CD, compte rendu critique. Horowitz plays Scriabine (3 cd Sony classical)

horrowitz-scriabine-cd-rca-columbia-sony-classical-3-cdCD, compte rendu critique. Horowitz plays Scriabine (3 cd Sony classical). Horowitz  joue  Scriabine …. Le fait relève d’une affaire familiale car l’oncle de Vladimir, Alexander -le frère  de son père  Samuel-, fut un pianiste talentueux  au point qu’après son entrĂ©e au Conservatoire de Moscou en 1898 et n’ayant obtenu en fin de cycle qu’une mĂ©daille d’argent alors qu’il  mĂ©ritait l’or, Scriabine en personne, très admiratif, protesta vivement contre ce jugement partial et discriminatoire, qui souhaitait condamner la judĂ©itĂ© du candidat. Après la mort de Scriabine en 1915,  Alexander donnera plusieurs confĂ©rences majeures  sur le compositeur pianiste jouant plusieurs oeuvres piliers dont les deux Poèmes opus 32, cĂ©lĂ©brant les visions musicales d’un gĂ©nie du clavier qui avait su donner des concerts Ă  Kiev, le fief des Horowitz quelques mois avant sa mort. De l’aveu de Vladimir, le neveu prodige, Scriabine ne s’est pas imposĂ© Ă  lui immĂ©diatement; jusque dans les annĂ©es  1950, l’interprète exprime l’esthĂ©tique lĂ©chĂ©e sensuelle des impressionnistes français (Debussy et surtout Ravel) ; Horowitz  crĂ©e  plusieurs Sonates celles de Barber, Prokofiev,  Kabalevski. .. ce n’est que sur le tard  d’une carrière très remplie que Vladimir suit le sillon de son oncle Alexander et dĂ©couvre  ce mysticisme philosophique post romantique dont il se sentait trop Ă©loignĂ© jusque lĂ .

 

 

 

Mystique Horowitz

 

Les 3 cd rĂ©unis dans ce coffret Ă©vĂ©nement rĂ©vèle l’affinitĂ© naturelle qui naĂ®t sous les doigts du pianiste comme inspirĂ© par le feu scriabinesque : de 1950 à 1976, ce cycle en studio et en live restitue la dernière quĂŞte artistique et Ă©thique du grand pianiste russe. Il n’est que d’Ă©couter les deux versions de la Sonate n°9 dite “Messe Noire” pour entendre et comprendre l’intelligence  d’Horowitz Ă©clairant les crĂ©pitements et le surgissement du mystère irrĂ©solu dans cette partition abordĂ©e en moins de 7mn puis près de 13mn dans sa seconde approche de 1965 : un souffle les distingue nettement, une Ă©vidence naturellement ciselĂ©e acquise ainsi sur le tard par celui qui aimait Ă  dire qu’il progresserait jusqu’Ă  la mort… de fait la plus rĂ©cente  des lectures frappe par sa jubilation de l’instant, ses projections syncopĂ©es et pourtant son architecture puissante sa progression irrĂ©pressible…
La respiration et la profondeur qui cultivent un Horowitz proche de l’improvisation et qui fait jaillir  le feu sacrĂ© Ă  chaque mesure : une maturitĂ© irrĂ©sistible qui recueille et les gouffres vertigineux rompant le discours, et la distance hĂ©roĂŻque sur laquelle s’appuie l’Ă©lan des visions mystiques. A ce titre,  le dernier cd qui rassemble les prises live, enchante vĂ©ritablement dĂ©voilant pour certains, et  confirmant pour nous, la somptueuse volubilitĂ© du pianiste  qui joue Scriabine comme il respire : une rencontre rare qui dans les annĂ©es les plus tardives de sa carrière affirme une affinité  exceptionnelle avec le dernier compositeur russe romantique. Comme si le secret et le mystère chez Scriabine avaient in fine cultiver pour son bien, la quĂŞte de la simplicitĂ© et de la profondeur…

S’il est vrai que la mort semble ĂŞtre l’ultime et vĂ©ritable mesure dans l’expĂ©rience et l’interprĂ©tation de Scriabine, Horowitz nous offre comme personne avant lui un cycle d’exploits et de performances qui passent par tous les registres de la sensation et de la connaissance pour exprimer le geste et les visions de Scriabine : ivresse, extase, langueur inquiète, transe connectĂ©e au grand mystère universel  mais ici Ă©noncĂ©s avec une lĂ©gèretĂ© fluide, celle  des mystiques heureux. Le style en gagne une clartĂ© rayonnante qui le rend d’autant plus proche et humain.  Sans connaĂ®tre la manière de son oncle Alexander qui connut le compositeur et joua ses oeuvres, Vladimir  Horowitz semble comprendre comme peu avant lui les enjeux et les questionnements d’un Scriabine visionnaire et prophĂ©tique.

De lĂ  Ă  croire comme nous le montre le coffret, que l’interprĂ©tation de Scriabine permit au pianiste de se trouver… nous le pensons. Jamais l’insolence de la pure et immĂ©diate virtuositĂ© n’a Ă  ce point, chez Horowitz, chercher le contrepoint de la profondeur. Toute sa vie, le pianiste fut en quĂŞte de recul, d’intĂ©rioritĂ© pour attĂ©nuer l’enthousiasme parfois creux et superficiel que suscita toujours son impĂ©riale facilitĂ©.
De fait, au dĂ©but des annĂ©es 1980 et mĂŞme dès 1975 en rĂ©alitĂ©, son jeu s’arrondit, exprima une nouvelle intensitĂ© plus recueillie, un lâcher prise totalement Ă©tranger Ă  son ambition de totaliser, si manifeste parfois, au risque d’une technicitĂ© Ă©blouissante / Ă©bouriffante. En dĂ©finitive, son style atteint le soleil dès ses dĂ©buts, pour chercher ensuite avec l’exigence autre de l’âge mĂ»r, le repli du secret Ă  son crĂ©puscule. Ainsi le mystère de Scriabine a montrĂ© au bon moment la voie au pianiste russe, en ses annĂ©es les plus mĂ»res, les plus fĂ©condes et riches.

CD, compte rendu critique. Horowitz plays Scriabine (3 cd Sony clasiscal 88875038372).

 

 

 

tracklisting :
Horowitz plays Scriabin
Piano Sonata No. 3 in F sharp minor, Op. 23
The RCA Victor Studio Recordings
Prelude, Op. 11 No. 1 in C major
Prelude, Op. 11 No. 10 in C sharp minor
Prelude, Op. 11 No. 9 in E major
Prelude, Op. 11 No. 3 in G major
Prelude, Op. 11 No. 16 in B flat minor
Prelude, Op. 11 No. 13 in G flat major
Prelude, Op. 11 No. 14 in E flat minor
Prelude, Op. 15 No. 2 in F sharp minor
Prelude, Op. 16 No. 1 in B major
Prelude, Op. 13 No. 6 in B minor
Prelude, Op. 16 No. 4 in E flat minor
Prelude, Op. 27 No. 1 in G minor
Prelude, Op. 51 No. 2 in A minor
Prelude, Op. 48 No. 3 in D flat major
Prelude, Op. 67 No. 1
Prelude, Op. 59 No. 2
Prelude, Op. 11 No. 5 in D major
Prelude, Op. 22 No. 1 in G sharp minor
Étude Op. 2 No. 1 in C sharp minor
Poème in F sharp major, Op. 32 No. 1
The Columbia Studio Recordings
Étude Op. 2 No. 1 in C sharp minor
Étude Op. 8 No. 12 in D sharp minor
Feuillet d’album, Op. 45 No. 1
Étude Op. 8 No. 2 in F sharp minor
Étude Op. 8 No. 11 in B flat minor
Prelude, Op. 8 No. 10 in D flat major
Étude Op. 8 No. 8 in A flat minor
Étude Op. 42 No. 3 in F sharp major ‘La Moustique’
Étude Op. 42 No. 4 in F sharp major
Étude Op. 42 No. 5 in C sharp minor
Poèmes, Op. 69 Nos. 1 & 2
Vers la flamme, Op. 72
Albumblatt, Op. 58
Étude Op. 65 No. 3 in G major
Piano Sonata No. 9, Op. 68 ‘Black Mass’
Live Recordings
Poème in F sharp major, Op. 32 No. 1
Étude Op. 2 No. 1 in C sharp minor
Piano Sonata No. 10, Op. 70
Piano Sonata No. 5 in F sharp major, Op. 53
Étude Op. 8 No. 12 in D sharp minor
Étude Op. 8 No. 7 in B flat minor
Étude Op. 42 No. 5 in C sharp minor
Piano Sonata No. 9, Op. 68 ‘Black Mass’
(alternate version – 25th February, 1953)

 

 

Portrait de Vladimir Horowitz

Vladimir_Horowitz_portraitArte. Portrait : Vladimir Horowitz, dimanche 14 dĂ©cembre 2014, 16h50. Un portrait fascinant couronnĂ© par deux Emmys, du pianiste ukrainien lĂ©gendaire  Vladimir Horowitz. En 1985, Peter Gelb l’actuel patron du MET alors directeur de CAMI Video et producteur, rĂ©ussit Ă  convaincre Vladimir Horowitz d’ouvrir la porte de son appartement de New York et de se laisser filmer par les frères Hayes. Ainsi se rĂ©alise une occasion unique pour un voyage Ă©mouvant et divertissant dans l’univers musical et intime du virtuose. Dans son anglais Ă  jamais “russisant”, avec un goĂ»t innĂ© pour la mise en scène, un indĂ©niable talent d’acteur, un humour facĂ©tieux et allusif d’une Ă©lĂ©gance perdue, Horowitz explique et cĂ©lèbre en paroles et au piano tour-Ă -tour le recueillement d’un choral de Bach, la noblesse d’un prĂ©lude de Rachmaninov, l’hĂ©roĂŻsme d’une Polonaise de Chopin. Sous l’oeil vigilant, tendre et autoritaire de Madame Wanda Toscanini-Horowitz depuis le canapĂ© Ă  fleurs… SĂ©ducteur, douĂ© d’un intelligence malicieuse, voici Horowitz moins dernier romantique que rĂ©el funambule prodigieux du clavier.
Horowitz Ă  un an près est l’exact contemporain du maestro Karajan, mort comme lui en 1989. Rival de Rubinstein, meilleur technicien que lui, Horowitz savait taire les rumeur en se dĂ©clarant diffĂ©rent et meilleur “musicien”.  De fait moins monstre puissant Ă  la Liszt comme Rubinstein, Horowitz cultive une musicalitĂ© Ă  part, rayonnante par sa malice, son imagination, ses nuances rĂ©solument “proustiennes” ou plus pianistiquement correctes, “chopiniennes”. En dĂ©pit d’une lĂ©gèretĂ© affichĂ©e, ce bienheureux enjouĂ© traversa des pĂ©riodes difficiles, rompant soudainement avec l’Ă©lan des grandes tournĂ©es et pris comme par la nausĂ©e qu’un trop plein de concerts ne manquait pas de susciter.

arte_logo_2013Arte. Portrait : Vladimir Horowitz, dimanche 14 décembre 2014, 16h50. Horowitz, le dernier romantique ?

 

 

 

puis même chaîne à 18h30 :
Horowitz à Vienne : extraits du concert mémorable que le pianiste donna en mai 1987 dans la Goldener Saal du Musikverein de Vienne. Au programme : Scarlatti, Rachmaninov, Scriabine, Liszt, Schumann et Chopin.  Ponctuant les morceaux, des extraits d’entretiens avec le virtuose montrent comment il s’est inscrit dans l’histoire de son temps ; une large place est aussi laissée à l’émotion, notamment lorsque le musicien évoque des souvenirs d’enfance avec Scriabine et Rachmaninov.