Cd, compte rendu critique. Jean-Charles Gandrille : Minimalist-Concerto, Concerto pour violon (2013). Qatar Philharmonic Orchestra. 1 cd Paraty.

gandille jean charles minimalist concerto 2012 concerto pour violon paraty cd review compte rendu critique cd classiquenews CLIC de classiquenews decembre 2015Cd, compte rendu critique. Jean-Charles Gandrille : Minimalist-Concerto, Concerto pour violon (2013). Qatar Philharmonic Orchestra. 1 cd Paraty. L’organiste (titulaire de l’orgue de Notre-Dame d’Auvers sur Oise), improvisateur et compositeur français Jean-charles Gandrille est le sujet (et l’acteur sur son clavier) de ce disque plein de (bonnes) surprises, dont l’Ă©lĂ©ment le plus imprĂ©vu reste la participation du Qatar Philharmonic Orchestra, Ɠuvrant comme interprĂšte de deux Ɠuvres concertantes ici “crĂ©Ă©es” au disque : Concerto pour violon (2011) et Minimalis-Concerto (2012). EnregistrĂ© Ă  l’OpĂ©ra de Doha (Qatar, sans prĂ©cision de la date dans le livret notice), l’enregistrement souligne la profonde sensibilitĂ© impressionniste du compositeur (aux affinitĂ©s ravĂ©liennes et debussystes avĂ©rĂ©es, confessĂ©es, assumĂ©es). Aux sources impressionnistes, le passionnĂ© d’orchestration et de texture symphonique, qui fut surtout l’Ă©lĂšve de l’excellent et regrettĂ© Jean-Louis Florentz, dĂ©vore trĂšs tĂŽt le traitĂ© de Charles Koechlin ; assimile les plus rĂ©cents, Messiaen et Dutilleux. C’est donc un auteur explicitement français dont les oeuvres ont Ă©tĂ© de facto crĂ©Ă©es au Qatar avec l’orchestre local (c’est le cas du Concerto pour violon crĂ©Ă© in loco en mars 2013). L’attrait de l’Ă©criture vient d’une combinaison trĂšs habile et personnelle d’un hĂ©donisme manifeste, propice Ă  la couleur qu’enrichit le souci du dĂ©veloppement et aussi d’une certaine narration qui oblige Ă  une action, ennemi de la tentation de la dilution. De toute Ă©vidence, voici l’un des tempĂ©raments les plus saisissants parmi les jeunes compositeurs français actuels.

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ProtĂ©iforme, presque monstrueux, s’impose Ă  nous le Minimalist-Concerto (composĂ© en 2012, crĂ©Ă© en 2013 Ă  Doha). Saluons tout d’abord l’Ă©criture trĂšs vive et ciselĂ©e du premier mouvement Jubilation, traits incisifs des cuivres comme des coups d’Ă©clair, auxquels rĂ©pondent sur le tapis des cordes suractives, le chant du piano et de l’orgue, instrument emblĂ©matique du compositeur organiste, nimbant peu Ă  peu la course de l’Ă©pisode vers un flamboiement superbement canalisĂ© en fin de “course”. Rien que par ce premier tableau, le Concerto n’a rien de minimaliste (tout au moins sur le plan de son orchestration). La vivacitĂ© rythmique lui confĂšre une allure trĂšs construite, comme la rĂ©pĂ©tition des motifs (aux cordes et au xylophone, principe pour le coup minimaliste), mais le compositeur sait faire scintiller comme autant d’Ă©clairs et d’accents incisifs, cuivres et percus.

Plus introspectif, dĂ©butant par le seul chant du piano, la berceuse (Luluby) en mĂ©moire Ă  mon grand pĂšre, exprime dans la pudeur et le repli, la rĂ©itĂ©ration de souvenir personnel, auquel rĂ©pond aprĂšs le piano, l’orgue tout aussi recueilli.

DĂ©butant par un motif intimiste rĂ©pĂ©titif -, le dernier mouvement devient mambo orchestral d’une ampleur flamboyante : toute la gĂ©nĂ©rositĂ© du compositeur s’y trouve concentrĂ©e, entre ivresse et transe Ă©perdue : crescendo irrĂ©pressible qui prĂ©pare en rĂ©alitĂ© au chant ultime de l’orgue, Ă©grainant en complicitĂ© avec le piano, une cantilĂšne elle aussi enivrĂ©e.

VoilĂ  un album qui souligne un vrai tempĂ©rament puissant, original, au lyrisme raffinĂ© (la construction se referme dans la troisiĂšme partie, citant les motifs des cordes et les percus et cuivres d’une noblesse infinie, du dĂ©but, au commencement de cet irrĂ©sistible maelstrom gorgĂ© de timbres et de couleurs que conclut un ultime jaillissement primitif. L’orchestre du Qatar, fondĂ© en 2007 par Lorin Maazel (aujourd’hui dĂ©cĂ©dĂ© en juillet 2014) relĂšve tous les dĂ©fis de cette partition exigeante dans ses tableaux particuliĂšrement contrastĂ©s.

gandille-jean-charles-gandille-cd-paraty-minimalist-concerto-concerto-pour-violon-classiquenews-review-compte-rendu-cd-CLIC-de-classiquenewsD’un tout autre climat, le Concerto pour violon rĂ©vĂšle un sens de la tension raffinĂ©e d’une introspection supĂ©rieure, magistralement canalisĂ©e Ă  la fois onirique et allusive d’abord, aux confins du suraigu. Saluons le jeu tout en finesse et renversements du soliste qui fait jaillir le scintillement Ă  rebours d’un Concerto passionnant de bout en bout. La premiĂšre partie (dĂ©rivant d’une premiĂšre composition de 2004) jusqu’Ă  l’interlude mĂ©dian (qui inscrit la suite dans un temporalitĂ© rĂ©solument dansante) est un Ă©pisode a contrario suspendu, lequel s’enfonce peu Ă  peu dans le mystĂšre et l’immatĂ©riel, Ă  la façon de Dutilleux (un hommage ?). Puis, en un basculement inverse, l’orchestre entonne une sĂ©quence totalement contraire (ajoutĂ©e comme son prolongement en 2012), d’une ivresse dĂ©bridĂ©e, dans l’esprit du final du Minimalist-Concerto, sur un rythme de Aka (polyrythmie propre aux danses des PygmĂ©s de Centre-Afrique). Ce qui forme un diptyque aux deux volets parfaitement opposĂ©s mais si complĂ©mentaires. Abstraction mystĂ©rieuse et presque inquiĂ©tante du I (“Par delĂ , vers l’azur”), puis vagissements orgasmiques / organiques, primitifs du II (“Danse Aka“) : tout l’imaginaire fabuleux de Jean-Charle Gandrille, laissant de cĂŽtĂ© ici son orgue fĂ©tiche, s’affirme comme un conteur flamboyant, disert, volubile, oĂč le raffinement d’une orchestration rĂ©jouissante est une fĂȘte des sens et de l’esprit. Car la construction et le dĂ©roulement dĂ©voilent aussi leurs effets saisissants. Il semble que l’auteur soit stimulĂ© quand il est circonscrit Ă  un cadre. Vertueuse inspiration de la contrainte. Une telle audace et un feu aussi gĂ©nĂ©reux doivent ĂȘtre demain Ă©tendus Ă  l’opĂ©ra. Reste Ă  trouver un sujet Ă  la mesure de ses visions. C’est tout le mal qu’on lui souhaite. A suivre.

CLIC_macaron_2014Cd, compte rendu critique. Jean-Charles Gandrille : Minimalist-Concerto (Rami Khalifé, piano. Jean Charles Gandrille, orgue. Alkis Baltas, direction), Concerto pour violon (soliste : Omar Chen Guey. Thomas Kalb, direction. 2013). Qatar Philharmonic Orchestra. 1 cd Paraty. 1h09mn. CLIC de CLASSIQUENEWS de décembre 2015

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