CD. Coffret Claudio Abbado : The complete RCA and Sony album collection (39 cd Sony classical)

abbado claudio rca sony recordings sony classical cdCD. Coffret Claudio Abbado : The complete RCA and Sony album collection (39 cd Sony classical)  … RĂ©cemment dĂ©cĂ©dĂ© (le 20 janvier 2014) suite Ă  un long cancer qui l’aura dĂ©truit peu Ă  peu (depuis sa première hospitalisation en 2000), sans affecter sa puissante concentration musicale toujours si palpable en concert, Claudio Abbado – nĂ© en 1933-, mĂ©ritait Ă©videmment ce coffret Ă©ditĂ© par Sony qui rĂ©Ă©dite avec quelle pertinence plusieurs lectures maĂ®tresses avec les orchestres que le chef italien aura marquĂ©, façonnĂ©, «  rencontré » au sens le plus profondĂ©ment humain du terme… Son dernier nĂ©, l’orchestre du Festival de Lucerne fondĂ© en 2003, reste composĂ© par les plus grands instrumentistes des orchestres dĂ©jĂ  professionnels : chacun souhaite partager ce sens musical intègre, philosophe, gĂ©nĂ©reux que Abbado a su instaurer dans chacune de ses sessions de travail. A la diversitĂ© des enregistrements qui nous parviennent, s’ajoute indication mĂ©morielle qui en rappelle le poids Ă  l’époque de leur publication, la rĂ©Ă©dition des pochettes originelles ; elles rĂ©inscrivent ainsi Abbado dans son jus, dans son Ă©poque. Les 39 cd rĂ©Ă©ditĂ©s par Sony (qui puise donc abondamment dans son catalogue RCA) sont absolument incontournables tant l’art du maestro se rĂ©vèle dans toute son Ă©vidente Ă©lĂ©gance sertie de profondeur et de dramatise aigu, puissant, raffinĂ©. A cela s’ajoute un charisme plutĂ´t modeste et si humble, qui fait de Claudio Abbado, un chef courtois et peu demandeur, plutĂ´t soucieux de la qualitĂ© de l’échange et du partage, vers ses musiciens, vers les publics.

Ouvrier humaniste de la musique

 

abaddo claudio cd rca sony album colelction 38 cdLes lectures rĂ©unies dans le coffret RCA et SONY regroupent surtout les meilleures bandes de l’ère berlinoise quand de 1989 Ă  2002, Abbado succède Ă  Karajan Ă  la tĂŞte du Philharmonique de Berlin. Le geste recherche l’écoute, favorise la rĂ©ponse souple et fluide du collectif traitĂ© comme un ensemble chambriste d’instrumentistes Ă©gaux, des pairs rĂ©unis par le premier d’entre eux en une cohĂ©sion fraternelle. Avec Abbado, fini le carcan despotique du Karajan de la fin, tyrannique, obsessionnel, exclusif. Avare en paroles, y compris en rĂ©pĂ©tition, Abbado favorise l’immersion collective, le contact et l’épreuve avec la musique, le dĂ©passement de l’ensemble fondĂ© sur l’interaction multiple. Moins hĂ©doniste et marmorĂ©enne que celle sculptĂ©e par Karajan, la sonoritĂ© du Berliner version Abbado gagne en rondeur, en chaleur, en moelleux : plus habitĂ©e, plus incarnĂ©e, intĂ©rieure sans dĂ©monstration ni grandeur artificielle : Abbado aura rĂ©humanisĂ© en quelque sorte toute l’esthĂ©tique du Berliner. Rajeunissant l’orchestre grâce Ă  une sĂ©rie d’engagements nouveaux, Abbado dès 1991, rĂ©oriente la politique artistique de l’Orchestre ; inventant des cycles thĂ©matiques qui organise autour du noyau musical et du choix des partitions, des Ă©vĂ©nements complĂ©mentaires transdisciplinaires avec d’autres institutions berlinoises : expositions, confĂ©rences… Ainsi naissent des programmations thĂ©matiques autour de PromĂ©thĂ©e, Hölderlin. En plus de cette curiositĂ© Ă  360° qui rĂ©tablit la musique Ă  sa place première, – motrice, fĂ©dĂ©ratrice -, Abbado marque aussi l’interprĂ©tation en intĂ©grant les dernières recherches nĂ©es de la pratique historiquement informĂ©e sur instruments anciens, sans pourtant adopter l’instrumentarium concernĂ© selon les Ĺ“uvres choisies. De fait, ses lectures avec les Berliner gagnent aussi une nouvelle finesse, une articulation renforcĂ©e qui cisèle l’expressivitĂ© du geste et de la sonoritĂ© globale, qui allège le son, fluidifie la richesse de nouvelles dynamiques. EmblĂ©matique de sa curiositĂ© d’esprit, le cycle Schumann en 1994 qui produit ici d’inoubliables Scènes de Faust, absolu incontournable servies par une distribution irrĂ©sistible (dont Karita Mattila) …

Claudio AbbadoContenu du coffret. Les oeuvres enregistrĂ©es tĂ©moignent majoritairement de la politique artistique dĂ©veloppĂ©e par Abbado Ă  Berlin dans les annĂ©es 1990 quand il dirigeait le Berliner Philharmoniker. Ses choix de rĂ©pertoire: les fondamentaux classiques tels Mozart et Beethoven ; les romantiques mĂ©connus ou peu jouĂ©s (ou leurs Ĺ“uvres oubliĂ©es) : Schumann, Mendelsohn, Dvorak,  surtout Tchaikovski dont il dĂ©fend le gĂ©nie symphonique, rĂ©habilitant dĂ©sormais nettement le statut du faiseur de ballets Ă  l’Ă©gal des grands symphonistes du romantisme tardif.

Des annĂ©es berlinoises, voici donc Abbado dĂ©fricheur et classique alliant ancien et moderne : symphonies (Linz, Haffner, Paris…) et oeuvres concertantes de Mozart, avec l’accomplissement dans la lumière et la finesse grave de la Messe en ut (1990) dont la maĂ®trise du collectif (vocal et choral) associĂ©e au dramatisme orchestral lance un pont vers l’autre massif incontestable qui demeure la 9 ème de Beethoven (Salzbourg,  avril 1996) ; ici et lĂ ,  le plateau des chanteurs s’avère extrĂŞmement convaincant.

Le coffret Sony classical n’oublie ce qui reste comme deux grands accomplissements lyriques des annĂ©es 1990 avec le Berliner : le très mĂ©connu et pourtant dĂ©lirant Viaggio a Reims de Rossini de 1992,  suivi en 1993 par Boris Godounov somptueuse et somptuaire production particulièrement complète – c’est Ă  dire en 4 actes, comprenant l’acte III polonais.

CLIC_macaron_2014Mais le coffret apporte aussi un Ă©clairage plus ancien sur la direction prĂ© berlinoise d’Abbado lorsqu’il dirigeait Ă  la fin des annĂ©es 1970 le London symphony orchestra : Concerto n°3 de Rachmaninov avec le pianiste Lazar Bermann (1977), sans omettre de trĂ©pidantes et nerveuses Ouvertures des opĂ©ras de Rossini et de Verdi  (1978) … Autre immense apport ce dès les annĂ©es 1985-1988, les symphonies de Tchaikovsky avec le Symphonique de Chicago, d’un approfondissement lĂ  encore visionnaire qui apporte Ă  l’Ă©criture du compositeur russe, son Ă©coulement organique, sa prodigieuse couleur humaine : mises en regard avec les mĂŞmes symphonies rĂ©alisĂ©es près de 10 ans plus tard avec les Berliner Philharmoniker (Symphonies 1 et 5 prĂ©cisĂ©ment), les premières rĂ©alisations avec Chicago gagnent d’autant plus de profondeur.

Une mĂŞme comparaison peut ĂŞtre d’ailleurs rĂ©alisĂ©e chez Moussorgski (avec les mĂŞmes commentaires positifs) dont Abbado  extrait des fragments passionnants de l’opĂ©ra mĂ©connu mais Ă©blouissant La Khovantchina : rĂ©alisĂ©s Ă  Londres dès 1980, puis repris lors d’un cyclique thĂ©matique Ă  Berlin en 1995/1996.

 

abbado claudioLa boĂ®te miraculeuse recèle bien d’autres joyaux encore comme le live de l’OpĂ©ra de Vienne de mars 1984 pour un Simon Boccanegra de Verdi oĂą perce et captive la gravitĂ© sombre et tragique du drame (avec un plateau somptueux : Bruson,  Ricciarelli,  Raimondi …) ; le concert de la Saint-Sylvestre 1992 oĂą sous la conduite du maestro, les oeuvres concertantes de Richard Strauss dont Burlesque pour piano (avec la complicitĂ© de sa fidèle partenaire Martha Argerich) agrĂ©mentĂ©es du final du Chevalier Ă  la rose valent bien alors le rituel plus mĂ©diatisĂ© du Konzerthaus de Vienne ; enfin l’on ne saurait mettre Ă  l’écart non plus le très beau programme Luigi Nono et Gustave Mahler qui associe Il Canto sospeso du premier aux Kindertotenlieder du second, en un geste dĂ©chirant d’intense et humble vĂ©ritĂ© (cycle thĂ©matique enregistrĂ© Ă  Berlin en 1992)… superbe coffret composant un très bel hommage au regrettĂ© Claude Abbado.

Claudio Abbado : The complete RCA and Sony album collection (39 cd Sony classical)

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