CD, compte rendu critique. Carlo Viscoli, contre-ténor. Arias for Nicolino (1 cd Arcana, 2015).

cd arias for nicolino carlo viscoli 17352457_1695302194102281_3431359531046810010_nCD, compte rendu critique. Carlo Viscoli, contre-ténor. Arias for Nicolino (1 cd Arcana, 2015). L’on ne connaîtra jamais le timbre exacte du castrat napolitain Nicolo Grimaldi dit « Nicolini » né en 1673 dans la cité parténopéenne, et décédé en 1732. Son chant rayonnant a marqué l’histoire de la opéra baroque italien, étant le créateur pour Haendel d’Amadigi et Rinaldo. Autant acteur que chanteur, le « divo » avait ouvert la voix à ses cadets, les Carlo Broschi (Farinelli), Gaetano Majorano (Caffarelli), ou Giovanni Carestini. Probablement proche du timbre historique et légendaire, à la fois métallique et large, le contre-ténor italien Carlo Vistoli surprend ici dans un récital où plus d’un se serait casser … la voix. Les airs et compositeurs ici abordés, retracent en réalité la carrière du Napolitain légendaire auquel le contre-ténor également né à Naples, apporte une flamme palpitante et maîtrisée.
Dès son « Cara sposa » de Rinaldo de Haendel, premier air d’un cycle réjouissant, le chanteur assure une intensité dramatique qui surclasse parfois quelques imprécisions en justesse et articulation. Vétilles… si l’on analyse l’intonation du chanteur, interprète à la fois éclatant, d’une fragilité expressive qui rétablit toute l’ivresse sensible du texte et de la séquence psychologique. D’autant que l’ensemble qui le porte, – nouvelle phalange instrumentale, « Talenti Vulcanici », dirigé par Stefano Demicheli, suit le soliste dans une incarnation jamais appuyée, qui est intelligemment graduée. L’acidité nuancée, le volume sonore aux harmonies riches promettent bientôt de belles prises de rôles sur scène.
Sur le plan purement instrumental, l’écoute se délecte tout autant des périodes musicales, – elles aussi finement négociées, – ouverture d’Arsace de Sarro, et surtout très belle ivresse suspendue de l’ouverture de Rinaldo (gigue percutante, enchantée, « libre »).

De plus en plus intense, d’une intériorité expressive hallucinée, le contre ténor affirme une belle tension dramatique dans l’exceptionnel air de Rinaldo : «  Cor ingrato », entre le désespoir et l’amertume la plus absolue. Jusqu’au bout du souffle, sur une ligne parfois improbable, le vocaliste sculpte sa ligne comme un funambule : vraie proie démunie, impuissante d’un amour qui dévaste ; c’est le point culminant du programme où le chanteur atteint une justesse émotionnelle captivante, sachant demeuré toujours dans le texte.

Très sûr, d’une fragilité proche de l’instabilité émotionnelle du texte, son Scarlatti éblouit par une incandescence âpre et ciselée très convaincante (premier air « Quando vedrai » / Il Cambise de 1719), vraie jubilation à l’écoute.

Révélation vocale

Timbre acidulé, expressif, chant nuancé et medium riche,
le jeune contre-ténor Carlo Vistoli captive

Même dans une séquence plus guerrière, qui exige abattage et virtuosité, le contre ténor sait confirmer sa maîtrise et sa caractérisation héroïque (2è air du même Alessandro Scarlatti : « Mi cinga la fama »).

vistoli carlo contre tenor portrait sur classiquenews arias for Nicolino castrat napolitain cd critique et annonce 280_0_4621231_151463Très idiomatiques de la Naples lyrique des années 1730 (dans les chantournements langoureux, suaves des cordes), les deux airs de Salustia (1732) de Pergolesi démontre l’art du legato, l’ampleur du medium chaleureux, sa richesse expressive aussi ; de toute évidence, le chanteur sait articuler et habiter son texte, c’est à dire l’éclairer d’une force émotionnelle juste, tout en exprimant aussi le caractère de la situation dramatique. Le premier (le plus long du programme avec « Cara sposa » de Haendel d’ouverture), « Al real piede ognora », impose un tempérament dramatique doublé d’une aisance à varier sa palette expressive. Parfois à la peine dans la tenue des vocalises et des mélismes en cascades (précision éprouvée, souffle court), son « Venti, turbini, prestate » (dernier extrait de Rinaldo de Haendel), le chanteur affiche une intensité juvénile très percutante et là encore, nuancée, capable d’une variété d’accents que peu de ses confrères, y compris les plus médiatisés, peuvent développer. C’est donc une révélation majeure, le dévoilement d’un jeune tempérament à fort potentiel. A suivre, en particulier dans une production intégrale où le jeu scénique de l’interprète se révélera. Ou pas.

CLIC_macaron_2014Seule réserve du présent album, le choix esthétique qui place la voix assez loin du micro, perdant le travail sur l’intonation et l’articulation ; mais surtout pourquoi avoir surligné la réverbération qui impose la résonance de l’église plutôt que la mâtité du théâtre ? Nonobstant ces petites remarques, le récital de Carlo Vistoli pour Arcana remporte haut la main notre CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril 2017. Le feu juvénile, le brillant expressif de la voix saisit immédiatement.

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CD, compte rendu critique. Carlo Viscoli, contre-ténor. Arias for Nicolino. Handel, Sarro, Pergolesi, A. Scarlatti — I Talenti Vulcani / Stefano Demicheli, direction (1 cd Arcana A 427, enregistrement réalisé en décembre 2015 à Naples). CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril 2017.

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