CD, critique. THOMAS ADES : Concerto pour piano / Totentanz (Adès – 1 cd DG Deutsche Grammophon)

ADES totentanz concerto piano critique review cd classiquenews thomas ades cd dg4837998CD, critique. THOMAS ADES : Concerto pour piano / Totentanz (Adès – 1 cd DG Deutsche Grammophon)Thomas Adès sait jouer avec la forme classique, et l’expressivité du langage tonal. The Tempest (d’après Shakespeare (2004), puis The Exterminating Angel (2016), sans omettre sa musique pour le film Colette (2018) ont confirmé sa capacité à caractériser et développer une situation dramatique. Dans cette gravure, Adès s’affirme et comme compositeur et comme chef d’orchestre. Les deux pièces enregistrées et jouées ont scellé entre autres partitions, la riche collaboration entre Adès et le BSO Boston Symphony Orchestra, amorcée dès la saison 2016 – 2017.

Le Concerto pour piano (2016) est la première œuvre commandée par l’Orchestre où l’auteur exige du pianiste qu’il sache maîtriser et le grand répertoire romantique et une esthétique plus contemporaine. En l’occurence, le soliste Kirill Gerstein y éclaire des filiations inédites avec Bartok : une construction efficace, parfois abrupte ; des vertiges fulgurants à la Gershwin (cadences), et pour nous ce questionnement de la forme (Sonate) et du sens de la musique qui semble exposer ; puis comme un prolongement en miroir, déduire une contrepartie harmoniquement inversée. Le développement et l’architecture des 3 mouvements sont condensés, presque fugaces. Le piano déroulant un chant fluide parfois bavard et qui lui aussi engage un nouveau rapport à l’orchestre. Le premier mouvement avance comme à reculons, réalisant comme à l’envers, un concerto de Gershwin. Le climat en est une ivresse tranquille et chantante où le piano très fusionné avec l’orchestre entonne une sérénade nocturne, heureuse… volontiers bravache. Le second mouvement plus sombre et grave prépare à la rêverie du piano qui semble se remémorer un état de tranquillité fragile. Le troisième mouvement déluré renoue avec le débridé éloquent du début. Jamais le piano n’affronte dans un rapport d’opposition, ou de dialogue avec « déclarations alternées », l’orchestre, lequel ciselé, danse avec le soliste, l’accompagne, comme une grande dame parfois exténuée, commente et souligne sa danse première, le replace à son questionnement originel. Tout passe et coule comme une onde légère, scherzando en à peine 21 mn.

 

 

Le flamboyant Macabre de Thomas Adès

 

 

Ades_Thomas_2013a_PC_BrianVoice_300_610_300_c1_center_center_0_-0_1Efficace voire fulgurant, la partition qui suit saisit par son équilibre et sa force expressive. Totentanz ou Danse de la mort, créé en juillet 2013, convoque 2 solistes, dans l’esprit du Chant de la Terre / Das lied von der Erde de Mahler. La partition met en musique plusieurs chansons à boire sur le thème de l’inévitable mort (figure tutélaire et récurrente ici, incarnée par le baryton), soit un texte anonyme datant du XVè siècle et retrouvé à Lübeck (avec la fresque de la danse macabre qui lui est associée). Les vers entament une sorte de catalogue de l’humanité, pointant chaque échelon de l’ordre social ; chaque individu, du pape au bébé, en passant par l’empereur, le cardinal, le roi, le chevalier, etc… chacun incarné par la mezzo soprano. Dédié à Witold Lutoslawski (1913-1994), la partition exprime la sidération et l’impuissance face à la faucheuse, ou la délivrance après une existence de peine et de douleur (soit le lot des paysans). Les14 sections se déroulent comme autant de memento mori, évocation de la fugacité de la condition terrestre et triomphe absolu, parfois cynique, de la vanité humaine. Le mouvement dramatique est préservé à chaque séquence qui vaut situation, quand devant chacun, la mort surgit et suscite diverses réactions. Quand Pape et Empereur paraissent blasés, le Roi est paniqué ; le paysan, fataliste, accepte son sort… Pour cette mosaïque humaine où les passions s’entrechoquent, Adès avoue avoir fusionner, surtout dans le dernier tableau avec l’Enfant, Mahler, Beethoven (celui de Fidelio), Brahms… l’esprit de la danse emporte tout et fournit l’élan perpétuel de cette transe de la mort, macabre et enivrée. Parmi les passages les plus réussis, distinguons entre autres la PLAGE 5 où paraît la mort : en une séquence électrique (flûtes et tambours) qui s’accomplit comme un rite, le somptueux baryton de Mark Stone, sur les cordes suraigues comme des scies tendues hurlantes et lancinantes, fait une figure envoûtante, entre imprécations et stances hallucinantes, c’est la mort souveraine et fascinante. On relève aussi la plage 13 où crépitements et saturation expriment la lutte déchainée des forces en présence (âpreté de la confrontation avec le marchand qui ne renonce pas ainsi facilement à ses propriétés)… Enfin, l’écoute reste sidérée par le superbe final à la très riche texture orchestrale elle aussi, qui mêle lugubre et transe, ivresse et expiration ultime : révélation noble, dans une ambiance mahlérienne de dévoilement et d’accomplissement (d’ailleurs Christianne Stotijn est une mahlérienne familière, participant récemment à la 2è Symphonie du cycle Mahler par l’Orchestre National de Lille). Baryton et mezzo charnel, les deux voix se mêlent ainsi dans une danse hypnotique et sensuelle, aux effluves lyriques, riches en exaucements des vœux, en résolution des tensions et des inquiétudes, sur le mot « Tanzen », énoncé comme la clé d’un passage, d’une dernière traversée ou d’un enlacement à jamais tournoyant sur lui-même. L’effet est purement théâtral, intensément dramatique ; d’une suprême efficacité.  L’économie formelle, sa justesse et sa fulgurance, son intensité, sa mesure, établissent un lien direct avec la danse macabre fresque de la Marienkirche de Lübeck dont la partition magistrale de Thomas Adès exprime le fantastique terrifiant et grandiose. L’auteur de Powder her face est bien l’un des auteurs majeurs de ce début du XXIè siècle. Sublime.

 

 

 

 

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CLIC D'OR macaron 200CD événement critique. THOMAS ADES : Concerto pour piano (Kirill Gerstein), Totentanz (Mark Stone et Christianne Stotijn). BSO Boston Symphony Orchestra, sous la direction du compositeur (1 cd DG Deutsche Grammophon, enregistrement réalisé à Boston, 2016 : Totentanz / 2019 : Concerto pour piano). CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2020.

 

 

 

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POWDER HER FACE à TOURS
Le plus réussi des opéras contemporains, créé en 1995 au Cheltenham Music festival. L’ascension et la décadence de la sulfureuse Margaret Campbell, Duchesse d’Argyll, dont les frasques scandalisèrent la société britannique des années 60.
L’Opéra de TOURS affiche l’opéra de Thomas Adès : Powder her face, événement lyrique du printemps, les 3, 5 et 7 avril 2020 – Avec Isabelle Cals dans le rôle de la Duchesse – direction : Rory Macdonald.
http://www.operadetours.fr/powder-her-face

 

 
 

 

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