CD, compte rendu, critique. TELEMANN : Wassermusik / HAENDEL : Watermusic – Zefiro. Alfredo Bernardini, (1 cd ARCANA 2003)

zefiro teleman wassermusik critique cd review par classiquenewsCD, compte rendu, critique. TELEMANN : Wassermusik / HAENDEL : Watermusic – Zefiro. Alfredo Bernardini, (1 cd ARCANA 2003). RĂ©vĂ©lation subtile et totale que la Wassermusik, conçu pour le centenaire du Conseil de l’AmirautĂ© de Hambourg (avril 1723) dont Telemann est alors le directeur musical, invitĂ© Ă  livrer toutes les musiques officielles. Les 10 Ă©pisodes de la suite instrumentale sont un condensĂ© de thĂ©Ăątre d’une subtilitĂ© irrĂ©sistible sous la direction de Alfredo Bernardini qui sait Ă©lectriser avec un tact Ă©lĂ©gantissime et ce mordant suggestif qui manque Ă  tellement de nouveaux ensembles baroques sur instruments anciens, y compris en France, tout l’effectif rĂ©uni autour de lui (Orchestre Zefiro). La tendance aujourd’hui, 40 ans aprĂšs la « rĂ©volution baroqueuse » est de jouer techniquement d’excellente façon, 
 mais sans feu et sans esprit.

CLIC_macaron_2014OR ici, Ă  l’inverse (mais en 2003 : il y a donc prĂšs de 15 annĂ©es dĂ©jĂ ), le chef sait cultiver la suprĂȘme intelligence dramatique, une recherche d’une flexibilitĂ© savante de justesse expressive et de vitalitĂ© motorique qui confĂšre Ă  chaque danse, son relief flamboyant gorgĂ© d’une irrĂ©pressible ivresse sonore : l’ouverture vaut bien des levers de rideau Ă  l’opĂ©ra ; la Sarabande qui suit affirme une majestĂ© trĂ©pidante (flĂ»tes souveraines
 pour l’entrĂ©e de ThĂ©tis) ; la BourrĂ©e, frĂ©mit et rebondit comme un jeune cabri, nerveux et Ă©lastique (sagacitĂ© des bassons, soutenant les flĂ»tes lĂ  encore trĂšs exposĂ©es), cependant que la Loure cultive une retenue toute pudique et d’un rebond profond et presque grave, elle aussi toute en majestĂ© retenue (Neptune) ; ramĂ©lienne, sautillante, pleine de caractĂšre et de nostalgie la Gavotte (pour Amphitrite) ; d’une syncope, faussement contrainte et aux cordes pleines de sagacitĂ© et de panache, l’Harlequinade de Triton impose une nouvelle nuance tout aussi juste dans ce formidable thĂ©Ăątre instrumental : c’est peut-ĂȘtre lĂ  que le geste de l’ensemble Zefiro se montre des plus enjouĂ©s ; telle une tempĂȘte dont l’opĂ©ra français a fait alors sa spĂ©cialitĂ©, l’entrĂ©e de Eole / Aeolus, divinitĂ© des airs regorge de tempĂ©rament magistralement maĂźtrisĂ© : le nervositĂ© des cordes Ă©poustoufle (avec accents de guitare et de hautbois pĂ©pillants) : on voit bien que Telemann dĂ©borde de son prĂ©texte musical cĂ©lĂ©bratif vers une surenchĂšre dramatique qui revendique la lyre opĂ©ratique. Le Menuet, d’esprit lullyste, cite la grĂące française, avec cet abandon pastoral d’une infinie poĂ©sie. Les deux derniers Ă©pisodes, ont lĂ  encore la vitalitĂ© imaginative d’un Rameau : ainsi l’élan de la Gigue entraĂźne tout en ses rythmes et ascension phĂ©nomĂ©nal, enchaĂźnant sur Canarie, vĂ©ritable frĂ©nĂ©sie rustique, dans l’esprit d’une ronde de paysans, enfiĂ©vrĂ©e, Ă©perdue, d’une constante motrocitĂ© (coups et claques de sabots Ă  l’envi).
Tout autant Ă©lĂ©gant et subtilement caractĂ©risĂ©, le cycle du Watermusic de Handel, contemporain de Telemann. Il est pertinent d’enchasser la suite de Telemann entre les deux volets haendĂ©liens : le cycle telemanien de 1723, Ă©tant prĂ©cĂ©dĂ© par la Suite F HWV 348 (Londres, 1715), puis enchaĂźnĂ©e avec les cors de chasse de la Suite D HWV 349 (Londres, 1717), puis G HWV 350 (Londres 1736). La puissante versatilitĂ© des musiciens de l’orchestre Zefiro savent convaincre par leur Ă©lĂ©gance, leur fine caractĂ©risation,
 une imagination qui vaut largement le CLIC de CLASSIQUENEWS de l’étĂ© 2017. Il y a bien longtemps que nous n’avions pas Ă©tĂ© sĂ©duits par une telle audace, une vision sĂ»re, pleine d’entrain et de finesse, aux intentions justes et dramatiquement passionnantes. En cette annĂ©e Telemann 2017, Zefiro a la pertinence d’éclairer le cycle de la Wassermusic de Telemann, d’un jour nouveau : rĂ©vĂ©lation et jubilation, Telemann est bien un compositeur gĂ©nial, sachant ici condenser le meilleur de son contemporain Haendel, comme l’ivresse expĂ©rimentale et virtuose d’un Rameau. C’est dire. Eblouissant.

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telemann-vignette-ovale-portrait-telemann-2017CD, compte rendu, critique. TELEMANN : Wassermusik / HAENDEL : Watermusic – Zefiro. Alfredo Bernardini, direction (1 cd ARCANA – enregistrĂ© Ă  Londres en juin 2033) – CLIC de CLASSIQUENEWS de l’étĂ© 2017. LIRE aussi notre dossier TELEMANN 2017

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