CD événement, critique. TROIS FRERES DE L’ORAGE : Quatuors de Schulhoff et Haas, Thème et Variations de Krása – Quatuor Béla (1 cd Klarthe records)

haas schulhoff krasa quatuors theme et variations par le quatuor BELA critique cd annonce cd par classiquenews clic de classiquenews review cd critique cdCD événement, critique. TROIS FRERES DE L’ORAGE : Quatuors de Schulhoff et Haas, Thème et Variations de Krása – Quatuor Béla (1 cd Klarthe records). En rendant hommage au génie de 3 compositeurs juifs martyrisés par les nazis, les quatre instrumentistes du Quatuor Béla, plutôt inspirés, signent ici l’un de leurs meilleurs albums. L’auditeur saisi prendra bénéfice à écouter et réécouter les 3 pièces magistrales (en éloquence expressive comme en gravité hyperélégante) qui composent ce programme inédit. Saluons derechef le label Klarthe de soutenir une initiative courageuse et défricheuse qui nourrit encore le répertoire pour quatuor à cordes. Car il s’agit bien de 3 œuvres au fort pouvoir attractif. D’abord le titre : « Trois frères de l’orage »… On aura donc compris que les trois frères sont ici compositeurs, et que l’orage dont il est question, plonge au cœur de l’enfer terrestre, les camps de déportation et d’extermination nazis. Comme 3 lotus émergeant des eaux (troubles), jaillissent la matière et la texture somptueuse de 3 partitions des plus subtiles.

De Erwin Schulhoff – musicien précoce encouragé par Dvorak, c’est surtout l’Allegretto con moto qui saisit par son caractère de rêve halluciné, à la fois enchanté et aussi inquiet (« con malincolia grotesca) ; le grotesque presque grimaçant s’entend aussi dans la cadence alla slovacca de l’Allegro qui suit, et qui affirme la même capacité du compositeur (mort dans les camps en 1942), à caractériser dans la profondeur et la fausse insouciance. Ce double registre est magnifiquement exprimé par les quatre instrumentistes du Quatuor Béla. Il reste hallucinant au sens strict de penser à la richesse poétique de ce premier Quatuor à cordes de 1924 – donc écrit à 30 ans, à la fois enivré, éperdu, enchanté, d’une sourde inquiétude qui écarte tout décoratif et tout épanchement artificiel. L’idée de l’Andante pour conclusion ne laisse pas d’interroger sur le sens profond de cette partition en tout point captivante et idéalement défendue. La ligne précise, nerveuse, lumineuse comme la braise, électrise sa texture secrète et suractive. Belle révélation. Ce dernier morceau est un nocturne semé d’éclairs, de blessures, d’angoissantes aspérités, de tenaces questions : faudrait-il percevoir dans ces entrelacs harmoniques et mélodiques, à la fois désirants et intimes, intranquilles et comme en attente… , l’annonce des conditions abjectes de la mort de son auteur, décédé de tuberculose en déportation (à Weißenburg, Bavière) ?

HAAS pavelMêmes paysages et tableaux riches en climats contrastés, et souvent d’une souterraine inquiétude chez Pavel Haas, mort en 1944 (dans les chambres à gaz d’Auschwitz), dont témoigne la riche narrativité de son Quatuor n°2 de 1925. Haas fait partie des musiciens juifs du camp de Terezin dès 1941, rejoint par Krása en août 1942. Terezin est cette barbarie incarnée, tenue, exploitée par les nazis comme “camp modèle” où les artistes juifs assurent malgré leur détention et leur souffrance, une activité musicale débordante, d’un incomparable éclat : chacun y a tracé son chant du cygne, au bord du précipice. Mais 20 ans avant sa disparition, Haas éblouit déjà par la profondeur étincelante et scintillante de son écriture, entre impressionnisme et expressionnisme (syncopes quasi humaine de « Calèche, cocher, cheval » dont la course s’apparente à une foulée  infernale, dansante aux stridences … frénétiques). S’y concentre et s’y déploie une sensibilité active presque âpre, curieuse des phénomènes naturels (campagne, oiseaux, lune) et des grands bouleversements intimes (nuit de plaisir : « nuit sauvage », son ultime mouvement) : la franchise et la sincérité de l’écriture touchent directement ; d’autant que le Quatuor Béla trouve constamment le ton juste, l’intonation ciselée et intérieure (rêverie voluptueuse et mystérieuse de « La lune et moi »), mais aussi articulée, exprimant les vertiges et les espérances d’une partition à la fois éblouissante et profonde, sombre et incandescente. On reste constamment séduits, captivés par la riche pâte sonore, onctueuse, mordante des Béla, manifestement inspirés par l’écriture de Haas.

Le « Thème et Variations 1 à 6 » de Hans Krása de 1936 (composés à 37 ans) exprime une même maîtrise de la forme, enrichie par un goût aigu du timbre, de la vivacité rythmique (culture éloquente des ruptures, des articulations et des accents différenciés, renouvelés, en contrastes et surprise constante). La finesse du son des Béla, leur agilité funambule font merveille dans une partition très séduisante par le fini de sa forme, et le soin à varier les climats comme les effets expressifs. Pour autant, l’œuvre mêle hauteur onirique et sourde inquiétude quant à son sens et sa finitude : Krása la retrouva de mémoire à Terezin en 1944 où elle fut jouée ainsi l’année de son assassinat à Auschwitz. L’horreur qui sous-tend chaque accent dans chaque séquence, ajoute à l’expressionnisme glaçant de l’oeuvre, comme sublimée encore par l’articulation somptueuse et le surcroît de sincérité et d’humanité que savent lui apporter les quatre instrumentistes. Superbe réalisation pour un programme bouleversant. Evidemment le CLIC de CLASSIQUENEWS.

 

 

 

 

 

 

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CLIC D'OR macaron 200CD événement, critique. TROIS FRERES DE L’ORAGE : Quatuors de Schulhoff et Haas, Thème et Variations de Krása – Quatuor Béla (1 cd Klarthe records). CLIC de classiquenews d’avril 2019.

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