CD, compte rendu critique. ESA-PEKKA SALONEN conducts Stravinsky (7 cd SONY classical : 1988-1992)

sony classical salonen esa-pekka salonen conducts stravinsky 7cd sony classical announce review critique cd par classiquenewsCD, compte rendu critique. ESA-PEKKA SALONEN conducts Stravinsky (7 cd SONY classical : 1988-1992). Capable d’électiser ses orchestres (britanniques, londoniens) : prĂ©cisĂ©ment Philharmonia Orchestra et London Sinfonietta, le chef finlandais Esa-Pekka Salonen, alors trentenaire pour Sony classical signe des enregistrements superlatifs de L’Oiseau de feu, du Sacre, de Pulcinella
 la prĂ©cision horlogĂšre du rythmique Stravinsky enflamme la direction du jeune maestro dans un Ă©quilibre idĂ©al entre hĂ©donisme scintillant sonore, prĂ©cision technicienne, articulation et intelligence architecturale. Le coffret regroupant plusieurs gravures anthologiques, s’impose de lui-mĂȘme.

CD1; La vitalitĂ© de Petruchka (version 1947) paraĂźt comme rĂ©Ă©crite selon un schĂ©ma linĂ©aire presque dĂ©cortiquĂ© comme jamais ailleurs (London, octobre 1991), mais avec un sens de la flamboyance sonore et dĂ©taillĂ©e, vĂ©ritable orgie gavĂ©e de nuances et accents rythmiques d’une mise en place impeccable ; les ruptures de climats et de rythmes sont comme rafraĂźchis, rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s en une candeur hĂ©roĂŻque d’un sang irrĂ©sistible. Instrumentalement et rythmiquement, Salonen dĂ©taille tout, sans Ă©teindre l’élan vital du ballet, et la courbe nerveuse, fĂ©line de la danse. L’équilibre entre sensualitĂ© et analyse intellectuelle est trouvĂ©, idĂ©al. Un rĂ©gal.

 

 

Au tournant des annĂ©es 1980-1990, le Salonen trentenaire saisit par sa sensibilitĂ© instrumentale, sa science des couleurs, sa prĂ©cision rythmique, une vision claire, architecturĂ©e et sertie dans l’Ă©lĂ©gance

EPS : Salonen Ă  son meilleur

 

 

 

AprĂšs l’innocence et la juvĂ©nilitĂ© de Petrouchka, tuĂ©e dans l’Ɠuf, Salonen soigne les Ă©quilibres plus sereins et nostalgiques du ballet Orpheus, tout en dĂ©taillant lĂ  encore chaque accent instrumental avec une vivacitĂ© analytique et expressive de premier plan. L’acuitĂ© du trait dialogue avec un sens souverain de l’architecture et de la motricitĂ© rythmique. C’est Ă©loquent, subtil, agile, d’une Ă©lĂ©gance bondissante : le feu de la danse s’y dĂ©ploie sans entrave mais avec un style irrĂ©sistible (remarquable Philharmonia Orchestra, Londres dĂ©cembre 1992). MĂȘme s’il dĂ©nie toute narration objective, Stravinsky sait exploiter les ressources poĂ©tiques de l’orchestre avec un gĂ©nie des couleurs et de la matiĂšre atmosphĂ©rique : en peintre et poĂšte, Salonen lui emboĂźte le pas et semble comprendre tout, de chaque mesure, de chaque Ă©clat nuancĂ© dans chaque phrase. Le travail est exemplaire : abandon Ă  la fois nostalgique et ironique de l’équation hautbois / harpe ; dernier accord (avec trompette : d’une ineffable sĂ©rĂ©nitĂ© apollinienne). TrĂ©pidant, dĂ©taillĂ©, le chef sait conduire le tapis sonore jusqu’à la rĂ©vĂ©lation finale.

SALONEN-le-chef-esa-pekka-salonen-coffret-cd-review-critiqe-cd-par-classiquenews-582-390-sony-classical-salonen-esa-pekka-salonen-conducts-stravinsky-7cd-sony-classical-announce-review-critique-cd-par-classiquenewsCD2 ; L’Oiseau de feu, dans une gravure lĂ©gendaire de 1988, transpire de voluptĂ© miroitante, subtilement Ă©noncĂ©e oĂč la prĂ©cision du trait renforce la richesse suggestive, faisant de Stravinsky, alors nouveau compositeur pour les Ballets Russes, l’égal des Ravel et Debussy. Onirisme et pointillisme fusionnent. Mais aussi MystĂšre et Ă©nigme, en cela proche des lĂ©gendes et des apparitions fĂ©eriques, envoĂ»tantes et vĂ©nĂ©neuses (Le chĂąteau de Barbe-Bleu de Bartok n’est pas loin non plus)
 Le Philharmonia Orchestra Ă©poustoufle par sa ferveur souple, ondoyante, dĂ©roulant une soie enivrante d’un fini iridescent, totalement jubilatoire. Voici assurĂ©ment l’approche la plus aboutie sur le plan de l’hĂ©donisme et de l’enivrement sonore, d’autant qu’il s’agit de la version originale de 1910. Le rĂ©sultat est Ă  couper le souffle. Le prĂ©texte narratif qui enracine la matiĂšre musicale dans le dĂ©roulĂ© du conte, atteint pourtant la pure abstraction sonore, voluptĂ© et spasmes, fourmillant de dĂ©tails, respirations intersticielles, micronuances rousseliennes (annonçant en cela l’ivresse extatique et poĂ©tique du Sacre). Tout s’écoule en paysages et climats de plus en plus troubles et opaques, pourtant d’une rare transparence. C’est une vĂ©ritable poĂ©tique de la nuance scintillante, d’un chambrisme, Ă  la fois hyperactif, millimĂ©trĂ© et mĂ©tamorphique, d’une Ă©loquence secrĂšte et murmurĂ©e, – viscĂ©ralement allusive, que le chef finlandais Ă  son meilleur, nous offre en maĂźtre absolu de l’ivresse et du vertige orchestral (plage 19). Immense conteur, gĂ©ant de l’é/invocation, douĂ© d’une imagination supĂ©rieure, et d’un tempĂ©rament esthĂ©tique saisissant, Esa-Pekka Salonen Ă©gale sans sourciller ni tension les plus grands maestros : Boulez, Abbado, Karajan, dans cette gravure sublimĂ©e par la grĂące, qu’il faut absolument avoir Ă©coutĂ©.

 

 

 

Stravinsky portrait faceCD3; Ă©videmment Le Sacre prend valeur Ă©talon, indice d’un tempĂ©rament immensĂ©ment douĂ© pour l’ivresse et le dĂ©tail flamboyant. La nervositĂ© paĂŻenne, la surenchĂšre de timbres et d’alliances instrumentales sont gorgĂ©es de saine fĂ©linitĂ©, de juvĂ©nile trĂ©pidation ; testostĂ©ronĂ©e, la direction affirme et le tempĂ©rament Ă©lectrique et ciselĂ© de Salonen, comme la prĂ©cision et l’élĂ©gance des musiciens du Philharmonia Orchestra qui en octobre 1989, signe une lecture passionnante, engagĂ©e, fiĂ©vreuse et pointilliste comme peu. MĂȘme entrain frĂ©nĂ©tique et ciselure de la sonoritĂ© dans la Symphonie en 3 mouvements dont le premier mouvement synthĂ©tise les apports d’une approche autant millimĂ©trĂ©e qu’extatique. VoilĂ  assurĂ©ment l’un des meilleurs cd du coffret (avec L’Oiseau de feu de 1988).

 

 

CD4 ; le nĂ©o baroque Pulcinella Ă©tincelle par ce caractĂšre Ă  la fois mordant et nostalgique, nĂ© d’un souci de la nettetĂ© instrumentale et de la vivacitĂ© rythmique ; portĂ© aussi par la tendre tenue des voix britanniques requises (John Aler, Yvonne Kenny, et la basse chantante, toute en verve de John Tomlinson, Ă  l’impeccable intonation
). MĂȘme s’il s’est montrĂ© si dur avec Vivaldi (ses Concertos rĂ©pĂ©titif interchangeables), Stravinsky fait ici jaillir le feu trĂ©pidant des Napolitains les plus enjouĂ©s (Pergolesi en premier comme il est indiquĂ© dans le manuscrit originel, ici dans la version 1965), inspirĂ©s par la veine buffa. La prĂ©cision de chaque instant n’écarte jamais la vie, les justes respirations, une ferveur continue qui portent au sommet cette lecture d’une exceptionnelle intelligence expressive et poĂ©tique (London Sinfonietta, avril 1990).

CLIC_macaron_2014CD7; Oedipus Rex, nerf, fĂ©linitĂ© prĂ©cise et dramatique avec la complicitĂ© de l’excellent Vinson Cole dans le rĂŽle-titre, et le sobre Patrice ChĂ©reau (Stockholm, mai 1991). Dommage que le mezzo de Von Otter fait une Jocaste pas assez mordante et trouble (n’est pas Jessye Norman qui veut). Contraste Ă©loquent avec le luminisme souverain, Ă©clairant structurant les Ă©clairs mĂ©caniques et droits du trĂšs nĂ©oclassique ballet, Apollon musagĂšte (superbe mĂ©canique expressive, prĂ©cise, ciselĂ©e au scalpel
)

 

 

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CD, compte rendu critique. ESA-PEKKA SALONEN conducts Stravinsky (7 cd SONY classical : 1988-1992). CLIC de classiquenews de juillet 2017.

 

 

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