CD. Bruckner : Symphonie n°4 (Pittsburgh Symphony Orchestra, Manfred Honeck, 2013)

bruckner manfred honeck symphonie 4CD. Bruckner : Symphonie n°4 (Pittsburgh Symphony Orchestra, Manfred Honeck, 2013). Lecture remarquable que celle du chef Manfred Honeck qui surclasse bien des approches que la comparaison fait paraître dures, contrastées voire schématiques. Le travail sur la transparence, le contrôle des dynamiques, servi par un sens architectural et hédoniste, en particulier dans le dernier mouvement, Finale, le plus long, où pour une fois, la lisibilité des pupitres ne signifie pas opposition schématique mais au contraire fusion des timbres, en une texture sonore à l’ampleur et la rondeur… wagnérienne. Le relief expressif, cette opulence qui sait aussi creuser l’onirisme chambriste, et la netteté des bois et des vents dans les séquences rêveuses, offre une synthèse, faisant de Bruckner, un symphoniste accompli d’une richesse d’intentions prodigieuses, le chaînon essentiel à l’orée de Schubert (pour les arrières plans véritablement murmurés et voilés comme des lointains traités en songe), Mahler et Wagner.

Bruckner solarisé

Directeur musical du Pittsburgh Symphony Orchestra (PSO) depuis 2008, le chef autrichien Manfred Honeck délivre ici une sensibilité saisissante, accordant toute l’attention à un Bruckner ciselé dans la… délicatesse et le raffinement. Moins le maestro en fait, plus son geste éclaircit, allège, approfondit une portée onirique que l’on avait finit par oublier chez le compositeur. Pas surprenant que le chef, généreux, amoureux même, et aussi doué d’une noblesse dramatique très séduisante, ait suffisamment convaincu ses instrumentistes pour être reconduit jusqu’en 2020 !

CLIC_macaron_2014Le co fondateur avec Claudio Ababdo de l’orchestre des jeunes Gustav Mahler signe une version articulée, claire, qui sait aussi parler le colossal. La gestion des cuivres reste d’une précision impeccable, parfaitement équilibrée, et le chant des bois, enchanteur. Certains reprocheront la sûreté trop hédoniste, un calme solennel et souverain, mais la vertu principale du chef Honeck, c’est sa rondeur dans la clarté, son dramatisme dans l’équilibre justement, la nostalgie irrésistible et la qualité des piani qui se dégagent par exemple de la dernière section du Finale. Le sens des respirations, l’approfondissement qui s’en dégage (élévation et introspection de l’Andante quasi allegretto) rejoint les meilleurs versions légendaires à juste titre, celles isolément de Giulini, Wand, Boehm. Dans l’énoncé filigrané du Finale, se précise peu à peu l’annonce d’une aurore et la promesse d’un monde nouveau, quand beaucoup de chefs ne soignent que le ronflant et le majestueux : Honeck rétablit la part fervente, spirituelle si oubliée, mais légitime … relevant d’un compositeur très croyant, épris d’absolu. Dès le début, la direction suit son chemin sans faillir ; elle s’impose traversée de visions parsifaliennes et la tension tient en haleine… superbe Bruckner, magnifié par la prise de son SACD (réalisé par l’Orchestre lui-même), et dans la version 1878 – 1880. L’enregistrement live intensifie l’admiration : de toute évidence pour atteindre à un tel équilibre chaleureux de la sonorité, chef et instrumentistes ont appris à cultiver l’art déterminant de la confiance, de l’écoute, de la complicité. Les concerts du Pittsburg Symphony Orchestra sont trop rare en France pour être manqués : ce cd vous permettra de préparer une leçon de haut symphonisme,  à vivre dans une salle de concert. Hélas pas de dates françaises à l’horizon des prochaines tournées de l’orchestre américain. CLIC de classiquenews en toute logique.

Anton Bruckner : Symphonie n°4, version 1878-1880. Pittsburgh Symphony Orchestra. Manfred Honeck, direction. Live enregistré à Pittsburgh en décembre 2013. 1 cd Pittsburgh live! SACD FR 713sacd, durée : 1h06mn. En vente sur le site du Pittsburgh Symphony Orchestra

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