CD, compte rendu critique. Arcadi Volodos plays Brahms (1 CD SONY classical, 2015-16-17)

VOLODOS Arcadi Volodos joue plays BRAHMS 1 cd SOny classical compte rendu critique cd par classiquenewsCD, compte rendu critique. BRAHMS : PiĂšces, Intermezzi (Opus 76, 117, 118 – 1892-1893). Arcadi Volodos, piano (1 CD SONY classical, 2015-16-17). DĂšs les PiĂšces opus 76, l’intĂ©rioritĂ© et un rubato d’une grande fluiditĂ©, toujours orientĂ© vers l’introspection moins inquiĂšte qu’interrogative, captivent. Brahms aime les questionnements suspendus, sans rĂ©ponse : en cela la premiĂšre des PiĂšces opus 76, composĂ©es Ă  l’étĂ© 1892,  (Capriccio 1) est d’une liquiditĂ© sobre mais clairvoyante : entre pleine conscience et insouciance recherchĂ©e. Bavard, cette fois insouciant est le Capriccio 2 suivant ; en visions plus enchantĂ©es, versant vers l’enivrement de plus en plus Ă©thĂ©rĂ©, l’Intermezzo, notĂ© « grazioso » sĂ©duit tout autant. Signant l’un de ses programmes les mieux investis, le pianiste d’origine russe, Arcadi Volodos convainc par cet indicible Ă©coulement entre gravitĂ© et retenue, toujours au service d’une pudeur qui recherche le secret et la sĂ©rĂ©nitĂ© intĂ©rieure malgrĂ© ses propres contradictions et ses tentations intermittentes
 DouĂ© d’une envoĂ»tante facilitĂ© digitale, le pianiste sculpte en teintes jamais percussives ni puissamment charpentĂ©es – comme c’est le cas de ses confrĂšres russes, l’insaisissable et grande versatilitĂ© brahmsienne, cependant inscrite dans l’intelligibilitĂ© et l’articulation, une Ă©loquence sertie d’éclairs et d’attĂ©nuations intimes.

Arcadi Volodos Ă©coute l’intĂ©rioritĂ© brahmsienne
Il ouvre chaque porte d’une Ă©nigme profonde et tenue secrĂšte

Plus intĂ©rieurs encore, les 3 Intermezzi opus 117 (crĂ©Ă©s en 1893, Ă  l’époque de ses 60 ans) expriment au plus juste cette tragĂ©die intime et silencieuse, propre Ă  Brahms : ils sont tous notĂ©s « Andante », d’une Ă©lĂ©gance de ton, d’une retenue toute personnelle, vĂ©ritable architecture du murmure et des piani souverains : c’est Ă  dire, suspendus, mĂ©lancoliques ma non troppo, souples et caressants. La tendresse s’affirme aussi nettement dans ce basculement introspectif d’une absolue pudeur, laissant par intermittence, l’essor d’un chant plus serein. Le sommet de cette littĂ©rature qui revisite la sehnsucht schubertienne, demeure le joyau du triptyque : l’Intermezzo opus 117 n°2 en si bĂ©mol mineur, – tonalitĂ© de l’hypersensibilitĂ©, auquel le jeu trĂšs sobre, clair, retenu du pianiste, apporte cet abandon – lĂącher prise, souverain lui aussi, oĂč jaillit portĂ© par la recherche d’insouciance, un pur sentiment d’innocence.
Le grave, le sombre mĂȘme, le tendre et la pudeur se marient ici en une Ă©quation magistrale. Volodos lui applique avec ĂŽ combien de tact et de mesure, sa propre grille de recul et de distanciation : une opĂ©ration de dĂ©cantation vers le sublime et l’indicible, de la lumiĂšre vers l’invisible, comme si Ă  mesure que s’écoule le divin baume sonore, s’épaissit le mystĂšre qui nous Ă©treint. Le dernier Intermezzo semble nous dire la lassitude d’un Brahms au bout du bout et sa fameuse petite phrase : «  Je suis las, La vie hĂ©las, me pĂšse ! ». De fait, le dernier volet de cette trilogie pour piano, l’équivalent pianistique des 3 derniĂšres Symphonies de Mozart, – (elles aussi du destin), semble s’enraciner inĂ©luctablement dans l’amertume et la grisaille Ă  peine voilĂ©e, mais avec combien de retenue.

Plus acĂ©rĂ©es et vif argent, les PiĂšces opus 118 (6 KlavierstĂŒcke) crĂ©Ă©es en 1894, surenchĂ©rissent dans une palette expressive plus contrastĂ©es et plus passionnĂ©es dont la premiĂšre (notĂ©e Allegro appassionato) affirme une puissance Ă©motionnelle jamais tarie ; le murmure enchantĂ© de l’Andante qui suit saisit par son intensitĂ© souterraine permanente : le flux le plus rĂ©ussi – et qui rappelle l’infini introspectif de la Sonate pour piano; son irrĂ©pressible langueur passionnelle, inscrite dans les plis et replis d’une psychĂ© qui se rĂ©tracte et demeure inĂ©luctablement 
 secrĂšte : saluons la formidable digitalitĂ© allusive et d’une Ă©loquence qui soigne transitions et silences. Beau contraste avec la Ballade qui suit, son caractĂšre de marche victorieuse, un rien bravache qui n’écarte pas une activitĂ© psychique viscĂ©ralement inquiĂšte.

Les deux derniers Andante (Romance et Intermezzo), surtout l’ultime, flirte avec l’ombre et le silence, – en un chant murmurant, essentiel lĂ  encore, Ă  peine Ă©noncĂ© comme une esquisse dont la derniĂšre Ă©criture d’un Brahms de plus en plus essentiel, souligne la concentration synthĂ©tique, le dessin d’une Ă©pure. Liquides et magiciens, d’une fluiditĂ© aĂ©rienne, le jeu et le toucher du pianiste tirent une rĂ©vĂ©rence des plus filigranĂ©es, et comme Ă©nigmatique dans ses rĂ©sonances derniĂšres
 graves, contrastant avec le jaillissement d’une priĂšre plus ardente mais fugace et vite enfouie
 dans l’ombre Ă©paisse. De sorte que surgit dans l’espace du clavier seul, par l’activitĂ© des deux mains magiciennes, ce monde entre la vie et la mort, – cette « profondeur inexprimable » (selon les propres mots de Volodos), unique, impalpable et immatĂ©riel, propre Ă  l’imaginaire brahmsien, qui file entre les notes, idĂ©alement incarnĂ©es. Le rĂ©cital qui regroupe sur 3 annĂ©es, 2015, 2016 et 2017, les 3 cycles pianistiques, est l’un des mieux senti d’Arcadi Volodos. Compilation trĂšs convaincant.

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CD, compte rendu critique. VOLODOS PLAYS BRAHMS. Johannes BRAHMS (1833-1897) : PiĂšces, Intermezzi (Opus 76, 117, 118 – 1892-1893). Arcadi Volodos, piano (1 CD SONY classical, 2015-16-17).

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