CD, compte rendu critique. SCHUBERT : Sonates D 959 et D 960. Krystian Zimerman, piano.

Krystian ZimermanCD, compte rendu critique. SCHUBERT : Sonates D 959 et D 960. Krystian Zimerman, piano. On attendait beaucoup de ces deux Sonates de Schubert par le pianiste polonais nĂ© en 1956. Ce disque marque le retour au studio de l’interprète dont la sĂ©cheresse et la duretĂ© du toucher surprend cependant et fait rupture avec ses prĂ©cĂ©dents enregistrements. Le Chopinien semble avoir perdu tout le charme suggestif qui faisait l’intĂ©rĂŞt de ses gravures dĂ©diĂ©es Ă  Chopin, – lectures fondatrices de sa « lĂ©gende »… Le très beau portrait de couverture tendrait Ă  nous prĂ©senter l’artiste tel une icĂ´ne vĂ©nĂ©rable, pilier très sĂ»r et fiable du clavier actuel. HĂ©las l’écoute du prĂ©sent cd n’apporte pas cette gratification auditive et avouons notre grande dĂ©ception. Dans ce court rĂ©cital schubertien donc, enregistrĂ© au Japon en janvier 2016, la première Sonate (D959) est non seulement sans chair et sans vĂ©ritable vision architecturĂ©e, mais les contre-champs et l’intĂ©rioritĂ© souterraine si chantante… restent trop absents, voire Ă©dulcorĂ©s.
La D 960, certes plus sĂ©duisante musicalement, relève lĂ©gèrement le niveau. le pianiste sexagĂ©naire reste trop poli, trop respectueux face au massif miroitant, si poĂ©tique de l’âme schubertienne, cette sehnsucht qui reste dĂ©cidĂ©ment inatteignable pour le pianiste timorĂ©. Zimerman n’exprime aucune profondeur funèbre, de celle que ses confrères aiment Ă  se parer, car il est dit que les deux Sonates ont Ă©tĂ© composĂ©es dans la conscience de la mort, – Franz s’éteignant quelques semaines après leur finalisation. Or, Zimerman Ă  l’inverse les rĂ©inscrit dans la vitalitĂ©, la pulsion active, celle d’un homme encore très valide, capable de rejoindre Ă  pied, Eisenacht pour y fleurir la tombe de son modèle, Joseph Haydn, – preuve que Schubert fut fauchĂ© par un mal foudroyant, donc encore plein d’idĂ©es et de projets musicaux (l’hygiène Ă  Vienne devait ĂŞtre catastrophique). Schubert avait-il conscience de sa propre mort quand il composa la Sonate ? Nul ne le saura jamais… mais la profondeur et la justesse poĂ©tique qui s’en dĂ©gagent, l’inscrivent dans une pudeur grave, en rien artificielle. HĂ©las, en parlant d’un compositeur timide et pacifiste, le pianiste en fait une figure diluĂ©e, sans nerf, dont le relief et les nuances sont lissĂ©s au risque d’une attĂ©nuation dangereuse. Tout en reconnaissant et soulignant la pensĂ©e rĂ©volutionnaire des mouvements lents (surtout l’Andantino de la D 959), – d’une tristesse et d’une rĂ©signation totales, Zimerman n’atteint pas Ă  cette capitulation sereine, cette gravitĂ© tendre dont Schubert dĂ©tient le secret. La rĂ©itĂ©ration des thèmes, les reprises, le goĂ»t annoncĂ© des respirations… tout cela retombe Ă  plat. Il faut bien reconnaĂ®tre qu’ici, demeurent toujours aussi impĂ©riaux et plus fascinants Alfred Brendel et Mitsuko Uchida, sans omettre en France, l’excellent et plus rĂ©cent Philippe Cassard.
zimerman krystian piano schubert cd dg deutsche grammophon review cd crtiique par classiquenews 028947981909-CvrEn fin de notice, l’interprète parle d’un enregistrement réalisé en 32Bits (une première pour DG?), d’un clavier de sa fabrication qui préserve le volume chantant de chaque impact sur les cordes pour ne pas que son Schubert sonne comme du Prokofiev (- merci pour ce dernier !), dans la salle de Kashiwazaki dont l’auditorium offre une acoustique remarquable… on veut bien le croire, mais toutes ces déclarations esthétiques et conceptuelles demeurent promesses sur le papier, et lettres mortes à l’écoute de cet album plutôt fade.
Dans ce Schubert façon Zimerman, rien de nouveau. Il ne s’y passe pas grand chose. Le résultat est décevant.

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CD, compte rendu critique. SCHUBERT : Sonates D 959 et D 960. Krystian Zimerman, piano. EnregistrĂ© au Japon, janvier 2016 – 1 cd Deutsche Grammophon 00289 479 7588.

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