CD, AMOUREUSE FLAMME : Massenet, Gounod, Berlioz, Saint-Saëns…Karine Deshayes (1 cd Klarthe)

deshayes-karine-une-amoureuse-flamme-opera-francais-critique-cd-classiquenews-orchestre-victoir-hugo-verdier-critique-opera-classiquenews-KLARTHE-recordsCD, AMOUREUSE FLAMME : Massenet, Gounod, Berlioz, Saint-Saëns… Karine Deshayes (1 cd Klarthe)  -   “Amoureuse flamme” ces mots empruntés à Marguerite vont comme un gant à notre mezzo nationale Karine Deshayes dont le velouté chaud, noble et articulé s’affirme ici avec l‘aplomb de diva souveraine. Et il en faut tant les héroïnes convoquées sont altières et passionnées : toutes amoureuses et racées. Cendrillon, Charlotte (Werther) de Massenet ; La reine de Saba et surtout Sapho (et sa lyre immortelle) de Gounod ; sans omettre Marguerite et son « ardente flamme » (La Damnation de Faust de Berlioz) la cantatrice publie ce programme réjouissant pour ne pas dire irrésistible chez KLARTHE records. La soie sombre et cuivrée de son timbre en fait aujourd’hui par son style racée et naturel, sa prosodie parfaite, son élocution, une interprète taillée comme un diamant pour le beau chant romantique français. Les moyens techniques sur toute la tessiture sont idéalement maîtrisés et la cantatrice peut interpréter et incarner toutes les facettes de passionnantes héroïnes, dont les plus captivantes du grand opéra français : de Charlotte à Marguerite, de Rachel à la Reine de Saba… Cette Reine de Saba qu’hier une précédente diva mémorable et diseuse hors pair, la soprano Régine Crespin, savait aussi embraser et illuminer de son intelligence.

Dans le cas de sa cadette Deshayes (qui reçut une masterclass de son aînée), la transmission a été réelle et bénéfique, tant à tessitures différentes, les deux divas partagent la même équité, la même rayonnante clarté et la finesse d’intonation. L’articulation du français, sa caractérisation spécifique, le souci du texte avant la pure virtuosité et la beauté sonore distinguent aujourd’hui le chant de la diva française.

D’autant qu’aux airs connus, Karine Deshayes sait aussi défricher des perles écartées, restituant à la lumière… des joyaux injustement oubliés… comme La Juive d’Halévy (Rachel) ou particulièrement l’air de blessure secrète de Catherine d’Aragon de l’opéra Henri VIII de Saint-Saëns. La noblesse des grandes amoureuses aristocratiques voire royales lui va comme un gant.
Plus facétieuse encore, Karine Deshayes aborde ici Carmen, ses paroles célébrissimes : « L’amour est enfant de Bohème, il ne connaît pas de loi », mais chantées sur un air alternatif qui souligne la fraîcheur et l’insolence de la jeune gitane, dans l’esprit inédit d’une chanson à boire…

Distinguons dans cette galerie enivrante voire vertigneuse quelques profils particulièrement convaincants : D’abord sa Cendrillon (Massenet) : la tension extrême, l’effroi parfois panique défende le texte en une narration vive et affûtée ; le mezzo qui doit avoir l’agilité coloratoura d’une Lakmé, exprime idéalement la détermination de Cendrillon, en femme forte. Belle justesse dans le chant et l’incarnation.
Puis sa Catherine d’Aragon (Henri VIII de Camille SainSaëns) pose l’épouse délaissée par son royal mari déjà envoûté par Anne Boleyn… C’est un air de nostalgie pour sa terre natale (l’Espagne), air de langueur macabre, où l’âme endolorie se laisse mourir, passive, en une mélodie sombre d’une douleur infinie, couleur de la dignité blessée : la diva fait surgir des couleurs fauves, celles d’une douleur interrogative, sans réponse.

Sa Chimène (Le Cid de Massenet) éclaire davantage les possibilités de la chanteuse tragique et noble, parfaite sœur du théâtre tragique classique de Racine ; le timbre sonne idéal pour ce dolorisme inquiet, intranquille, qui pleure son père. Semblable à Crespin, comme aux grandes divas qui ont marqué le chant français, Karine Deshayes subjugue par l’élégance du style, l’économie des moyens.

 

Diva romantique et tragique
Deshayes au sommet

 

 

Se déploie enfin sa Marguerite (Damnantion de Faust de Berlioz) dans laquelle la tessiture convient parfaitement au caractère du rôle : celui d’une amoureuse éperdue, pudique mais passionnée, saisie par une passion qui la dévore ; en réalité le double féminin de Berlioz, lui-même âme tourmentée capable de s’engager au delà de toute raison

Dans une déclamation digne et noble elle aussi et sereinement tragique, Sapho (Gounod) s’éclaire de l’intérieur, avant que la houle marine ne le recouvre de son linceuil… Gounod, spécialiste de l’amour fatal, maudit (avec Roméo et Juliette) imagine la poétesse inspirée qui fait vibrer sa harpe céleste comme Orphée, sa lyre enchanteresse. Noblesse, simplicité, couleur intérieure d’un cœur qui meurt et se répand (au son du doux hautbois) : tout dans la voix de Karine Deshayes resplendit telle une magnifique leçon de chant et de bon goût. Son dernier aigu comme une imprécation ultime, ressuscite la malédictions des grandes sorcières de l’opéra baroque.

D’une activité intérieure irrépressible, proche de Puccini, la Charlotte du Werther de Massenet fait entendre des couleurs bouleversantes ; grand rôle pour grande interprète. C’est peut-être là dans cette ligne cuivrée, souple, ondoyante, cette couleur naturellement élégante, une résurgence du style de Régine Crespin dont La Deshayes perpétue le chien comme la beauté sombre, mais avec un sens du texte … moindre (c’est là son seul défaut, bien infime).
Deux airs de Charlotte qui montrent aussi quel fin psychologue Massenet demeure à l’opéra ; plus profond et juste que décoratif et pompeux. Là encore, la voix de la mezzo française subjugue totalement : sa soie souple et caressante, capable d’harmonies sombres touche au cœur.

Pour Halévy, Rachel  est une fille loyale : son air du II souligne la tendresse indéfectible de la fille obéissante, capable d’accepter la sacrifice que lui impose son père ; c’est la candeur et l’angélisme le plus souriant, sacrifiés outrageusement et cyniquement par un père. macchiavélique… Les couleurs de l’effroi, de la panique intérieure (« il va venir », exprimée par les cors lointains) sont idéalement exprimées entre pudeur et sincérité par une cantatrice qui trouve les accents justes de la pure innocence.

Quel saut avec l’air angélique qui précède, mais ici c’est l’air alternatif, moins connu, léger de Carmen, rafraîchissant, moins langoureux, suave et voluptueux que chanson à boire : le caractère et l’expressivité emporte cet air inédit.

Enfin La Reine de Saba de Gounod convoque air de sagesse amoureuse (« résigne toi mon cœur, oublie… »), d’admiration qui ménage la tessiture dans le medium dans un esprit de noblesse enveloppante. Vraie mezzo dramatique, agile aussi, aux aigus charnus et ronds, Karine Deshayes signe ici l’un de ses meilleurs albums discographiques. La beauté opulente du timbre éblouit et éclaire de l’intérieur chaque air.

Seule réserve, d’importance, la tenue de l’orchestre. Dommage qu’aux milles nuances de la diva, le chef Jean-François Verdier ne réponde pas avec cette même élégance et ce sens du scintillement intérieur. La direction est linéaire et confrontée à tant d’intelligence vocale, sonne lisse et sans guère d’implication. La seule performance et justesse de la diva suscitent évidemment le CLIC de CLASSIQUENEWS.

 

 

 

 

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CLIC D'OR macaron 200Cd événement, critique. Une amoureuse flamme : Karine Deshayes, mezzo-soprano (Massenet, Gounod, Berlioz, Saint-Saëns… 1 cd KLARTHE records). Parution nov 2019. PLUS d’infos sur le site de klarthe records :
https: //klarthe.com/index.php/fr/enregistrements/une-amoureuse-flamme-detail
 

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Programme du cd «  Une amoureuse flamme »
Jules Massenet: Cendrillon, Acte III, « Enfin je suis ici… » Cendrillon
Camille Saint-Saëns: Henry VIII, Acte IV, « Ô cruel souvenir » Catherine d’Aragon
Jules Massenet: le Cid, Acte III, sc 1,;”>Hector Berlioz: La damnation de Faust, partie IV, sc 5, romance « d’Amour l’ardente flamme » Marguerite
Charles Gounod: Sapho, Acte III ” « Où suis je ?…Ô ma lyre immortelle “» Sapho
Jules Massenet: Werther, prélude
Jules Massenet: Werther, Acte III – Air des lettres : ” « Werther… Werther… Qui m’aurait dit la place… je vous écris de ma petite chambre »” Charlotte
Jules Massenet: Werther, Acte III, « Va, laisse couler mes larmes… » Charlotte
Fromental Halévy: La Juive, Acte II, « Il va venir et d’effroi… » Rachel
Georges Bizet: Carmen, ” « L’Amour est enfant de Bohême” » (Air alternatif) Carmen
Charles Gounod: La Reine de Saba, Acte III “« Me voilà seule enfin… Plus grand, dans son obscurité » “Balkis
Karine Deshayes, mezzo-soprano
Orchestre Victor Hugo – Jean-François Verdier, direction

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