CD événement, annonce. In Excelsis Deo. Desmarest / Valls (2 sacd Alia Vox – Jordi Savall, 2016)

CD ALIA VOX critique annonce presentation review in exelcis deo jordi savall valls desmaret compte rendu critique review cd classiquenewsCD événement, annonce. In Excelsis Deo. Desmarest / Valls (2 sacd Alia Vox – Jordi Savall, 2016). Voici un disque éloquent, solennel qui replace avec quel sens de l’actualité brûlante (hasard heureux / malheureux du calendrier) la question de l’identité catalane (ici baroque). En exhumant la Missa Scala Aretina du catalan Francesc Valls (1671-1747), créée en pleine Guerre de succesison d’Espagne, à Barcelone en 1702, Jordi Savall et ses troupes catalanes sur instruments d’époque, souligne cette spécificité artistique, esthétique qui place Barcelone au début du XVIIIè au rang des capitales ferventes les plus démonstratives, mais aussi les mieux caractérisées. Un disque à l’indiscutable valeur artistique qui pose avec raison la question de la singularité culturelle catalane dans le contexte indépendantiste de cette fin 2017.
La Missa Scala Aretina (1702) révèle une connaissance approfondie des styles français, italien, germanique, ce à une époque située avant la résolution spectaculaire de la guerre de succession d’Espagne, survenue avec la chute de Barcelone, le 11 septembre 1714. Valls se rapproche ainsi d’un certain Biber, autre compositeur du XVIIè – mais qui précède Valls, habile dans le traitement des effectifs multiples sous la voûte (pour Biber, celle de la cathédrale ou Dom de Salzbourg), et en particulier de sa Messe Bruxellensis à 23 parties (dont 2 choeurs de 4 chanteurs distincts) que Jordi Savall a abordé dans un autre enregistrement. Ecrite pour 11 parties, la Missa Scala Aretina engage 3 choeurs (de 3, 4 et 4 solistes) plus 2 violons (doublés par les hautbois), 1 violoncelle, 2 orgues, 1 harpe and 2 trompettes (plus 1 violone et 1 trombone, ajouté selon l’usage avéré de l’époque).
Ce qui frappe immédiatement ici c’est la franchise du style, portée par une joie irrépressible et inexorable, riches en effets et contrastes, le développement d’un contrepoint complexe, aux architectures savantes, qui comprend des passages concertants d’une belle intériorité, ce malgré les cuivres (trompettes) au chant d’une solennité permanente. Se distinguent les sextuors du Qui tollis peccata mundi, les quatuors de l’Et incarnatus est où s’affirment a contrario chaleur et tendresse. Mais c’est essentiellement le parcours des dissonances si personnelles (début de l’Agnus Dei) qui caractérise l’écriture de Valls, dont la ferveur s’écarte d’une majesté uniquement superfétatoire : l’atténuation et la délicatesse intérieure que sait y déployer chef et musiciens, servent le dévoilement du génie catalan baroque, dans les dernières années du règne de Louis XIV.
CLIC_macaron_2014SAVALL-582-390-jordi-savall-l-orfeo-reeditionCouplée à la Messe à deux choeurs de Desmarets (Versailles, 1704) donc crée deux années plus tard, la Missa de Valls rend justice à une maturité musicale qui renforce de facto l’idée d’une spécificité catalane. Plus de 300 ans après sa création, la partition porte fièrement l’acuité stylistique d’un compositeur dont on peut plus gommer l’originalité. Il est passionnant de comparer les deux oeuvres et les climats distincts qu’elle permettent d’identifier : la sonorité ample, voluptueuse des accents choraux de Desmarest renseigne parfaitement cette couleur versaillaise propre au Grand Siècle, où domine la marque de l’orchestre lullyste, à la fois solennel, grandiose et aussi d’une tendresse spécifiquement française.

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CD CLIC de CLASSIQUENEWS de novembre 2017. Grande critique à venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com – enregistré à Versailles en juillet 2016. 2 SACD ALIA VOX

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