vendredi, décembre 9, 2022

Toulouse. Théâtre du Capitole. 24 juin 2011. Mozart (1756-1791). Cosi fan Tutte. Mise en scène : Pierre Constant. Fiordiligi, M. A.Henry ; Dorabella, Roxana Constantinescu… Attilio Cremonesi, directi

A ne pas rater
La superbe mise en scène, la toute dernière de Giorgo Strehler, avait été proposée à Toulouse en 2006 et nous pensions avoir vu un spectacle parfait n’attendant rien de bien nouveau dans un autre Cosi fan Tutte. C’était compter sans la puissance de l’aventure ordonnée par Pierre Constant et Jean-Claude Malgoire qui avait offert une Trilogie Da Ponte en quasi version de troupe avec les mêmes chanteurs dans les divers ouvrages. Au départ de Tourcoing cette production a largement voyagé et c’est ce Cosi Fan Tutte qui a clos la saison Toulousaine au Capitole.

Rendant grâce au piquant du livret de Da Ponte, au final d’une grande cruauté, et à la musique Mozartienne, qui défend les sentiments si humains des personnages avec une vocalité au sommet et une orchestration d’une grande subtilité, la magie a opéré tout du long.

Cosi, de feu et de braise

La mise en scène est d’une intelligence terrible qui ne fait aucune concession au joli ou au marivaudage tendre. La cruauté des relations hommes-femmes est montrée avec une fin d’acte I d’une violence assumée. Les personnages ne sont plus marionnettes entre les mains d’Alfonso mais soumis aux désirs du corps et de l’esprit qui luttent en vain. Pauvres âmes sensibles qui se brisent, mais luttent avec tant de charmes. Le théâtre est partout, simple et efficace dans des jeux d’acteurs très « naturels ». Pas de jolies manipulations dont on s’amuse ici mais des êtres de sang qui vont se briser en cherchant qui ils sont. Cette désidéalisation de l’Amour et de soi est toute entière dans la partition de Mozart, le théâtre est au diapason.

Les chanteurs sont de magnifiques acteurs
qui ont la beauté et la jeunesse des rôles. Vocalement tous sont magnifiques. Les exigences du rôle de Fiordiligi sont terrifiantes. Marie-Adeline Henry avec une aisance déconcertante assume tessiture (graves splendides), phrasés (sur un souffle immense), et vocalises (parfaitement en place). Le timbre est riche et la projection généreuse. Une artiste à suivre tant la beauté de l’artiste subjugue. Dorabella a des qualités similaires ajoutant un charme mutin et une passion incontrôlée au personnage si touchant. La beauté de la voix de Roxana Constantinescu, sombre et charnue, fait merveille ici. En Ferrando, Saimir Pirgu révèle la violence cachée du rôle grâce à une vaillance bien conduite. Les explosions de colères sont crédibles et la charme du chant de demi-teinte, sur un souffle aérien poétique dans Un’aura amorosa nous ravi mais plus encore l’ambivalence entre fureur et tendresse qui est magistralement rendue dans son récitatif et cavatine tradito, schernito. Le timbre est beau sur toute la tessiture sans être trop sucré. Ce ténor a une ampleur qui ainsi maîtrisée laisse deviner une belle carrière. Les moyens vocaux pour les trois autres rôles sont souvent secondaires face à leur dimension théâtrale, ici ce sont de vraies voix généreuses qui amplifient la fête du chant. Alex Esposito, dont Toulouse connaît le Figaro des Noces, est actuer agile et vif argent. La voix naturellement placée coule de source et l’humour en musique ainsi associées est une qualité rare. Ailish Tynan est une Despina de caractère avec une voix très présente y compris dans les ensembles. Don Alfonso trouve en Bruno Taddia un séducteur qui n’a pas dit son dernier mot tant vocalement (ah ce rôle enfin bien chanté par une voix jeune !) que scéniquement (quel redoutable acteur !). Ne rien céder sur le théâtre ni le chant est la gageure de cette production à la distribution renouvelée avec panache.

L’Orchestre aussi n’a rien de commun avec celui des origines, mais ne fait pas moins bien. L’Orchestre du Capitole poursuit avec bonheur son travail pour chercher une musicalité plus Mozartienne à l’aune des exigences baroques. Le résultat est magnifique. La direction d’Attilio Cremonesi, élève des plus grands chefs baroques a digéré les apports des premiers maîtres comme Harnoncourt, Malgoire et Jacob. Il a du premier la violence des rythmes et des nuances, le dramatisme des phrasés du second et l’opulence sonore du troisième, plus des qualités bien à lui. Il impulse un drame dès les premières notes de l’ouverture ne cédant au Buffo que ce qu’il faut pour garder une tension dramatique diablement efficace, faisant oublier la suite de numéros de la partition. En effet les récitatifs sont vivants et dramatisés assurant une belle solution de continuité à l’opéra. Les qualités instrumentales des bois font merveilles avec ce passage de phrases de l’un à l’autre comme un relais parfaitement souple. L’écoute fosse-scène a été facilitée par une position très haute de l’orchestre. Les cordes et tout particulièrement les violons ont acquis un mordant et une sonorité plus baroque. Les timbales aussi ont un rebondi plein de surprises. Et les cors du Per pieta de Fiordiligi !
Drame et douleur de la connaissance de l’amour et ses pièges intemporels pour cette soirée revigorante. L’amour fait mal en ses délices trompeurs, mais rien ne saurait nous y faire renoncer, hommes ou femmes ! Merci Mozart et Da Ponte, si jeunes ainsi honorés. Le Capitole finit sa saison en beauté.
La rentrée avec Tosca et Tugan Sokhiev sera une tout autre histoire d’amour !

Toulouse. Théâtre du Capitole. 24 juin 2011. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791). Cosi fan Tutte, ossia la scuola degli amanti. Opera buffa en deux actes sur un livret de Lorenzo Da Ponte. Mise en scène : Pierre Constant ; décors : Roberto Platé ; costumes : Jacques Schmidt et Emmanuel Peduzi ; lumières : Jacques Rouveyrollis. Fiordiligi : Marie Adeline Henry ; Dorabella : Roxana Constantinescu ; Guglielmo : Alex Esposito ; Ferrando : Saimir Pirgu ;Despina : Ailish Tynan ; Don Alfonso : Bruno Taddia. Orcehstre National du Capitole ; Cheors du Capitole, directions Lafonso Caiani. Direction musicale : Attilio Cremonesi.

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