LIVRE événement annonce. En un acte – Les actes de ballet de Jean-Philippe Rameau (Éditions Aedam Musicae).

rameau en un acte anacreon les actes de ballet 1745 1757 opera baroque francais editions aedam musicae annonce livre187LIVRE événement annonce. En un acte – Les actes de ballet de Jean-Philippe Rameau. Ouvrage collectif sous la direction de Raphaëlle Legrand, Rémy-Michel Trotier (Éditions Aedam Musicae). LABORATOIRE BAROQUE… le format court stimule la créativité du plus grand génie baroque français au XVIIIè : aux côtés de ses tragédie en musique, Rameau a développé toute sa vie, les ballets en un acte : plus qu’esquisse, écrin fougueux, audacieux, condensé d’invention musicales et d’idées dramatiques… Voici donc un état analytique de l’Å“uvre de Rameau “en un acte”, soit 11 ouvrages ici présentés, de 1745 à 1757, période de sa maturité, et qui dévoile l’une des facettes de son diamant poétique et musical (celui dont parle Francis Ponge, in Société du génie, 1961). En couverture, le salon en treillis d’Anacréon (1754 ; révisé en 1757 dans la Suite Les Surprises de l’Amour), pastorale héroïque d’un onirisme amoureux enivré, unique et singulier à son époque… où le vieux sage Anacréon finit par sceller le voeu qui unit Batyle à la charmante Clhoé.

Dans ces 11 ouvrages remarquablement commentés, se précise la fabrique poétique et musicale du grand Rameau. En témoignent, pourtant méconnus, le ballet en un acte Nélée et Mirthis, celui des Fêtes de Ramire ou encore la pastorale de Lisis et Délie … Les bijoux miniatures ne manquent pas ; mais ont passé inaperçus à côté des longues tragédies et des ballets composés de plusieurs entrées qui ont fait la renommée du musicien. Le travail des chercheurs a tenté ici d’identifier le catalogue, rétablir la chronologie des partitions, recomposer l’histoire des versions successives… Bien documentés au disque, Pigmalion, La Guirlande ou Zéphire sont toujours absents des salles, ; quels apports l’Anacréon de 1754, sur un livret de Louis de Cahusac, contenait-il vis à vis de celui écrit en 1757 avec Pierre-Joseph Bernard.
Contrairement aux idées reçues (et encore abondamment diffusées), Rameau inventeur musicien de génie, s’est soucié de la cohérence et du fini poétique de ses livrets. Ce sont moins ses poèmes choisis pour être mis en musique qui sont « médiocres » (jugement improbable au regard de l’indigence de notre époque) que l’esthétique poétique du XVIIIè qui devrait être alors reconsidérée. Ainsi Voltaire qui avait le projet d’un Samson avec Rameau, mais aussi Rousseau, Marmontel ou encore Collé qui coopèrent avec le génie musical de leur temps, livrant à la cour de Franc, les divertissements des saisons très privées du château de Fontainebleau.
Emblématiques d’une époque glorieuse pour le divertissement de cour en France, certains illustrent ainsi la quintessence du style Louis XV, comme La Naissance d’Osiris, Les Sibarites, la subtile pastorale de Daphnis et Églé…

En préalable à la première édition critique complète de leurs livrets, chaque opéra (acte de ballet) est analysé, à la lumière des contextes d’élaboration et des modalités de composition. Leur ancrage dans l’esthétique du milieu du XVIIIè, dans l’évolution sensible de la pratique théâtrale à l’époque de Rameau (machineries, chorégraphies, dispositif des décors, scènes et lieux de représentation…) est scrupuleusement documenté.
CLIC D'OR macaron 200Dans la partie III, celle dédiée aux approches formelles, l’analyse collective tend à redéfinir chaque acte de ballet comme autant de « miniatures » supportant une réévaluation en « macrostructures », c’est à dire des univers complets par eux-mêmes, où transpire partout « le soin extrême que Rameau mit à leur composition ». On est donc loin d’une contribution anecdotique : c’est tout un pan de l’œuvre de Rameau qui nous est enfin restituée. Grande critique à venir d’ici le 20 octobre 2019, dans notre magazine cd dvd livres sur CLASSIQUENEWS. CLIC de CLASSIQUENEWS de la rentrée 2019.

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LIVRE ̩v̩nement annonce. En un acte РLes actes de ballet de Jean-Philippe Rameau
Ouvrage collectif sous la direction de Raphaëlle Legrand, Rémy-Michel Trotier
Date de parution : Septembre 2019 Р(AEM-187 Р̩ditions AEDAM MUSICAE).
Études réunies et présentées par Raphaëlle Legrand et Rémy-Michel Trotier
Avec la collaboration de Laura Naudeix et Thomas Soury
Et les contributions de Philippe Cathé, Vincent Dorothée, Julien Dubruque, Matthieu Franchin, Jean-Philippe Grosperrin, Rebecca Harris-Warrick, Hubert Hazebroucq, Sarah Nancy, Benjamin Pintiaux, Bertrand Porot, Théodora Psychoyou, Graham Sadler, Ana Stefanovic.

Avec la première édition critique complète des livrets des douze actes de ballet de Rameau.

Olympie de Spontini (1819)

XIR224998France Musique. Samedi 11 juin 2016, 19h. SPONTINI : Olympie. Enregistré à Paris, le 3 juin 2016. Enfin une omission réparée : si Gaspare Spontini (1774-1851) a disparu des scènes lyriques européennes et surtout française, Berlioz le tenais pour le génie lyrique le plus important en France après Gluck. C’est dire. Créé à l’Opéra de Paris (Académie royale), le 22 décembre 1819, Olympie – ouvrage en 3 actes, d’après Voltaire, relève de la veine tragique et pathétique propre au grand opéra français hérité du Chevalier, ex favori de Marie-Antoinette. Plus qu’il ne “prépare” le romantisme français, Spontini le cultive déjà. Olympie est dirigé pour sa création par Rodolphe Kreutzer (dont Berlioz admirait au delà de tout, son oratorio récemment ressuscité La mort d’Abel). L’orchestration, ses effets spectaculaires et déchirants, d’une couleur gluckiste, l’importance du choeur, le profil d’Antigone comme l’irrésistible tendresse déchirante de Statira, la veuve d’Alexandre, sur scène : étoile pathétique et morale dont le chant est alors transcendé par la diva de l’époque Caroline Branchu, – comme la fibre héroïque et sensible de sa fille Olympie,- annoncent de fait l’Antiquité telle qu’elle s’impose dans Les Troyens de Berlioz. La tragédie en 5 actes de Voltaire – éditée en 1762, inspire aux deux librettistes de Spontini, Michel Dieulafoy et Charles Brifaut, ce registre “sublime” si réussi par Gluck. Le compositeur adulé sous l’Empire par Napoléon, auteur de La Vestale, le triomphe de sa vie, réussit néanmoins dans Olympie, ce pathétique édifiant qui touche le cÅ“ur par la justesse de ses accents dramatiques et psychologiques.

 

 

Stupéfiante Statira, veuve d’Alexandre…
OPERA TRAGIQUE ET SUBLIME de 1819

 

Mais à l’époque d’Olympie, Spontini est déjà hors de Paris, vers Berlin où il s’installe le 1er février 1820 car il vient d’être nommé Generalmusikdirektor : ancien napoléonien rallié aux Bourbons, Spontini eut raison de quitter la France et les nombreuses critiques du parti libéral… Le sujet d’Olympie aborde le régicide : ici, l’assassinat d’Alexandre le Grand puis le destin de sa famille (un thème délicat et douloureux à l’époque du crime perpétré aux portes du théâtre de la création : l’assassinat du Duc de Berry, le 13 février 1820) ; acte odieux rendant difficile toute reprise de l’opéra… C’est à Berlin ainsi – om il a recouvré statut et considération que Spontini confie à ETA Hoffmann une nouvelle version d’Olympie, réécrite en allemand, nouvel avatar lyrique créé à l’Opéra de Berlin le 14 mai 1821. C’est cette nouvelle version plus intense et contrastée encore qui triomphera en Europe et à Paris, … en 1826, avec la même Branchu qui fait alors ses adieux à la scène. Spontini poursuit cette simplification narrative, moralisatrice parfois solennelle (déférence au mythe impérial voir La Vestale et surtout Fernand Cortez) que les suiveurs de Gluck à Paris avaient peu à peu formuler dans la veine tragique : Salieri, Cherubini, Sacchini… Bientôt Scribe allait réformer encore davantage, par ses livrets médiévaux, le modèle du grand opéra français, pour Adam, Rossini, Halévy (La Muette de Portici en février 1828, puis Guillaume Tell, Les Huguenots). En 1819 et même 1826, Voltaire est un modèle dramatique toujours vénéré. Olympie fut pour le génie de Ferney, une oeuvre tardive, écrite en 6 jours par un écrivain fatigué septuagénaire, voulant jouer au jeune auteur… Pourtant la tragédie convoquée par Voltaire – en un même lieu, le temple de Diane à Ephèse, est celle des tragédiennes et des femmes blessées toujours dignes : reconnaissance entre Statira et Olympie (II), les mêmes rejoignant les flammes d’un vaste bûcher (V).
Pour Spontini, comme dans La Vestale, il s’agit de retrouver la grandeur et le sublime tragique de l’Antiquité à travers ses rituels grandioses, d’une froideur parfois trop solennelle, voire monumentale (au III, le couronnement de Statira avec les lauriers d’Alexandre, où Antigone paraît triomphante sur un éléphant (! cf les didascalies d’époque) mais toujours grave : fouillant les ressources contrastées nées de l’opposition entre sacré et profane, où brille la dévotion de Statira pour la défense des Dieux; scènes finales avec choeurs grandioses à la clé (dont l’effusion du peuple éphésien pour célébrer la concorde entre Antigone et Cassandre). Si le spectaculaire a joué intensément son rôle dans la conception du l’opéra, Spontini parvient cependant à tisser une fibre psychologique solide et fluide entre les scène, grâce à son récitatif, l’un des mieux écrits qui soit et qui exige des interprètes une maîtrise (en finesse comme en expressivité) absolue. Mais que l’on ne s’y trompe pas : la véritable héroïne, touchante autant que digne demeure la sublime mère d’Olympie, Statira. Olympie, en son suicide final ne fait suivre les traces maternelles.

L’Olympie de Spontini, 1819
A l’affiche du TCE à PARIS, le 3 juin 2016

RADIO
Sur France Musique, samedi 11 juin 2016, 19h

Opéra en trois actes (1819)
Livret de Armand-Michel Dieulafoy et Charles Brifaut, d’après la pièce éponyme de Voltaire

Karina Gauvin:  Olympie
Kate Aldrich:  Statira
Charles Castronovo:  Cassandre
Josef Wagner:  Antigone
Patrick Bolleire:  Le hiérophante
Conor Biggs: Hermas, un Prêtre
Le Cercle de l’Harmonie
Vlaams Radio Koor
Jérémie Rhorer, direction

VIDEO : voir la soprano Jennifer Borghi chanter Olympie de Spontini — concert “Grandeurs et décadence : Gluck, Spontini, Cherubini… ” / Namur, 2012 © reportage exclusif clasiquenews.tv – à 1h46 : air de Statira invoquant les mânes de Darius et d’Alexandre, implorant sa fille Olympie…

LIRE aussi notre dossier spécial sur La Vestale de SPONTINI (Paris, octobre 2013)

LIRE aussi notre présentation critique de La Mort d’Abel de Rodolphe Kreutzer, 1810

 

LIRE le texte originel de la tragédie de Voltaire

Reportage vidéo : Le Temple de la Gloire de Rameau et Voltaire, 1745. Recréation

RameauVIDEO, reportage. Le Temple de la Gloire de Rameau et Voltaire, 1745. Recréation. Temps fort de l’année Rameau 2014, la recréation par le CMBV (Centre de musique baroque de Versailles), du Temple de la Gloire témoigne de la collaboration entre Rameau et Voltaire en 1745. C’est l’année des prodiges pour le compositeur : Platée, La Princesse de Navarre et donc Le Temple de la Gloire : universel, génie imaginatif, Rameau imagine dans le ballet héroïque, trois opéras en un. Bacchanale pour la première entrée (Bélus), bacchanale pour la seconde entrée (Bacchus), tragédie pour la troisième entrée (Trajan). Même le Prologue est l’un des plus raffinés et aboutis, suscitant dans le personnage de l’Envie trépignant aux abords du Temple, l’un des personnages graves et tragiques, accompagné par les bassons, parmi les plus saisissants conçus par Rameau. Reportage exclusif CLASSIQUENEWS.COM © 2015

Gala Rameau 2014 dans la Galerie des glaces

Versailles. Galeries des glaces, Gala Rameau 2014. Samedi 22 novembre 2014, 21h. L’année Rameau, assez féconde et plutôt réussie sur le plan des (re)découvertes (Le temple de la Gloire, Zaïs, Rameau, maître à danser…) s’achève officiellement ce 22 novembre 2014 à 21h lors d’un grand gala Rameau donné dans l’exceptionnelle écrin de la Galerie des glaces du Château de Versailles, un événement à l’initiative du CMBV Centre de musique baroque de Versailles, grand coordinateur de l’année Rameau 2014 en France. 

galerie des glaces versailles concert gala rameau 2014A l’occasion du 250ème anniversaire de sa mort, voici un programme éclectique, foisonnant, récapitulatif tel qu’on aurait pu l’écouter dans la salle du Concert Spirituel au XVIIIe siècle.  Au menu, pages sacrées et profanes. Mêlés aux partitions lyriques et théâtrales, les Grands Motets, oeuvres de jeunesse, révélant avant les opéras dont le premier est Hippolyte et Aricie en 1733, la flamboyante inspiration du jeune Rameau organiste itinérant, alors inspiré par le genre du grand motet : choeur, solistes, orchestre, Rameau maîtrise déjà tous les effectifs, toutes les combinaisons possibles, offrant dans un contexte sacré, plusieurs oeuvres particulièrement … théâtrales. Trois Grands motets en témoignent ce soir par ordre de réalisation au cours de la soirée : Laboravi, Quam dilecta, In Convertendo.

Compositeur audacieux, réformateur même jusqu’à un âge avancé (songez à son ouvrage ultime Les Boréades de 1764, l’année de sa mort d’un souffle exceptionnel sur un thème délicat : la torture…), Rameau invente, explore, expérimente toujours ; son orchestre est le plus novateur et le plus original de son temps : ainsi les Suites extraites de La Princesse de Navarre et son opéra créé en 1737, révisé en 1754 : Castor et Pollux.

Castor et Pollux de Rameau (1737-1754)Pour nous l’intérêt majeur du gala Rameau à Versailles, demeure la Suite de danses de la trop peu jouée Princesse de Navarre : l’œuvre fait partie de la commande faite en 1745 au nouveau compositeur de la Chambre du Roi : Rameau ainsi célébré et honoré devient une figure majeure de la vie musicale française à 62 ans. Le Roi lui commande quatre œuvres lyriques dont la célèbre et atypique autant que déjanté Platée, pour le mariage du Dauphin. La danse est le cadre où se libère le riche tempérament dramatique du compositeur : son écriture est aussi savante et virtuose, de plus en plus italienne comme en témoigne l’air redoutable : Vents furieux. Génie du timbre, et grand coloriste, Rameau étonne tout autant dans Castor et Pollux dans l’usage spécifique du basson, comme le montre avec éloquence, la prière funèbre et de déploration de Télaïre, pleurant la mort de son bien-aimé Castor, dans Castor et Pollux : « tristes apprêts, pâles flambeaux », un air immédiatement applaudi à la création et repris régulièrement tout au long du XVIIIème.

La galerie des glaces du Château de Versailles. Longue de 73 mètres et large de 10,50 mètres, la Galerie des Glaces, ou Grande Galerie du Château de Versailles, a été imaginée par l’architecte Jules Hardouin-Mansart et décorée par le peintre Charles Lebrun. Souhaitée par Louis XIV pour éblouir ses visiteurs, elle arbore quelques 357 miroirs et 17 fenêtres, elle fut construite entre 1678 et 1684. Le décor actuel est celui réalisé à la fin du règne de Louis XV pour le mariage du Dauphin futur Louis XVI avec Marie-Antoinette.

Programme

La Princesse de Navarre, Suite de danses
Comédie ballet sur un livret de Voltaire, 1745
Contredanses en rondeau
Menuets
Sarabande
Prélude pour la descente de l’Amour
Gavottes
Air : Vents furieux (une Grâce)

Laboravi (motet à grand choeur a capella)
Quam Dilecta (motet pour solistes, choeur et orchestre)

entracte

Castor et Pollux, extraits
Tragédie lyrique, version de 1754, initialement créée en 1737
Choeur des spartiates : Que tout gémisse
Télaïre : Tristes apprêts, pâles flambeaux…
Marche
Choeur des spartiates : Que l’enfer applaudisse
Air pour les Athlètes

In convertendo : grand motet

distribution :

Katherine Watson, dessus
Anders J. Dahlin, haute-contre
Marc Mauillon, basse-taille
Marc Labonnette, basse

Les Chantres du Centre de musique baroque de Versailles
Olivier Schneebeli, direction
Chœur et Orchestre du Concert Spirituel
Hervé Niquet, direction

Versailles. Galeries des glaces,
Gala Rameau 2014
Samedi 22 novembre 2014, 21h.

Versailles, Opéra royal. Rameau : Le temple de la gloire

Année Rameau 2014 : concerts, opéras, temps forts de septembre à décembre 2014Versailles, Opéra royal. Rameau: Le temple de la gloire, mardi 14 octobre 2014, 20h. Après les Grands Motets par William Christie et Les Arts Florissants, puis la révélation d’un Requiem d’après Castor et Pollux (également mis en regard avec Mondonville) sous la direction d’Olivier Schneebeli, le château de Versailles et le CMBV, Centre de musique baroque de Versailles poursuivent leur célébration Rameau 2014, avec nouveau temps fort, l’écoute intégral de l’opéra ballet écrit avec Voltaire : Le temple de la gloire.  Après une première tentative de collaboration avec Rameau autour du personnage de Samson (finalement censuré : le matériel musical sera recyclé dans ses opéras suivants), Voltaire livre un nouveau texte pour le compositeur : Le temple de la gloire. Commande du responsable des Menus Plaisirs, le duc de Richelieu, l’opéra célèbre la victoire de Louis XV à Fontenoy  : la création, le 27 novembre 1745 dans le théâtre du manège de la Grande Ecurie, indique clairement l’intention de Voltaire : réformer l’opéra français en l’écartant des fadeurs sensuelles et pastorales à la mode afin de réaliser un théâtre moral, politique et philosophique. L’oeuvre est donc une commande officielle dont le ton résolument critique, l’écarte de la pure propagande comme de l’esthétique métastasienne alors prédominante à l’opéra, laquelle flatte généreusement les têtes couronnées.
Après un prologue dédié à l’Envie (hommage au premier opéra de Quinault que Voltaire veut dépasser), l’opéra qui suit est un ballet qui brosse le portrait idéal du prince vertueux, digne d’admiration. Par antithèse, Voltaire épingle d’abord dans les deux premiers actes, la figure des tyrans méprisables : Bélus, trop violent (acte I), Bacchus, trop efféminé (acte II); tout cela pour mieux souligner les vertus du héros parfait : Trajan, couronné de lauriers par la Gloire (acte III).
Opera-Royal-chateau-de-Versailles-1Voltaire apporte sa connaissance aiguë du théâtre : celui moral de Corneille (Cinna) qui inspire la Clémence de Titus de Métastase, lequel influence le profil de Trajan ici, qui après avoir vaincu les souverains rebelles, sait leur pardonner (III). Un pouvoir ne saurait être digne s’il ne peut se montrer humain. Voltaire va plus loin encore en imaginant Trajan héroisé, refuser les honneurs et la gloire ; puis, dédier sa victoire au peuple romain et au bonheur public. Incroyable surenchère morale… dont on doute que Louis XV et la Cour de Versailles aient réellement compris les enjeux et le sens humaniste. De toute évidence, le livret est d’un modernité intellectuelle et politique.
Après avoir été boudé par le public parisien qui y cherchait vainement une intrigue amoureuse, l’ouvrage est remanié par Rameau et présenté modifié en avril 1746 à l’Académie royale de musique à Paris : Bélus, trop violent est finalement adouci par les bergers, et Trajan chante un tendre ramage d’oiseaux à son épouse (!), selon l’esthétique galante et suave à la mode.  Entre temps, Voltaire se désolidarise de la nouvelle mouture et est même élu à l’Académie française pendant les représentations. Ce 14 octobre, l’Opéra royal présente la dernière version de 1746.

Dès l’ouverture, l’instrumentarium requis par Rameau – au sommet de son travail réformateur et expérimental car il vient de composer Platée, comédie lyrique déjantée qui renouvelle le genre lyrique en 1745 -, l’orchestre affirme sa couleur spécifiquement guerrière et glorieuse (2 petites flûtes, 2 trompettes, 2 cors…). Puis ce sont 2 bassons obligés pour le monologue de l’Envie dans le Prologue (Profonds abîmes du Ténare) : un air très applaudi à l’époque et repris de moults concerts.

Au I, Lydie chante un air italien contrasté et vocalisé, passant de la déploration à la fureur : elle aime Bélus qui terrorise les bergers. Le tyran se laisse convaincre par le ballet pastoral sui suit d’une séduction littéralement irrésistible : Bélus entend désormais se faire aimer plutôt que craindre.

Le II est devenue une ample bacchanale, prétexte à un long divertissement dansé et chanté : vainqueur aux Indes, Bacchus entre au temple de la gloire avec son épouse Erigone : mais il se voit écarté par le grand prêtre. Peu importe, il continue son chemin vers d’autres lieux, où le plaisir est célébré.

Au III, L’impératrice Plautine se languit en une longue scène tragique, du retour de son époux Trajan parti à la conquête de Parthia. Le double choeur des Prêtres de Vénus et de Mars, très distinctement caractérisé, sollicite les dieux pour protéger l’empereur (Rameau y excelle dans leurs gavotte et rigaudons). Trajan revient victorieux avec les rebelles parthes soumis : dans la scène capitale du pardon de Trajan, où l’orchestre atteint à ce sublime moral que Voltaire appelait de tous ses voeux, Rameau réussit un nouveau double choeur à l’effet solennel et grandiose : 5 voix des rois parthes et choeur du peuple romain. La descente de la Gloire suscite le divertissement final qui prépare à l’ariette de Trajan, devenu clément et galant, par son chant pastoral (ramage aux oiseaux). L’air final reprend les petites flûtes et les cors par deux, tels que déjà exposés dans l’ouverture.

Rameau, Opéra royal de Versailles.
Mardi 14 octobre 2014, 20h
Durée avec l’entracte (situé après le premier acte) : 2h45

Judith Van Wanroij : Lydie, Plautine
Katia Velletaz : Une bergère, une bacchante, Junie
Chantal-Santon-Jeffery : Arsine, Érigone, la Gloire
Mathias Vidal : Apollon, Bacchus, Trajan
Alain Buet : L’Envie, Bélus, le Grand Prêtre de la Gloire
Choeur de chambre de Namur
(Thibaut Lenaerts, chef de choeur)

Les Agrémens
Guy Van Waas, direction