CD. Bernard Haitink : The Symphony Edition. Beethoven, Brahms, Schumann, Bruckner, Tchaïkovski, Mahler (36 cd Decca)

haitink bernard the symphony edition decca 36cd symphony editionCD. Bernard Haitink : The Symphony Edition (36 cd Decca). Il aura 85 ans le 4 mars 2014. Pour fêter l’anniversaire du maestro, Decca réédite dans ce coffret commémoratif incontournable le meilleur de ses enregistrements symphoniques avec le Concertgebouw amstellodamois. De la même génération que Svetlanov ou Boulez, surtout Harnoncourt et Dohnanyi ou l’immense (et regretté) Carlos Kleiber, Bernard Haitink, né en 1929 à Amsterdam, a longtemps pâtit de sa discrétion et de sa réserve qui l’ont fait passer pour un tâcheron de seconde zone. Initié à la musique symphonique grâce aux concerts auxquels il assiste au Concertgebouw (il y applaudit les Mengelberg, Walter, Klemperer), il amorce dès 1954 son apprentissage à la direction avec Ferdinand Leitner ; en 1956, il remplace Giulini dans un concert Cherubini, et devient l’année suivante, directeur de l’Orchestre de la Radio néerlandaise. En 1959, Eduard von Beinum, successeur de Mengelberg au Concertgebouw, s’éteint brusquement : Haitink en pleine ascension fait figure de champion de la nouvelle génération, il est donc nommé premier chef en 1961. Eugen Jochum est alors nommé directeur musical offrant au jeune chef trentenaire son expérience très affûtée. C’est ainsi que toujours humble, Haitink acquiert peu à peu un métier, sa vraie connaissance des répertoires, surtout germaniques, en particulier le noyau : Beethoven (la source jamais abandonnée), puis Brahms et Bruckner, ce dernier le conduisant logiquement vers Mahler dont il reste après Bernstein, Solti, Kubelik et Boulez, l’un des plus intéressants interprètes. En 1963, Jochum se retire : Haitink prend les rênes du Concertgebouw… jusqu’en 1988, soit pendant 25 ans, marquant définitivement l’histoire du prestigieux orchestre néerlandais.

 

 

une haute conscience symphonique

 

CLIC D'OR macaron 200Le coffret édité par Decca, reprend les perles de la discographie de Haitink initialement éditée sous étiquette Philips. Avec le Royal Concertgebouw Orchestra, Bernard Haitink édifie une œuvre pour le studio qui saisit par sa cohérence et son sens de la continuité artistique : intégrale symphonique de Beethoven (9 symphonies, ouverture Egmont: enregistrements de 1985-1987)), Intégrale de même dédiée à Johannes Brahms (Symphonies 1-4 mais aussi Sérénades, Variations Haydn, Ouvertures tragiques et danses hongroises, de 1970 à 1980) ; les 9 symphonies de Bruckner (de 1963 à 1972); même cycle plus convaincant encore chez Schumann (Symphonies 1-4, ouvertures Manfred et Genoveva ; 1981-1984), surtout intégrale Gustav Mahler, enregistrée de 1962 à 1970, dont les opus 2, 6, 7, 8, 9 et 10 sont de toute évidence des accomplissements majeurs : intensité, puissance, mais aussi vision organique et sens de la gradation architecturée de mouvements en mouvements font une exceptionnelle lecture, mûre, personnelle, suractive et aussi hautement spirituelle). Son excursion chez Tchaïkvoski (Symphonies 1-6 avec entre autres la «  Symphonie «  non moins captivante Manfred) semble moins aboutie, mais le souffle est souvent de la partie (1963-1979).

 

 

haitink bernard maestro

 

 

Ici règnent les vertus d’un classicisme forcené depuis Beethoven et l’appel des gouffres et des aspirations mystiques, à l’échelle du cosmos chez Mahler. Pas de symphonistes français et c’est bien dommage quand on songe à son Pelléas fabuleux saisi sur le vif à Paris tardivement (à la tête du National de France), ou même d’incursion hors Allemagne, vers Sibelius ou Dvorak par exemple… La pensée symphonique et sa grande culture orchestrale s’imposent ici ; entre musique à programme, confession autobiographique ou éloge/essor de la musique pure, Bernard Haitink synthétise la flamboyante tradition symphonique néerlandaise depuis la seconde moitié du XXè. Sûreté du geste, intériorité de la lecture, et de plus en plus, transparence et lumière comme ses concerts les plus récents l’attestent : serviteur des compositeurs romantiques et postromantiques sur instruments modernes, Haitink n’aurait pas refusé de dégraisser encore et toujours la texture sonore de l’orchestre, grâce à l’apport des phalanges sur instruments d’époque, selon la pratique affûtée historiquement informée…
Ayant divorcé avec son orchestre en 1988 (non reconduit par le nouvel administrateur du Concertgebouw), Haitink se tourne surtout vers l’opéra (dirigeant le festival de Glyndebourne entre autres dès 1978). La distribution de la 9ème de Beethoven (décembre 1987) ou déjà, de la 8ème de Mahler (septembre 1971) montre le souci du chef symphoniste pour la voix et le chant. De toute évidence, voici la somme de l’héritage Haitink pour l’histoire du Concertgebouw d’Amsterdam. Une odyssée impressionnante autant que convaincante par la probité du geste qu’enrichit progressivement un recul et une mise à distance née avec l’acquis des années. Et s’il ne fallait écouter qu’une seule symphonie : reportez vous à la 8ème «  des Milles » malhérienne : la saga d’un souffle wagnérien régénéré, imaginée par Mahler d’après le Faust de Goethe y gagne justement cet élan et ce feu collectif, sans outrance, carrés et poétiques, profonds, intérieurs et puissamment architecturés qui sont l’insigne d’un très grand chef, hélas trop absent en France.

Bernard Haitink : The Symphony Edition. Les intégrales symphoniques : Beethoven, Brahms, Bruckner, Schumann, Tchaïkovski, Mahler. Royal Concertgebouw Orchestra, Bernard Haitink. 36 cd Decca 4786360. Coup de coeur de classiquenews en février 2014.

Beethoven:
Symphonies Nos. 1-9
Lucia Popp, Carolyn Watkinson, Peter Schreier, Robert Hall
Netherlands Radio Chorus
Egmont Overture, Op. 84

Brahms:
Symphonies Nos. 1-4

Tragic Overture, Op. 81
Academic Festival Overture, Op. 80
Variations on a theme by Haydn for orchestra, Op. 56a ‘St Anthony Variations’
Hungarian Dance No. 1 in G minor
Hungarian Dance No. 3 in F major
Hungarian Dance No. 10 in F major
Serenade No. 1 in D major, Op. 11
Serenade No. 2 in A Major, Op. 16

Bruckner:
Symphonies 1-9

Mahler:
Symphonies 1-9

Schumann:
Symphonies Nos. 1-4

Genoveva Overture
Manfred Overture, Op. 115

Tchaikovsky:
Symphonies Nos. 1-6
Capriccio italien, Op. 45
1812 Overture, Op. 49
Marche slave, Op. 31
Francesca da Rimini, Op. 32
The Storm Overture (Groza), Op.76
Romeo & Juliet – Fantasy Overture

Royal Concertgebouw Orchestra,
Bernard Haitink, direction

Comments are closed.