AVIGNON. Dimanche 26 novembre 2017, 17h. CRR. Duo MAUILLON. Airs du premier baroque italien

avignon baroque en avignon musique baroque en avignon festival saison 2017 2018 coup de coeur de classiquenews 20664797_1482893888453523_2776363418729602027_nAVIGNON. Dimanche 26 novembre 2017, 17h. CRR. Duo MAUILLON. Airs du premier baroque italien. Seicento. Pien d’amoroso affetto
 Les duo composĂ© par un frĂšre et sa sƓur sont suffisamment rares pour ne pas manquer un concert qui les rĂ©unit, d’autant que Marc et AngĂ©lique Mauillon excellent dans le registre poĂ©tique, dramatique, langoureux


C’est une remarquable palette de chants amoureux que dĂ©clinera le quatriĂšme concert de la saison du festival Musique Baroque en Avignon, toujours soucieux d’accorder programmes musicaux et lieux investis. GrĂące au duo AngĂ©lique et Marc Mauillon, la sƓur et le frĂšre, le chant de la harpe et la tessiture de baryton lĂ©ger, offre une traversĂ©e passionnante aux premiĂšres heures de l’écriture monodique en Italie, quand Caccini, Peri et d’autres Florentins, pensant ressusciter le chant de la GrĂšce Antique, rĂ©inventaient le langage lyrique.
Les territoires explorés se déploient et se précisent entre le XVIe et le XVIIe siÚcles, soit dans cette passionnante période de transition entre la fin de la Renaissance et
l’épanouissement du premier baroque (Seicento). La voix soliste, expression des sentiments, est alors accompagnĂ©e par les cordes pincĂ©es, luth ou thĂ©orbe notamment. Dans ce rĂ©cital Ă  deux voix, c’est la harpe d’AngĂ©lique Mauillon qui sculpte les sons enchantĂ©s, aĂ©riens et mordants, propres Ă  tisser l’étoffe des Ă©pisodes et des situations dramatiques. Dans un remarquable enregistrement intitulĂ© LI DUE ORFEI, les deux artistes complices avaient convaincu la RĂ©daction de classiquenews dans un programme trĂšs cohĂ©rent, restituant cette Ă©loquence primitive et franche oĂč les compositeurs Ă  Florence, fondateurs des premiers spectacles chantĂ©s, Caccini (essentiel, dont l’une des piĂšces sublimes donne le titre du programme) et Peri (plus sĂ©ducteur et « bavard »), dĂ©jĂ  citĂ©s, articulent, colorent, tempĂšrent ou exacerbent l’expressivitĂ© du texte, des poĂšmes amoureux, entre langueur, ivresse, tourments


mauillon marc et angelique duo caccini peri portrait crtique cd classiquenews Capture d’écran 2016-02-22 Ă  10.26.49AUX ORIGINES DE L’OPERA … Voici en quelques mots, l’art du chanteur, vĂ©ritable diseur, soucieux du verbe, du sens comme de la clartĂ© mĂ©lodique qui les porte, (extrait de la critique du cd par notre rĂ©dacteur Hugo Papst : «   Diseur enchantĂ© d’une saisissante flexibilitĂ© avec de surcroit un souffle souverain, le soliste dĂ©ploie un exceptionnel abattage, un goĂ»t de la langue dramatique qui s’impose en modĂšle absolu ; douĂ© d’aigus clairs et soutenus, le baryton saisit par sa diction prĂ©cise, vivante, naturelle.  Un legato qui semble infini et surtout pour chaque sĂ©quence, une intonation idĂ©ale. Chez Caccini, on salue la langueur d’Amarilli  (8), l’étonnante dĂ©clamation puissante et d’une mĂąle sensualitĂ© qui dans l’épisode suivant Tutto ‘l Di piangi  (9) Ă©gale la vocalita dĂ©clamĂ©e de l’Orfeo montĂ©verdien. C’est comme chez les cubistes, la parentĂ© qui rapproche ici des tempĂ©raments fraternels entre Jacopo Peri et Giulio Caccini semble parfois interchangeable comme s’il s’agissait de crĂ©ateurs provenant du mĂȘme atelier, – comme Picasso et Braque qui sans le concours de la correspondance seraient indiscernables. Ici mĂȘme identitĂ© des langages, mĂȘme absolue obsession du texte.
Mais la finesse de Marc Mauillon Ă©claire chacun d’une diffĂ©rence qu’il rend explicite ; le chanteur maĂźtrise absolument l’élĂ©gance aristocratique de l’articulation de chaque poĂšme mais avec un sens de l’expression palpitante qui rend tout cela extrĂȘmement vivant, avec un Ă©quilibre subtil et d’une rare intelligence entre expressivitĂ©, suggestivitĂ©, intelligibilitĂ© et sobre musicalitĂ©;  le charme de la  voix convainc sans les habituelles affĂšteries ou effets vocaux frĂ©quents chez tant de ses confrĂšres  (Odi Euterpe plage 10, sommet de son articulation vivante, ou le numĂ©ro 16 d’une verve prĂ©cise et naturelle sur une mĂ©lodie vraie tube de l’époque). Or Ă©videmment  le maniĂ©risme et le surjeu si frĂ©quents ailleurs sont totalement hors sujet
. » LIRE la critique complĂšte 

MARC MAUILLON, baryton enchanteurNĂ© en 1980, RĂ©vĂ©lation Artiste lyrique aux Victoires de la musique 2010, Ă  la fois baryton et tĂ©nor, le barytĂ©nor Marc Mauillon Ă©tend son charme vocal du baroque – son domaine de prĂ©dilection – au contemporain (Peter Eötvös), que ce soit en opĂ©ra, en opĂ©rette parfois, en rĂ©cital ou en petites formations. Il travaille avec William Christie, Jordi Savall,ou Douce MĂ©moire
 Sa soeur AngĂ©lique s’est spĂ©cialisĂ©e dans la harpe ancienne (mĂ©diĂ©vale, Renaissance ou baroque), partageant son art avec de nombreux ensembles, et elle enseigne au Conservatoire Ă  rayonnement rĂ©gional de Tours.

 

 

 

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AVIGNON
Festival Musiques en Avignon
Dimanche 26 novembre 2017 Ă  17h
Conservatoire Ă  Rayonnement RĂ©gional,
Auditorium Mozart

Pien d’amoroso affetto

MARC MAUILLON, baryton
ANGELIQUE MAUILLON, harpe

 

 

 

RESERVATIONS, INFORMATIONS

boutonreservationwww.musiquebaroqueenavignon.fr
ou auprĂšs de l’OpĂ©ra Grand Avignon : 04 90 14 26 00,
ou www.operagrandavignon.fr,
ou service de location place de l’Horloge à l’Espace Vaucluse
Tarifs : 20€/ 16€/ 8€/ 5€ (pass culture).

Programme :

CACCINI
Dolcissimo Sospiro

Amarilli mia bella

Mentre chefra doglie e pene
LUZZASCHI
Toccata
CACCINI
Movetevi a pietĂ 
PERI
Tu dormi
CACCINI
A quei sospiri ardenti

VedrĂČ il moi sol
PERI
Tra le donne
CACCINI
Tutto il di piango

Odi Euterpe
CACCINI
Torna deh torna
PICCININI
Aria di sarabanda
CACCINI
Perfidissimo volto

Non ha’l ciel
PERI
Tutto il di piango

Al fonte al prato
LUZZASCHI
Canzona
CACCINI
Pien d’amoroso’affetto
PERI
Un di soletto

 

 

 

 

 

MARC MAUILLON, baryton enchanteurENTRETIEN AVEC
 la baryton MARC MAUILLON. Chanter la premier baroque italien du XVIIù
  En France les diseurs sont rares. Peu de chanteurs au large ambitus vocal peuvent colorer, ciseler, nuancer, modeler la ligne et ses effets expressifs, dans l’agilitĂ©, et sans maniĂ©risme. Le barytĂ©nor Marc Mauillon sait cahnter le Baroque comme le contemporain, avec une verve dramatique qui lui permet de rĂ©ussir aussi bien le dĂ©lire comique que la langueur tragique. Pour classiquenews, Marc Mauillon rĂ©pond Ă  3 questions, s’agissant de son programme dĂ©fendu avec sa sƓur AngĂ©lique (Ă  la harpe), dĂ©diĂ© au premier bel canto italien, ce parler chanter / « recitar cantando » , propre au dĂ©but du XVIIĂš : Ă  Florence, Peri et surtout l’immense Caccini sculptent la puissance incantatoire du verbe, grĂące Ă  une langue musicale nouvelle qui met en avant l’articulation du texte : la voix libĂ©rĂ©e, sur le tapis de la basse continue, (nouvellement Ă©noncĂ©e) peut dĂ©sormais exprimer l’individualitĂ© naissante sur la scĂšne musicale. Les passions humaines, les tourments et les vertiges de la psychĂ© enfin  explorĂ©s, surgissent dĂšs lors. L’opĂ©ra pouvait alors paraĂźtre
 Dans notre entretien, Marc Mauillon souligne combien le chant du premier baroque s’intĂ©resse davantage au sens qu’à la virtuositĂ©.

 

 

 

 

 

 

 

Sur le plan vocal, quelle est la difficulté majeure pour aborder le choix des piÚces choisies ?

 

Nous nous sommes concentrĂ©s sur les recueils d’airs de Caccini et de Peri, respectivement les « Nuove Musiche » et  « Varie Musiche ». Vocalement, le challenge est Ă  la fois pour moi de rĂ©pondre avec aisance et confort aux exigences de virtuositĂ© surtout chez Caccini (ses « Nuove Musiche » sont vraiment conçues comme un traitĂ© de chant et il Ă©crit absolument toutes les diminutions telles qu’il les chantait), sans toutefois se laisser dĂ©passer par cette virtuositĂ© et lui donner le premier plan, ce qui n’est absolument pas le message vĂ©hiculĂ© par ces piĂšces.  Ce rĂ©pertoire, de part cette virtuositĂ© trĂšs particuliĂšre, questionne l’esthĂ©tique vocale en elle-mĂȘme car elle nĂ©cessite une voix trĂšs souple et on ne travaille pas ce genre d’agilitĂ© dans un rĂ©pertoire plus traditionnel.

 

 

 

 

 

 

De quelles esthĂ©tiques s’agit-il ? (naissance de l’opĂ©ra, et du style monodique, etc…)

 

C’est justement LA question Ă  se poser!! Evidemment nous ne pouvons avoir qu’une vision Ă  rebours depuis notre XXIĂšme siĂšcle. Je pense qu’il faut vraiment considĂ©rer cette musique comme un laboratoire expĂ©rimental sur l’expression des passions 
 Comment toucher l’ñme le plus efficacement et prĂ©cisĂ©ment possible ? C’est une immense rĂ©volution qui s’est opĂ©rĂ©e car on veut rendre la musique « parlante » et le fait mĂȘme de la considĂ©rer comme un langage bouleverse tout ce qui a Ă©tĂ© fait depuis le Moyen-Age oĂč la musique est une science. Si la musique parle d’elle-mĂȘme on peut donc se passer de texte et cela va permettre l’émergence de la musique instrumentale pure qui va pouvoir signifier quelque chose.

De plus le retour Ă  la monodie (une seule personne chante) et le nouveau style recitar cantando (rĂ©citĂ© en chantant) vont permettre de raconter des histoires beaucoup plus efficacement qu’auparavant. D’oĂč l’émergence du rĂ©citatif (qui fait avancer l’action) de cette nouvelle forme qu’est l’opĂ©ra.

On assiste Ă©galement avec Caccini et son traitĂ© des « Nuove Musiche », Ă  la naissance du concept du « Buon canto » qui deviendra le « Bel Canto » ; donc c’est toute l’esthĂ©tique vocale qui est Ă©galement en questionnement avec cette nouvelle musique.

 

 

 

 

 

Quelles sont les qualitĂ©s du duo harpe et voix ? Comment les deux sonoritĂ©s fusionnent-elles ; qu’apportent-elles aux airs sĂ©lectionnĂ©s ?

 

Ce duo c’est d’abord une logique par rapport Ă  ce rĂ©pertoire, car on sait qu’il a Ă©tĂ© composĂ© pour une voix seule accompagnĂ© le plus souvent par un instrument Ă  cordes pincĂ©es. La harpe est pour moi d’une grande aide car nous avons un grand registre commun et elle possĂšde des graves dĂ©veloppĂ©s qui apportent un soutient trĂšs confortable pour ma voix. L’intimitĂ© du son permet Ă©galement d’explorer des couleurs trĂšs subtiles.

Enfin ce rĂ©pertoire Ă©tait Ă  l’origine prĂ©vu pour ĂȘtre jouĂ© et chantĂ© par la mĂȘme personne car on sait que Peri comme Caccini Ă©taient instrumentistes Ă©galement. Etant frĂšre et soeur, nous faisons de la musique ensemble depuis 30 ans, ce qui nous permet de pouvoir fusionner complĂštement pour acquĂ©rir la libertĂ© et la fluiditĂ© qui font respirer cette musique.

 

 

 

© classiquenews.com

Propos recueillis en novembre 2017.

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