CD. Anfossi : La Finta Giardiniera, 1774. Werner Ehrhardt, 2011

CD. Anfossi : La Finta Giardiniera, 1774. Werner Ehrhardt, 2011      …       Il y a quelques annĂ©es pour rĂ©tablir le contexte de composition de Mozart et rĂ©vĂ©ler tout ce qui fait son gĂ©nie Ă  son Ă©poque, Ă©tait exhumĂ© le Don Giovanni de Gazzaniga : une partition antĂ©rieure Ă  Mozart, certes attachante qui n’a ni le souffle ni la vision architecturale prĂ©romantique de l’oeuvre mozartienne.

Pasquale Anfossi_finta_giardiniera_arte_del_mondo_gotz_rial_DHM_3cdEn novembre 2011, DHM enregistrait cette Finta Giardiniera de 1774 qui en pleine rĂ©volution Gluckiste Ă  Vienne, rĂ©alisait un triomphe europĂ©en jamais connu auparavant : de fait l’oeuvre rĂ©vĂ©lĂ©e signĂ©e Pasquale Anfossi (1727-1797) brille par son impertinence, sa lĂ©gèretĂ© expressive, ce tendre alliage de trĂ©pidation comique et de profondeur sentimentale ; car ici c’est Shakespeare (Le Songe d’une nuit d’Ă©tĂ© …) et aussi Marivaud qui se croisent dans ce chassĂ© croisĂ© des coeurs troublĂ©s : les identitĂ©s mĂŞlĂ©es se perdent dans un labyrinthe vĂ©gĂ©tal, ce bois oĂą toutes les raisons s’Ă©garent ; les couples se dĂ©font, se recomposent selon les humeurs et les lois impĂ©nĂ©trable du victorieux et capricieux Amour. Aucun doute, les oeuvres d’une telle qualitĂ©, alliant tumulte, vertige et profondeur sont effectivement rares. Il est donc lĂ©gitime de les ressusciter : Ă  DHM revient le mĂ©rite d’une telle production, d’autant que les intĂ©grales au disque sont de plus en plus rares.

 

 

Théâtre enflammĂ© et juvĂ©nile d’Anfossi …

 

Mozart a du connaĂ®tre cette partition finement troussĂ©e de son confrère Anfossi, nĂ© en Italie du nord et très rapidement formĂ© sur le modèle napolitain : rien de mieux pour maĂ®triser l’art ciselĂ© du comique lyrique. De fait, sa Finta Giardiniera respire la douceur tendre et volage des amants dĂ©lirants, dans un style très europĂ©en, riche en formules divertissantes et faciles mais toujours d’une rĂ©elle Ă©lĂ©gance. On imagine que le vertige des arias souvent Ă  vocalises, combinĂ© Ă  l’impĂ©tuositĂ© facĂ©tieuse et souvent juste d’un orchestre oĂą dominent l’agilitĂ© des cordes ait immĂ©diatement sĂ©duit les auditeurs et surtout le jeune Mozart qui sur le sillon ainsi inaugurĂ©, s’empresse de rendre et livrer sa propre version de La Finta Giardiniera (livret de Giuseppe Pietrosellini). Cette Ă©lĂ©gance Ă©clectique et europĂ©enne vient directement de ses deux maĂ®tres napolitains, europĂ©ens distinguĂ©s autant qu’adulĂ©s et sollicitĂ©s, Piccinni et Sacchini, les deux figures italiennes majeures Ă  Paris sous la règne de Louis XVI et Marie-Antoinette au dĂ©but des annĂ©es 1780.

 

 

Délices et trépidations sentimentales

 

Dans cet Anfossi, nous goĂ»tons les dĂ©lices d’un vocabulaire musical et lyrique d’une exquise suavitĂ© dramatique, piquante et tendre … autant de qualitĂ©s spĂ©cifiques que musiciens, chanteurs et chef s’ingĂ©nient Ă  servir ici de leur mieux. Aucun des rĂ´les ne dĂ©mĂ©rite, autant dans la langueur feinte, les serments sincères que le dĂ©lire hallucinĂ© parfois parodique mĂŞme (voyez le couple purement buffa des domestiques : Serpetta et Nardo ; Serpetta regarde Ă©videmment du cĂ´tĂ© de La Serva Padrona de pergolèse, regardant du cĂ´tĂ© de son patron le PodestĂ …).

Cette richesse de tons et d’accents est idĂ©alement dĂ©fendue et exprimĂ©e par la qualitĂ© collective des solistes et par le chef qui assurent un continuo et un soutien orchestral souvent très palpitant et nuancĂ©. Leur mĂ©rite vient d’une attention Ă  varier l’accompagnement, Ă©cartant la rĂ©pĂ©tition des formules comme l’ennui du système.
Les voix fraĂ®ches, ductiles, expressives sont des tempĂ©raments théâtraux, très finement incarnĂ©s par tous au point souvent d’Ă©blouir par une flexibilitĂ© dramatique plutĂ´t convaincante (piquante voire exquise Nuria Rial en Sandrina et Katja Stuber en Arminda, ou Nedro plein de fougue juvĂ©nile de l’Ă©patant jeune baryton Florian Götz au timbre idĂ©alement mozartien – pour lui demain les Guglielmo, Figaro voire Leporello ?- … entre autres).

Voici une perle lyrique qui n’a pas volĂ© son rayonnement au XVIIIè et l’on comprend pourquoi Mozart ait certainement puiser ici son inspiration gĂ©niale entre vocalitĂ  et jeu purement dramatique, dĂ©lire et poĂ©sie, pour sa propre conception du buffa. Superbe dĂ©couverte servie par une jeune troupe de chanteurs totalement irrĂ©sistible.

Pasquale Anfossi: la Finta Giardiniera, 1774. Mikenko Turk, Florian Gotz , Katja Stuber,  Krystian Adam, Nurial Rial, …  L’Arte del Mondo.  Werner Ehrhardt, direction. 3 cd DHM. Enregistrement rĂ©alisĂ© en novembre 2011.

 

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