CD, critique. SAINT-SAËNS : PROSERPINE (1887). Véronique Gens, Frédéric Antoun, Andrew Foster-Williams… Ulf Schirmer (2 cd Pal. Bru Zane, 2016)

Saint saens proserpine critique compte rendu sur classiquenews opera veronique gens frederic antoun edicionessingulareses1027CD, critique. SAINT-SAËNS : PROSERPINE (1887). Véronique Gens, Frédéric Antoun, Andrew Foster-Williams… Ulf Schirmer, direction (2 cd ediciones singulares / Pal. Bru Zane, 2016). En couverture du livre cd, le corset de la courtisane Proserpine, et son prénom en lettres d’or, inspirant un drame tragique qui créé en 1887, sans trop de succès malgré l’estime que lui portait Saint-Saëns (qui le tenait pour son meilleur opéra, ou l’un de ses meilleurs), offre un rôle féminin d’une ampleur aussi accomplie que celle des héroïnes de Massenet. D’ailleurs, le style parfois ampoulé et souvent pompier du compositeur, se rapproche de l’auteur de Manon (1884) ou de Thaïs (autre pêcheresse repentie magnifique, créé en 1894)… voire la rare Esclarmonde (Opéra-Comique également, créé en 1889). Rêvant son héroïne comme Bizet avait conçu Carmen, Saint-Saëns souhaitait une voix large, puissante, dramatique, … à la Falcon. Mais la réalité fut plus sournoise et l’auteur dut faire avec les interprètes à sa disposition ; il sopranisa le rôle. D’emblée l’intonation et le style de Véronique Gens (au français impeccable qui affirme toujours la diseuse / cf ses récents albums de mélodies françaises romantiques, dont l’excellent “Néère”), son style altier voire aristocratique (elle n’a pas chanté toutes les héroïnes mythologiques de Gluck, ou presque, pour rien), la finesse de l’incarnation permettent de facto d’exprimer l’épaisseur du personnage : une courtisane vénérée comme Vénus, qui tombant amoureuse d’un jeune homme, Sabatino (excellent Frédéric Antoun, lui aussi d’une articulation et d’un style parfait comme naturel), intrigue et manipule en vraie harpie passionnée, ou tragédienne éprise, pour empêcher son prochain mariage avec l’angélique Angiola… mais face au retrait de celui qu’elle aime, – certainement effrayé par ce monstre amoureux, la femme mûre éconduite, se suicide dans une scène finale accumulant le kitsh le plus dramatique.
Saluons malgré les écarts pompiers de la partition de 1887, l’agilité expressive de l’orchestre, et surtout la tenue idéale des deux protagonistes, Proserpine et sa « proie », Sabatino.
Les deux chanteurs (francophones) restent continument crédibles, aussi engagés que fins, sans omettre l’intelligibilité, qualité de plus en plus rare sur la scène mais pourtant primordiale dans l’opéra romantique français. A leurs côtés, en complice noir, réalisant les agissements et la sale besogne décidée par la courtisane, le vif et très habité baryton Andrew Foster-Williams incarne le truculent et le méphistophélien dans le personnage vil et brut du brigand Squarocca : son air à boire, – dans la grande tradition des airs de taverne de l’opéra fantastique et faustéen (Les Contes d’Hoffmann, Faust, …) : « chanson des ivrognes / Vin qui rougit ma trogne… » (Acte III) affirme la démesure expressionniste d’un vrai grand rôle de caractère, une veine réaliste et pittoresque dans laquelle on attendrait certainement pas l’élégant et post classique Saint-Saëns.
Sans atteindre la cohérence dramatique ni le raffinement instrumental de Carmen – de la décennie antérieure (1875), aussi efficace et toute entière dédiée au portrait de femme de son héroïne principale, – comme Massenet lorsqu’il traite du genre féminin, cette Proserpine d’un Saint-Sëns quinquagénaire, se devait d’être ainsi dévoilée et fixée par le disque, devant sa crédibilité à la stature de la soprano française Véronique Gens qui, dans le rôle-titre, se sort de tous les défis du rôle. En ces temps de disette pour la culture, au moment où l’industrie du disque plonge et ne peut plus se permettre d’enregistrer des opéras – sinon en live, profitant de représentations scéniques, – avec ou sans décors-, saluons ce nouveau jalon de la collection désormais de référence, intitulée “Opéra français”. Heureuse exhumation.

________________________

CD, critique. SAINT-SAËNS : PROSERPINE (1887). Véronique Gens, Frédéric Antoun, Andrew Foster-Williams… Flemish Radio Choir, Münchner Rundfunkorchester. Ulf Schirmer, direction ( 2 cd ediciones singulares / Palazzetto Bru Zane, collection « Opéra français — French opera, enregistrement réalisé à Munich en octobre 2016). Note de classiquenews : ***, 3/5.

Comments are closed.