CD, coffret. Compte rendu critique. RICHARD WAGNER : Der Ring des Nibelungen – 14 cd RCA / SONY Classical / 1981-1983)

wagner janowski der ring des nibelungen 14 cd coffret box review cd critique cd par classiquenews synthese et pertinence artistique classiquenewsCD, coffret. Compte rendu critique. RICHARD WAGNER : Der Ring des Nibelungen – 14 cd RCA / SONY Classical / 1981-1983). Et dire que certaines oreilles plus pincĂ©es que fines ont jetĂ© aux orties cette intĂ©grale WagnĂ©rienne (enregistrĂ©e de 1981 Ă  1983), au motif que le chef allait faire bien mieux trois dĂ©cennies aprĂšs avec un autre orchestre (de la Radio berlinoise). Pourtant la distribution dĂšs le dĂ©but des annĂ©es 1980, s’avĂšre passionnante bien supĂ©rieure Ă  ce qui se faisait alors Ă  Bayreuth et ailleurs. Quant la plupart des directeurs prĂ©fĂšrent les portes voix hurleurs pour « passer » la fosse (non enterrĂ©e comme Ă  Bayreuth selon le voeu de Wagner), Marek Janowski prĂ©fĂšre choisir ses chanteurs dans le sens d’un thĂ©Ăątre psychologique et intimiste, avec une balance chambriste, rĂ©Ă©clairant Ă©videmment les situations dramatiques. Dans le sillon d’un Karajan, le chef allemand d’origine polonaise s’accorde au dĂ©fi d’un Wagner humain, aussi psychologique que dramatique. Or l’on sait combien la manipulation et la perversitĂ© cynique sont Ă  l’Ɠuvre dans le Ring. C’est souligner en dĂ©finitive le bien fondĂ© de sa dĂ©marche.

 

 

Le RING de Janowski, un théùtre psychologique

 

D’autant que l’orchestre de la Staatskapelle de Dresde est d’une subtilitĂ© instrumentale riche autant en intentions dramatiques voire psychologiques, qui s’accorde idĂ©alement Ă  la maĂźtrise globale du chef l’un des grands WagnĂ©riens Ă  rĂ©habiliter d’urgence, d’autant plus incontournable que l’Ă©tĂ© 2017 le revoit Ă  Bayreuth dans un Ring musicalement impeccable, soignĂ©, raffinĂ© et dramatique (d’ailleurs France musique diffuse les 3 derniĂšres JournĂ©es de cette TĂ©tralogie 2017 Ă  suivre
 Lire notre prĂ©sentation de la TĂ©tralogie / Der Ring des Nibelungen Bayreuth 2017 par Marek Janowski).

Pourquoi réévaluer le RING de Janowski ?

 

norman jessye divaLes arguments les plus irrĂ©sistibles en sont Jessye Norman, Sieglinde de rĂȘve enivrĂ©e, amoureuse, lumineuse et d’une radicalitĂ© Ă©poustouflante, dans l’intention et l’articulation d’autant que face Ă  elle, les rĂ©pliques du Siegmund de Siegfried Jerusalem est plus que convaincant : lui aussi incarnĂ©, habitĂ© pour une trop brĂšve sĂ©quence de plĂ©nitude amoureuse, le seul Ă©pisode vĂ©ritablement heureux de toute la TĂ©tralogie. La lyre sentimentale enfin dĂ©barrassĂ©e de toute entrave se dĂ©ploie ici, mieux que dans Tristan und Isolde qui eux ne peuvent vivre leur union, sauf sous couvert de la nuit dissimulatrice. Les WĂ€lsungen, frĂšre et sƓur incestueux, s’accordent un court temps d’extase Ă©perdue (Acte I de La Walkyrie) ; malgrĂ© la noire jalousie de Hunding, l’époux brutal, diabolique de Sieglinde
 De cette union bĂ©nie allait naĂźtre le hĂ©ros Ă  venir : Siegfried.
MĂȘme engouement pour le Loge astucieux, fin, trouble, vĂ©ritable magicien de l’instant et enchanteur allusif, du tĂ©nor Peter Schreier (qui connaĂźt d’autant mieux le rĂŽle qu’il l’a aussi incarnĂ© pour Karajan au cd comme au dvd, c’est dire). Son Mime dans Siegfried saisit tout autant par la vĂ©ritĂ© et la finesse de sa caractĂ©risation. Schreier fut un acteur Ă  l’articulation fine et phrasĂ©e soit une maĂźtrise linguistique et dramatique exceptionnelle qui impose un modĂšle d’incarnation chez Wagner.
Tout aussi luxueux et d’une vĂ©ritĂ© dramatique parfaitement associĂ©e au chant calibrĂ© de la parure orchestrale, les noirs et malĂ©fiques, Kurt Moll (Hunding) et l’inoubliable basse Matti Salminen (Hagen), qui fait aussi un excellent et caverneux gĂ©ant Fafner (dans l’Or du Rhin / Reingold).

La Fricka d’Yvonne Minton est subtile et prĂ©cise d’une caractĂ©risation trĂšs juste : en elle s’affirment de plus en plus l’obligation de la loi, celle Ă©dictĂ©e par Wotan qui est le premier Ă  en souffrir contradictoirement. Norma Sharp fait l’oiseau de la forĂȘt le plus suggestif qui soit, merveille de beau chant complice et enchanteur. Sa sensualitĂ© active renforce l’onirisme de la geste de Siegfried qui se dĂ©ploie alors
. Rayonnante bravoure avant la faiblesse tragique qui s’avĂšrera auto destructrice pour le hĂ©ros courageux mais trop naĂŻf dans l’opĂ©ra suivant (le crĂ©puscule des dieux).
On voit bien que ce Ring fut trop vite Ă©cartĂ© : une Ă©coute attentive montre le souci de l’articulation dramatique, le sens de l’approfondissement psychique des caractĂšres, lesquels Ă©voluent considĂ©rablement d’une JournĂ©e Ă  l’autre ; Ă  tel point que, avant l’écriture cinĂ©matographique, l’orchestre semble varier les points de vue, d’actes en actes, privilĂ©giant l’analyse d’une situation selon le regard qu’en a, tel ou tel protagoniste. De cet Ă©cheveau de conceptions psychologiques, Janowski fait un drame collectif passionnant Ă  suivre. A rĂ©Ă©couter d’urgence. Ce Ring de Janowski est le premier cycle intĂ©gral conçu pour le disque et le studio, aprĂšs l’intĂ©grale lĂ©gendaire – premiĂšre stĂ©rĂ©o du Ring, par Sir Georg Solti pour Decca Ă  partir de 1958.

 

 

wagner_gotterdammerung_4cd_sony_opera_houseRĂ©vĂ©lation du Wagner symphoniste… Et pour mieux estimer encore l’apport du chef Janowski au Wagner symphoniste, lire notre prĂ©sentation du seul CrĂ©puscule des dieux, au moment de rĂ©Ă©dition en coffret seul (4 cd) par Sony (2013) :   » A notre avis, le symphoniste wagnĂ©rien n’a pas encore Ă©tĂ© suffisamment cĂ©lĂ©brĂ© dans une telle direction au souffle indiscutable. De ce point de vue le sommet du Ring, Le CrĂ©puscule des Dieux offre une vision orchestrale d’un fini irrĂ©sistible avec des Ă©clairs chambristes rĂ©ellement passionnants, une balance instrumentale certainement trĂšs proche du dispositif Bayreuth souhaitĂ© par Wagner. » / collection Sony opera house (4 cd The Sony Opera House).

 

 

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CLIC_macaron_2014CD, coffret. Compte rendu critique. RICHARD WAGNER : Der Ring des Nibelungen – 14 cd RCA red seal / SONY Classical 2013.

Theo Adam, Matti Salminen, Kurt Moll, Siegmund Nimsgern (basses)
Siegfried Jerusalem, René Kollo, Peter Schreier, Christian Vogel (ténors)
Jeannine Altmeyer, Jessye Norman, Norma Sharp, Lucia Popp, Cheryl Studer (sopranos), Yvonne Minton, Ortrun Wenkel (mezzo-sopranos)


MĂ€nner des Staatsopernchores Leipzig
Staatsopernchor Dresden
Staatskapelle Dresden
Marek Janowski, direction (enregistrement réalisé de 1981 à 1983)

 

 

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