CD, compte rendu critique. SAINT-SAËNS : mélodies avec orchestre (Christoyannis, Beuron, M. Poschner, 1 cd Alpha, 2016)

saint saens melodies avec orchestre beuron christoyannis cd review critique cd classiquenewsCD, compte rendu critique. SAINT-SAËNS : mélodies avec orchestre (Christoyanis, Beuron, M. Poschner, 1 cd Alpha, 2016). En place des airs d’opéras, au sein des récitals bricolés – qui y « font souvent piteuse figure », Saint-Saëns prône plutôt les airs avec orchestre, mélodies symphoniques qui dans ce recueil jubilatoire rétablissent l’activité du compositeur et sa pleine réussite, avant les Duparc, Fauré, Chausson et autre Debussy ou Ravel de grand génie et sublime inspiration. Enregistré en 2016 à Lugano en Suisse, ce programme réjouissant laisse toute sa place à la ciselure du français prosodique, admirablement taillé et ciselé par un compositeur de génie, – malgré un orchestre ici assez routinier et un chef peu inspiré par la lyre poétique : plus dramatique et épais que vraiment caractérisé et irrisé. C’est que sur le plateau règnent deux diseurs absolus, ailleurs rompus à l’exigence lyrique et aussi pleins acteurs d’opéras. Aucun doute, le ténor Yann Beuron et l’excellent baryton Tassis Christoyannis éblouissent par leur sens du verbe, leur articulation souveraine – l’intelligibilité est préservée et se révèle exemplaire pour toute la classe des jeunes chanteurs d’aujourd’hui désireux de réussir leur français parlé, chanté, déclamé. Tout coule et se déroule avec une aisance vocale indiscutable, et aussi une intelligence des couleurs comme de l’effusion suggestive, d’une grande réussite. On passe d’un air de ténor à son suivant pour baryton avec une finesse d’intonation et une tension dans la concentration expressive qui force l’admiration. D’après Hugo (L’attente, Extase, Le pas d’armes du roi Jean, …), d’après Aguétant ou Banville (Les fées, Aimons-nous), et même sur les propres vers de Saint-Saëns (unique pièce ici Les Cloches de la mer), l’ensemble s’offre comme un bouquet de senteurs rares, au charme qui opère selon la subtilité savamment préservée.

 

 

 

Quand Saint-Saëns rêvait de lieder français symphoniques…
Essor de la prosodie romantique française… avec orchestre

 

 

La délicatesse des images poétiques comme musicales pourraient basculer dans le kitsch et la minauderie : rien de tel grâce au jeu filigrané des deux chanteurs, à la mâle rêverie, entre volupté et vive narration. Les deux voix s’accordent idéalement aux atmosphères orchestrales, fantastiques ou sombres, nuancées comme la palette et les effets scintillants d’un peintre paysagiste. Elles se prêtent distinctement à cette sensualité au parfum exotique, à ce lointain rêveur, langoureux / languissant dans La Splendeur vide, Au cimetière, La Brise (Mélodies persanes, opus 26) à l’orientalisme allusif et assumé.

 

Les mélodies coulent sous le plume de Saint-Saëns : depuis l’Enlèvement d’après Hugo, écrit en 1848 (à 13 ans), jusqu’à l’Attente de 1855…, surtout Aimons-nous (de Banville) de … 1919. Contre le germanisme (wagnérisme conquérant et croissant), contre les maladresses des étrangers à l’opéra dans l’écriture d’un français de moins en moins prosodique, Saint-Saëns milite, résiste, argumente les bienfaits d’une langue mélodique et orchestrale régénérée et grâsaint saens portrait classiquenewsce à lui, toujours vivace : ce recueil le montre totalement. Saint-Saëns employait lui-même le terme « lied avec orchestre », soucieux de renouer avec cet esprit fusionnel poésie / musique propre aux romantiques allemands (de Schumann à Wolf). On retrouvera dans ce programme d’inédits et de pièces méconnues, pourtant de jeunesse, une parfaite application de ces principes. Saint-Saëns réaffirme encore la prééminence de l’art français dans le contexte de la création de la Société nationale de musique (1871) : l’ars gallica supplantant tous les autres; mais grâce à sa finesse d’inspiration, jamais la vanité patriote ne s’autorise un excès de démonstratif clinquant (la leçon de Mozart, … ou plutôt de Rameau aura été assimilée). C’est que saint-sains en compositeur cultivé écarte toute musique publicitaire. Voici assurément un excellent disque à posséder, écouter et réécouter, emblématique de l’essor actuel de la mélodie romantique française.

 

 

 

___________

 

 

CLIC D'OR macaron 200CD, compte rendu critique. SAINT-SAËNS : mélodies avec orchestre (Christoyannis, Beuron, M. Poschner, 1 cd Alpha, 2016) – CLIC de CLASSIQUENEWS de février et mars 2017.

 

 

One thought on “CD, compte rendu critique. SAINT-SAËNS : mélodies avec orchestre (Christoyannis, Beuron, M. Poschner, 1 cd Alpha, 2016)

  1. Pingback: CD, compte rendu critique. Lully : Persée (version 1770). Le Concert Spirituel. H. Niquet, direction (2 cd Alpha) | Classique News