 30 ans. Avec le recul, cet Ă©cart entre son soprano puissant mais clair – amoureuse enivrĂ©e-, et ses graves lugubres de tragĂ©dienne souveraine, suscite une juste admiration : la chanteuse est aussi une actrice nĂ©e qui prĂ©serve toujours l’intelligibilitĂ© du texte : chez Brahms donc, n’écoutez que l’Ôde Ă  Sapho (Sapphische Ode, opus 94/4) : le sens de la mesure, la couleur intĂ©rieur, le relief du texte, la sobriĂ©tĂ© et la subtilitĂ© de l’articulation sont sidĂ©rants (cd6, plage 14). Une grâce se dĂ©roule sans faille et d’une incroyable continuitĂ© ciselĂ©e dans le cd 7 qui regroupe ses lieder parmi les mieux aboutis et dĂ©jĂ  bouleversants (An die Musik de Schubert ; Liszt, Wolf et Richard Strauss dont le Sehnsucht demeure ineffaçable…), rĂ©citals de 1962 et 1964.

 

 

CLIC_macaron_2014En français (cocorico), la mezzo saisissante est tout autant bluffante : « Ô ma lyre immortelle » de Sapho de Gounod (chant d’une prêtresse qui a cotoyé les dieux et qui transmet sur terre sa fabuleuse intensité comme son esprit détaché prêt au renoncement), « Mon coeur s’ouvre à ta voix » (Samson et Dalila de Saint-Saëns), et aussi « Oui Dieu le veut » de La Pucelle d’Orléans de Tchaikovski (les 3 airs de 1962) sont inoubliables, comme sa Carmen pour Karajan (1967, ici au DVD) mémorable réalisation qui en impose vocalement comme scéniquement, alors pour Salzbourg, avec le José lui aussi anthologique de Jon Vickers. Notre compte rendu rend peu compte de l’apport inestimable d’une immense artiste : ces 8 cd sont incontournables pour tous ceux que la fusion subtilité et puissance intéresse, intrigue, subjugue. CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2017.

 

 

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CD. Grace Bumbry : The art of Grace Bumbry (1957 – 1967), 8 cd + 1 dvd, Deutsche Grammophon. CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2017.

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