Compte-rendu critique, opéra. BORDEAUX, le 14 février 2018. Rabaud : Marouf, savetier du Caire. Leroy-Catalayud / J. Deschamps.

Compte-rendu critique, opéra. BORDEAUX, le 14 février 2018. Rabaud : Marouf, savetier du Caire. Leroy-Catalayud / J. Deschamps. On ne peut que saluer l’initiative qu’a eu l’Opéra de Bordeaux de redonner sa chance à Mârouf, Savetier du Caire, opéra-comique en cinq actes, composé par Henri Rabaud pendant la vague d’exotisme qui soufflait encore sur l’Europe au début du XXe siècle. La mise en scène signée par Jérôme Deschamps réjouit toujours autant que lors des premières représentations en 2013 à l’Opéra-Comique, où le spectacle sera repris en avril prochain.

 

 

 

Marouf féerique

 
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Les somptueux costumes, conçus par Vanessa Sannino, ainsi que la qualité du plateau vocal sont les premiers atouts dans cette histoire qui narre les aventures d’un marin fuyant sa femme maltraitante pour épouser une princesse et obtenir une caravane de richesses grâce à l’aide d’un génie : le livret est en effet tiré de l’ultime Conte des mille et une nuits. Hormis les décors plutôt froids imaginés par Olivia Fercioni, qui détonnent par rapport à la féerie ambiante avec leurs arrêtes anguleuses, tout émerveille ici, notamment la combinaison du chant et du jeu des protagonistes, mêlés aux chorégraphies exotiques interprétées par le Ballet de l’Opéra national de Bordeaux.
Référence dans le rôle-titre (il tenait déjà le rôle en 2013), on ne sait qu’admirer le plus chez Jean-Sébastien Bou, entre sa voix sonore et chaleureuse, ou bien son jeu investi, tour à tour léger ou profondément nostalgique. Il met ses plus belles qualités au service de son duo avec la superbe Vannina Santoni, Princesse Saamcheddine à la voix de velours et au regard de biche, qui se dévoile dans un jeu sensuel digne de Salomé…
Le reste du plateau vocal se distingue par des voix de caractère, dont l’articulation sert bien le texte français, tout en distillant des couleurs orientales. Comme il se doit pour son personnage de Sultan, la basse française Jean Teitgen domine nettement les ensembles par sa voix ample et puissante, au graves profonds, tandis que Franck Leguérinel tire son épingle du jeu par des accents toniques bien sentis et son parfait numéro de dindon de la farce. Enfin, Lionel Peintre (Ali) se distingue par son excellente prosodie, Aurelia Legay (Fattoumah) incarne à la perfection la « calamiteuse » glapissante du livret et le ténor italien Valerio Contaldo (Le Fellah) retient l’attention grâce à son timbre suave et percutant à la fois.
Le dernier bonheur de la soirée est dans la fosse, et le public bordelais salue avec enthousiasme les qualités du jeune chef français Marc Leroy-Calatayud, assistant (permanent) de Marc Minkowski, qui lui a cédé la baguette à partir de la troisième représentation. Sous sa battue, la fosse et le plateau sont parfaitement maintenus en place, ce qui permet aux artistes de déployer toutes les couleurs orientales de la magnifique partition de Rabaud… que l’on ne va pas se priver d’aller réentendre très prochainement à l’Opéra-Comique !

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Compte-rendu critique, opéra. Bordeaux, Grand-Théâtre, le 14 février 2018. Henri Rabaud : Marouf, savetier du Caire. Marc Leroy-Catalayud, direction. Jérôme Deschamps, mise en scène.

 

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