2016 : centenaire de Yehudi Menuhin

menuhin yehudi violon engagement review critique portrait classiquenews centenary centenaire 20162016 : centenaire Yehudi Menuhin. NĂ© en 1916 et dĂ©cĂ©dĂ© en 1999, le violoniste Yehudi Menuhin aurait eu 100 ans en 2016. De nombreuses parutions sont annoncĂ©es et le festival de GSTAAD, qu’il fondĂ© en 1957, cĂ©lèbre particulièrement le centenaire du musicien, dont la puretĂ© du son comme l’intĂ©gritĂ© humaine et l’engagement humaniste ont Ă©bloui le monde musical au XXème siècle. L’angĂ©lisme dĂ©chirant de l’innocence chez l’enfant prodige Ă  la virtuositĂ© Ă©tonnament prĂ©coce, puis les combats fraternels du citoyen du monde fondent ici une biographie en forme d’Ă©thique : la musique est d’abord un combat moral. Yehudi Menuhin comme Mitslav Rostropovitch incarne d’abord une conscience qui est exigence ; rien de marketing dans ses choix : tout converge vers l’Ă©tonnante cohĂ©rence de son legs et de son activitĂ© comme interprète. L’enfant formĂ© Ă  San Francisco, Ă©duquĂ© très tĂ´t Ă  l’Ă©cole de la grâce la plus exigeante, celle de Bach et de Mozart, affirme mieux que tout autre – ses contemporains Oistrakh ou Isaac Stern-, une souveraine musicalitĂ©, une intelligence naturelle, lumineuse, irrĂ©sistible. Ce dès ses premiers concerts et enregistrements. Dès 13 ans (en 1929), le jeune Menuhin, touchĂ© par le sublime incarnĂ©, joue sous la direction de Bruno Walter. C’est dire. Un phare dans un monde bientĂ´t condamnĂ© Ă  l’apocalypse. En 1927, il avait rencontrĂ© son maĂ®tre Ă  Paris, George Enescu.
Jeune gĂ©nie du violon, Menuhin multiplie les engagements au risque de perdre l’Ă©quilibre indispensable Ă  une bonne conscience musicale. En crise, l’adolescent de 18/19 ans, se retire pour rĂ©flĂ©chir et marquer une pause salvatrice. Il reprendra du service en 1938 auprès des AlliĂ©s, insufflant l’espĂ©rance auprès des jeunes soldats.
Le tĂ©moin de la seconde guerre et de la barbarie nazie sait après le conflit qui a dĂ©cimĂ© l’Europe, tendre la main, Ĺ“uvrer pour la rĂ©conciliation, la tolĂ©rance et l’espoir : tout ce que l’homme peut dĂ©fendre de grand, sublime, beau… Yehudi Menuhin est lĂ  pour le dĂ©fendre et le montrer, le cultiver, l’encourager sans limites. Un forcenĂ© de l’idĂ©al et de la beautĂ©. Ainsi Ă  New York, Menuhin sait “sauver” le dernier Bartok, en lui commandant l’une de ses dernières Ĺ“uvres, la sublime Sonate pour violon : un nouvel Ă©clair tranchant les tĂ©nèbres, inspirĂ© par un ange descendu sur terre pour sauver les hommes.
Soucieux de transmettre et de susciter les jeunes vocations, Yehudi Menuhin fonde l’Ă©cole Menuhin en Angleterre dès 1963, pĂ©pinière rĂ©servĂ©e aux jeunes violonistes ; puis en 1977, l’AcadĂ©mie de musique de Gstaad pour les jeunes musiciens sur instruments Ă  cordes. En 1993, la reine Elizabeth II l’anoblit.
yehudi-menuhin11Au parti des Justes, Yehudi qui (comme Bush, Serkin, Casals Ă  contrario de tant d’autres) n’a jamais pactisĂ© avec les hitlĂ©riens , sait encore secourir le chef Furtwängler, suspectĂ© d’ambivalence après la guerre… le message fraternel de Menuhin se veut universel. Outre son violon accrochĂ© au niveau des Ă©toiles et de la poĂ©sie pure (ce qu’a peint Chagall), Menuhin affiche pour l’Ă©ternitĂ©, un sourire indĂ©fectible, ce mĂŞme en dĂ©pit de la souffrance Ă  laquelle l’instrumentiste, toujours svelte et autodisciplinĂ©, a rĂ©servĂ© une Ă©coute particulière : souffrir avec l’autre, c’est ĂŞtre proche, ĂŞtre frère. Aimer l’autre, jouer. RĂ©enchanter le monde et inspirer les hommes. Notre Ă©poque oĂą règnent le zapping et l’absence de figures aussi charismatiques, la violence et les conflits de toute sorte, aurait bien besoin de tels piliers fraternels. Le message et le legs de Yehudi Menuhin conservent aujourd’hui toute leur actualitĂ©. Parcours admirable.

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